dimanche 11 juin - par Christelle Néant

Montée des tensions sur la ligne de front dans le Donbass, pendant que les autorités ukrainiennes continuent de couler le pays

La semaine écoulée fut marquée par une nouvelle escalade des tensions dans le Donbass, sur fond de réunion des groupes de contact à Minsk, et de problèmes internes à l'économie et à l'armée ukrainiennes.

Comme on pouvait le craindre, la légère baisse obtenue la semaine dernière grâce au nouveau cessez-le-feu instauré le 1er juin n'a pas tenue. Les bombardements de l'armée ukrainienne sont repartis à la hausse avec 395 violations du cessez-le-feu et 3 800 obus et roquettes d'un calibre interdit par les accords de Minsk (artillerie, mortier, char d'assaut et lance-roquettes multiples) tirés sur le territoire de la République Populaire de Donetsk (RPD) du 3 au 9 juin 2017. Il faut y ajouter les 70 violations et les 604 obus et roquettes de Grad tirés par l'armée ukrainienne durant les dernières 24 h. Soit une moyenne de 58 violations et 550 obus et roquettes de gros calibre par jour sur les huit derniers jours.

En huit jours, ces tirs ont fait cinq morts (dont une civile), et 12 blessés (dont 11 civils) en République Populaire de Donetsk, pendant qu'en République Populaire de Lougansk (RPL) les tirs ukrainiens de la semaine ont fait cinq blessés dont deux civils.

Et les destructions sont à l'avenant, avec 63 habitations endommagées ou détruites en RPD, et plus de 47 en RPL. Sans parler des lignes électriques, ou des conduites d'eau qui ont souffert des bombardements.

Sur la zone du centre Volvo à Donetsk et sur Spartak, l'armée ukrainienne a tiré 30 roquettes de lance-roquettes multiples Grad (122 mm). Les soldats ukrainiens ont aussi tiré des grenades thermobariques GTB-7S (fabriquée en Pologne) sur Staromikhaylovka le 4 juin à l'aide de lance-roquettes antichars, ainsi que des obus de mortier de 60 mm M73 qui sont des munitions aux standards de l'OTAN, fournies à l'Ukraine par la Pologne. Les éclats de ces munitions ont été présentés par Edouard Bassourine hier comme preuve.

Restes d'armes de l'OTAN

Les tirs intensifs de la semaine semblent avoir eu entre autre pour but d'empêcher l'armée de la RPD d'occuper les positions abandonnées par les troupes ukrainiennes. Cet abandon de certaines positions est lié en partie à la baisse de moral et à l'état psychologique des soldats ukrainiens, couplés avec le manque de soutien technique et matériel, et les coupes budgétaires constantes.

Dans presque toutes les unités ukrainiennes qui ont été remplacées sur le front suite aux rotations effectuées cette semaine, le niveau de désertions avait atteint un niveau critique. Les services de renseignement de la RPD ont noté l'abandon de positions des Forces Armées Ukrainiennes (FAU) par des unités entières près des villages de Kominternovo et Dokouchaevsk, entre autre.

Il faut noter que beaucoup d'officiers se trouvent parmi ces déserteurs. Ainsi rien que pour la 53e brigade on a six lieutenants, un capitaine et trois majors qui ont déserté. Si les officiers désertent dans de telles proportions, je vous laisse imaginer ce qu'il en est des simples soldats.

Ces désertions ont lieu sur fond d'affrontements entre l'armée ukrainienne régulière (et son commandement) d'un côté et les bataillons néo-nazis et la Garde Nationale de l'autre. Les échanges de tirs qui ont eu lieu cette semaine près de Peski, Marioupol et Avdeyevka, entre les FAU et la Garde Nationale, ont fait six morts parmi les soldats des FAU et deux blessés parmi ceux de la Garde Nationale.

Et ce n'est pas le seul problème auquel le commandement des FAU doit faire face. Les bataillons néo-nazis ayant pu laisser libre cours à tous leurs crimes depuis trois ans sans être inquiétés, ils en deviennent de plus en plus incontrôlables, jusqu'au point de devenir gênants. Ainsi, dans la nuit du 30 au 31 mai, une unité de Secteur Droit aurait bombardé un camp pour enfants dans le village de Zeleny Gai, à 20 km de la ligne de front. Difficile de faire passer ce bombardement pour un tir de la part de la RPD.

Le commandement ukrainien a alors tenté de reprendre le contrôle de l'unité récalcitrante afin de faire cesser ces bombardements qui montrent clairement que ces bataillons néo-nazis n'en ont rien à faire des civils du Donbass qu'ils viennent prétendument libérer. Le peloton en question refusant de rendre les armes, le commandement ukrainien a alors purement et simplement éliminé l'unité le 31 mai en lui tirant dessus depuis un hélicoptère.

