mercredi 10 juillet - par Christelle Néant

Le SBU a « résolu » l’affaire du MH17 en confondant un BUK avec un organe sexuel – et ce n’est pas une blague

Les médias ukrainiens ont accouché d’une nouvelle sensationnelle stupéfiante : les « aveux » du milicien Tsemakh enlevé, prétendument à propos de sa « dissimulation » des preuves sur le fait que le Boeing malaisien a été abattu par les systèmes de défense anti-aériens (BUK) des miliciens en 2014.

Mais est-ce vrai ?

Le week-end dernier a été un week-end amusant pour les lecteurs et téléspectateurs ukrainiens – presque tous les poids lourds des médias de masse de Kiev, tels que « Censor.net », « UNIAN », « Obozrevatel » et un certain nombre de petits médias, ont décidé de sortir une information renversante. C’est-à-dire quelque chose qui n’est pas anodin, mais quelque chose de stupéfiant, même pour les gens qui sont déjà habitués au remplissage post-Maïdan des cerveaux avec toutes les folies bandéristes. Pour parler de manière directe.

Ils ont publié une histoire, dans laquelle l’ancien milicien Vladimir Tsemakh, qui a été enlevé récemment sur le territoire de la République Populaire de Donetsk par des employés des forces d’opérations spéciales ukrainiennes, donne une interview dans laquelle il aurait « avoué » qu’il avait personnellement, en tant qu’ancien commandant des forces de défense anti-aérienne de la ville de Snejnoye, caché le BUK, qui a tragiquement abattu le Boeing 777-200ER de la compagnie Malaysia Airlines, dans le ciel du Donbass en 2014.

Donc, voilà ce que nous voyons dans la vidéo de l’émission « Temps présent » sur le site ukrainien « Censor.net ».

Article de Censor.net

En regardant cette vidéo, il est immédiatement évident qu’il s’agit d’un sujet journalistique standard – en d’autres termes, assemblé à partir d’une mosaïque de différents fragments vidéo compilés avec une voix-off. Même les non-initiés comprennent que ces images sont réalisées par montage vidéo – découpées, collées, puis fusionnées ensemble. C’est ainsi qu’ils produisent toutes les vidéos pour les chaînes de télévision et YouTube.

Mais l’éthique journalistique recommande que les personnages principaux de l’histoire parlent directement et sans montage. Or, que voyons-nous dans cette vidéo ?

À 2’24″, dans la vidéo de « Temps présent » commence une interview avec Tsemakh – où il parle vraiment du crash du Boeing malaisien. Et le voilà – hop là ! – il y a un flash blanc à 2:34. C’est ce qu’on appelle l’effet spécial du « fondu blanc », c’est-à-dire un flash pour relier deux vidéos coupées l’une à l’autre de manière à ce que l’œil perçoive la transition comme harmonieuse. C’est un collage banal de différents fragments vidéo.

Vidéo de l'article de Censor.net

Alors, qu’est-ce qui vient ensuite ? Eh bien, au lieu d’une interview avec le milicien enlevé, la « visite du conte de fées » commence, car Vladimir Tsemakh aurait dit, selon « Censor.net », ce qui suit :

«  J’ai caché ce « BUK ». Je vais même vous montrer où il a commencé et où je l’ai emmené…  »

C’est-à-dire que Tsemakh aurait immédiatement avoué avoir caché ce BUK – directement à 3’27″ -3’31″….

Mais est-ce vrai ? Après tout, si des morceaux de la vidéo ont été recollés ensemble, cela signifie que quelque chose a été découpé, retiré du texte. Alors que se passe-t-il exactement ? Et que cache le son « BIP » – ce « gazouillis » présent dans la vidéo à 3’30″ ?

Et là commence la partie la plus intéressante, car la vérité est banale et simple comme cinq kopecks. Une série de courtes vidéos sur les voyages culturels et humanitaires dans le Donbass, intitulée « Frère à frère », filmée et publiée à l’été 2015, est toujours disponible sur la chaîne YouTube de la branche du parti « Patrie » de Ramenskoye. Et dans le troisième numéro de ce programme il y a la même interview de Vladimir Tsemakh avec le surnom « Borissitch » – de 5’02″ à 5’58″. Mais intégrale. Ce que l’on appelle sans coupure. Sans collage. Sans montage.…

Vidéo d'origine

Et de quoi est-ce que ça parle ? Vous n’allez pas le croire – mais… de la bataille de Debaltsevo !!!

Voici une transcription littérale de l’interview de Tsemakh :

Tsemakh : « Eh bien, c’est ici que le Boeing est tombé, en partant de Petropavlovka jusqu’à Grabovo. C’est une très grande étendue, environ 10 km. C’est lui qui est tombé – le Boeing… »

Journaliste : « Et que disiez-vous à propos du passage ? »

Tsemakh : « Les chars d’assaut ne sont pas passés ici, sur cette route, ni depuis le passage que vous avez filmé. Pas un seul char d’assaut n’est passé. Ils ont essayé pendant longtemps, péniblement, deux mois et demi nous avons tenu. C’est le « Gamin », mes « zouchkis » [soldats maniant une Zouchka, Zu-23, un canon anti-aérien de 23 mm], qui les ont retenus…  »

Journaliste : « Explique…  »

Tsemakh : « Eh bien quoi ? Je vais te le raconter. Il a détruit un « Souchka » [SU-25]. Eh bien, c’est plus tard, oui… Il a détruit un « Souchka ». Le second « Souchka » a abattu le Boeing. Je suis au courant. J’ai sorti ce « Gamin », j’ai caché cette « bite » [gros mot caché par le BIP]. Je vais même vous montrer où il a « commencé », et où je suis allé le chercher… »

Il s’avère que les médias ukrainiens ont coupé le moment où l’histoire de Tsemakh passent du Boeing abattu à une bataille totalement différente – une attaque de chars d’assaut près de Debaltsevo. Et Tsemakh n’a pas caché le moindre BUK, mais son camarade surnommé « Gamin », qu’il a nommé en rigolant, excusez-moi, avec un mot de quatre lettres. Et « commencé » ne veut pas du tout dire tirer une roquette – mais, dans le jargon de Donetsk, cela signifie le début du mouvement : là où ce milicien surnommé « Gamin » a commencé à courir, et puis Tsemakh l’a récupéré…

Donc, encore une fois, comme on dit la montagne a accouché d’une souris… Autrement dit, les médias ukrainiens ont tout simplement de nouveau merdé – et en direct à l’antenne. Ça ne sent même pas la dextérité ici – c’est un faux grossièrement monté et maladroit.

Et tout ce qui précède est facile à vérifier par n’importe quel utilisateur d’Internet.

Quant aux services de sécurité ukrainiens, qui sont à l’origine de toutes ces falsifications d’informations, il semble que les gars soient « à bout de forces » – ce qui dans l’argot de Donetsk signifie qu’ils se sont « emmêlé les pinceaux ». Il faut être dans un tel état pour être capable de confondre un BUK avec un organe sexuel….

Mikhaïl Romanenko

Note de la traductrice : L’affirmation des médias ukrainiens, Censor.net en tête, était qu’ils avaient reconnu le mot BUK en lisant sur les lèvres de Tsemakh (puisque le mot a été masqué avec un BIP, technique habituelle utilisée par les médias pour cacher les obscénités, afin d’éviter de choquer le public). Or, toute personne parlant russe peut voir clairement que Tsemakh ne prononce absolument pas le son « bou », mais le son « khou » (kh étant un son raclé). La forme des lèvres est très différente. Les lèvres de Tsemakh ne se resserrent pas comme elles le devraient s’il avait prononcé le mot BUK (prononcé « bouk »). Essayez par vous-même de prononcer les deux sons et comparez avec la vidéo, et vous allez voir que la « lecture sur les lèvres » de Censor.net est complètement foireuse…

De plus, pour ceux qui ne connaissent pas la grammaire russe, Tsemakh utilise « этого » (« ce ») après le verbe « cacher » pour désigner ce que les médias ukrainiens ont décrit comme étant le BUK (ce « BUK »). Or, cette forme n’est appropriée à l’accusatif (Complément d’Objet Direct – COD) que pour ce qui est animé (animaux et êtres humains) ! Si Tsemakh avait réellement parlé d’un BUK il aurait dit « этот БУК », car un système BUK est une chose inanimée, et les masculins inanimés ont l’accusatif identique au nominatif (c’est-à-dire le sujet).

Source : Rusvesna
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider



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