L'information semblait tellement incroyable, que l'armée de la RPD s'est montrée extrêmement sceptique, et a refusé de croire et de relayer les premiers renseignements reçus en ce sens. Mais après confirmation depuis plusieurs sources indépendantes, l'information a été confirmée, et Edouard Bassourine a donc communiqué hier sur cet incident. Il a précisé que les survivants de Secteur Droit ont été emmenés à l'hôpital civil le plus proche, mais au bout de quelques heures ils ont été emmenés vers une destination inconnue.

Ces tensions au sein des forces armées ukrainiennes, se sont doublées de nouvelles craintes d'opération sous faux drapeau. Jeudi, l'armée de la RPD a annoncé avoir des informations indiquant qu'un nouveau tir des forces armées ukrainiennes sur la localité d'Avdeyevka était prévu entre le 8 et 12 juin.

Comme lors des précédentes opérations sous faux drapeau, les tirs viendraient de plusieurs directions différentes, et auraient lieu après des tirs de l'armée ukrainienne sur les positions de l'armée de la RPD afin de l'obliger à répliquer, et lui faire porter la responsabilité d'éventuelles victimes civiles.

Des équipes de journalistes ukrainiennes et étrangères étaient arrivées à Avdeyevka spécialement pour filmer toute cette mise en scène. Mais leur plan ayant été éventé par l'armée de la RPD, les FAU ont alors tiré sur Maryinka, blessant deux civils.

Comme on peut le voir l'Ukraine cherche désespérément à relancer les hostilités dans le Donbass. Et si on veut comprendre pourquoi, il faut regarder l'état du pays.

Alors que le premier ministre ukrainien, Volodymyr Groïsman, a admis cette semaine que le blocus total imposé au charbon du Donbass faisait perdre 1 % de PIB à l'Ukraine (autant dire qu'en vrai cela doit certainement être bien plus), le service des statistiques nationales ukrainien a révélé l'ampleur du désastre économique que les décisions russophobes et stupides du gouvernement ukrainien sont en train de provoquer.

Car il était prévisible que les sanctions prises contre les banques et sociétés russes en Ukraine allaient avoir un impact très négatif sur l'image du pays, surtout auprès des investisseurs étrangers. Et malheureusement pour l'Ukraine, la prédiction est devenue réalité.

Alors qu'entre janvier et mars 2016 1,036 milliards de dollars avaient été investis depuis l'étranger en Ukraine, cette année ces investissements étrangers directs n'ont été que de 392,9 millions de dollars. Soit 2,6 fois moins. Le service des statistiques nationales ukrainien a rappelé à l'occasion, que l'an passé le pays ayant investi le plus en Ukraine était le soi-disant pays agresseur, à savoir la Russie avec 1,667 milliards de dollars.

Et les décisions suicidaires des autorités ukrainiennes ont aussi un impact sur leur armée. L'Ukraine étant dotée principalement d'armes datant de l'époque soviétique, la décision de couper toute coopération militaro-technique avec la Russie a un impact tangible sur la capacité de l'armée ukrainienne à entretenir son matériel et son armement, vu que l'industrie ukrainienne ne peut fournir que 40 % des besoins de l'armée du pays.

Ne pouvant pas ouvertement acheter à la Russie, l'Ukraine passe donc par des pays tiers pour acheter, presque en contrebande, les pièces russes dont elle a besoin. Il n'y a pas besoin d'avoir fait St Cyr pour comprendre d'un tel montage implique des coûts d'achat supérieurs à un achat direct auprès de la Russie. Comme pour le charbon du Donbass, ou le gaz russe, l'Ukraine achète par des voies détournées au prix fort, ce que sa politique russophobe l'empêche d'acheter au prix normal directement au fournisseur.

Or quand on voit l'état de l'économie ukrainienne, les autorités de Kiev feraient mieux de ce soucier un peu plus de l'intérêt du peuple ukrainien et des finances de l'état, plutôt que de vouloir à tout prix satisfaire les idées russophobes les plus stupides des groupes néo-nazis qui soutiennent actuellement le gouvernement.

C'est d'ailleurs ce qu'a déclaré Irina Loutsenko, députée de la Rada, suite à la énième idée « lumineuse » des autorités de Kiev : instaurer un régime de visas avec la Russie. Elle a rappelé qu'une telle mesure coûterait à l'Ukraine entre 1,5 et 2 milliards de hryvnias (soit 57,5 à 75 millions de dollars) et qu'une telle somme serait autrement plus utile pour gérer les multiples défis auxquels doit faire face l'Ukraine actuellement, plutôt que d'être engloutie par ce genre de mesure démagogue.

De son côté Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, a rappelé que 2 à 3 millions d'Ukrainiens vivent en Russie, et que cela leur porterait préjudice, vu que la Russie prendrait des mesures de rétorsions similaires en cas d'introduction d'un tel régime de visas. Il a ajouté que tout cela serait négatif pour la population ukrainienne qui ferait bien de se réveiller pour faire entendre ses intérêts, qui semblent être le cadet des soucis des autorités ukrainiennes actuelles.

L'Ukraine coule tel le Titanic, et relancer la guerre dans le Donbass est la solution idéale aux yeux des autorités de Kiev pour se maintenir encore un peu au pouvoir, tout en faisant oublier à la population que le pays est en train de sombrer. Dès lors il faut s'attendre à une escalade constante des bombardements, provocations et opérations sous faux drapeau, jusqu'à ce que Kiev obtienne l'excuse voulue pour justifier une grande offensive, ou qu'elle la lance sans, avant que son armée ne s'effondre totalement avec le reste du pays.

Christelle Néant

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10 réactions


  • Aristide Aristide 11 juin 09:46

    On ne peut que féliciter l’auteur de l’article pour la présentation claire et évidente. Le style, les sources, l’analyse prospective, l’équilibre dans la présentation des partis en présence, ...




  • Pierre-Yves Martin 11 juin 16:01

    Une coquille : ce ne sont pas 1036 milliards de dollars mais 1036 millions (ce qui était déjà très peu).


    • Christelle Néant Christelle Néant 11 juin 16:20

      @Pierre-Yves Martin
      La virgule est bien là 1,036 milliards smiley


    • Aristide Aristide 11 juin 18:09

      @Christelle Néant


      Vos chiffres sont peut être approximatifs, voilà un rapport de BNP Paribas,  Bon, il contredit vos données, mais cela doit être une manipulation. J’hésite mais bon, voilà les chiffres par pays :
      Les pays investisseurs2014, en %Chypre29,9Allemagne12,5Pays-Bas11,1Russie5,9Autriche5,5Royaume-Uni4,7Iles Vierges Britanniques4,4France3,5
      Sur les investissement étrangers, voilà : Investissement Direct Etranger201420152016Flux d’IDE entrants (millions USD)8473.0503.336Stocks d’IDE (millions USD)52.20447.04948.385Nombre d’investissements greenfield***512539IDE entrants (en % de la FBCF****)5,925,820,4Stock d’IDE (en % du PIB)39,451,751,9

      Source : CNUCED, 2015

      Note : * L’indicateur de Performance de la CNUCED est basé sur un ratio entre la part du pays dans le total mondial des IDE entrants et sa part dans le PIB mondial. ** L’indicateur de Potentiel de la CNUCED est basé sur 12 indicateurs économiques et structurels tels que le PIB, le commerce extérieur, les IDE, les infrastructures, la consommation d’énergie, la R&D, l’éducation, le risque pays. *** Les investissements greenfield correspondent à la création de filiales ex-nihilo par la maison mère. **** La formation brute de capital fixe (FBCF) est un indicateur mesurant la somme des investissements, essentiellement matériels, réalisés pendant une année.


    • Aristide Aristide 11 juin 18:11

      @Aristide


      La mise en page est perdue, mais vous pouvez trouver les mauvais chiffres dans le lien donné.

    • Christelle Néant Christelle Néant 11 juin 18:19

      @Aristide
      Les chiffres par pays que vous donnez sont de 2014, je parle de 2016. Et les chiffres de cette année sont fournis par l’institut national statistique ukrainien lui même comme le montre ce graphique http://www.ukrstat.gov.ua/Noviny/new2017/zmist/img/05/invest_2017.bmp
      Donc merci pour votre contribution mais à côté de la plaque.


  • Aristide Aristide 11 juin 18:48

    Voilà les chiffres


    Investissement Direct Etranger      2014 2015 2016

    Flux d’IDE entrants (millions USD) 847  3.050 3.336
    Stocks d’IDE (millions USD)      52.204 47.049 48.385
    Nombre d’investissements greenfield*** 51 25 39
    IDE entrants (en % de la FBCF****) 5,9 25,8 20,4
    Stock d’IDE (en % du PIB)     39,4 51,7 51,9

    Ce n’est qu’une copie du lien donné, comme quoi, vous devez lire avant de parler d’à coté de la plaque. 

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