mercredi 13 mai - par Christelle Néant

RPD – Denis Pouchiline : La Russie nous a aidés à combattre le coronavirus

«  La RPD a des systèmes de test permettant de détecter le COVID-19 (coronavirus) en quantité suffisante. La Russie nous a aidés à ce sujet, ce dont nous la remercions vivement  », – a déclaré le chef de la RPD (République Populaire de Donetsk), Denis Pouchiline, dans une interview au journal Vzgliad. Il a expliqué comment la région sous blocus fait face à la pandémie et pourquoi l’Ukraine ralentit la mise en œuvre des accords de Minsk.

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Il y a exactement six ans, le 11 mai 2014, les habitants de la région de Donetsk en Ukraine ont participé à un référendum qui a abouti à ce que 89,7 % des habitants soutiennent l’acte d’indépendance de l’État issu de la région. Ce résultat a été une réponse non seulement au coup d’État de février à Kiev et à la guerre qui a suivi, mais a également permis aux habitants de la région de proclamer la création d’un nouvel État – la République Populaire de Donetsk.

Depuis lors, la guerre de l’Ukraine contre la RPD se poursuit jusqu’à ce jour. Et bien que les autorités de Kiev aient signé un Paquet de mesures pour la mise en œuvre des accords de Minsk prévoyant un cessez-le-feu, une amnistie et une autonomie pour le Donbass – les bombardements contre les civils se poursuivent presque quotidiennement.

Fin mars de cette année, une autre catastrophe est survenue dans la région – le COVID-19. À la date du lundi 11 mai 2020, 184 cas de coronavirus ont été confirmés dans le pays : 152 patients sont en cours de traitement, 27 personnes ont guéri et cinq autres sont décédés.

Comme le disent les habitants de la RPD eux-mêmes, ils doivent maintenant défendre la république contre deux attaques : les Forces Armées Ukrainiennes (FAU) et l’infection par le coronavirus. Denis Pouchiline, le chef de la RPD, a expliqué au journal Vzgliad comment le jeune État fait face à ces difficultés.

Denis Vladimirovitch, il n’y a pas si longtemps, vous avez admis qu’il y avait un manque de masques, de combinaisons de protection et d’équipements médicaux. Comment ce problème est résolu ?

Je pense qu’aucun pays au monde n’était prêt à faire face à la demande frénétique de masques médicaux. Comme beaucoup d’autres pays, nous avons lancé notre propre production d’équipements de protection individuelle. Des entreprises fabriquent déjà des masques. En outre, l’usine de Gorlovka « Filtre » produit des respirateurs.

Avant tout, les travailleurs de la santé sont protégés, car leur sécurité dans la lutte contre l’infection est notre première préoccupation. Nous avons suffisamment de désinfectant et d’antiseptique, ils sont produits par des fabricants locaux et ils répondent à la demande croissante.

En ce qui concerne les ventilateurs, nous avons actuellement quelques patients auxquels ils ont été affectés. Nous en avons un stock. Mais nous avons, ce que l’on appelle, gratté les fonds de tiroir, et restauré d’urgence ceux qui étaient inopérants.

La Russie aide-t-elle la République dans sa lutte contre le coronavirus ? Et comment est organisé le processus de test en RPD ?

Le laboratoire des infections hautement dangereuses du service sanitaire et épidémiologique républicain est doté de systèmes de test permettant de détecter le COVID-19 (coronavirus) en quantité suffisante. La fédération de Russie nous a aidés à ce sujet, ce dont nous la remercions vivement.

Le matériel est collecté auprès de tous ceux qui doivent être examinés par le personnel soignant et les hôpitaux assurant le traitement des patients COVID-19. Le matériel du patient est livré au laboratoire dès que possible, puis des tests gratuits sont effectués. Les résultats sont publiés dans un délai d’un jour ouvrable.

Le 7 mai, un représentant du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Ukraine, Pablo Mateu, a exhorté Kiev à ouvrir la frontière avec les républiques du Donbass. Selon lui, de nombreux résidents âgés des républiques ne peuvent pas obtenir leur retraite ukrainienne après l’imposition des restrictions dues au COVID-19. Comment évaluez-vous cette initiative de l’ONU ? Et la frontière restera-t-elle fermée de votre côté tant qu’il y aura une épidémie en Ukraine ?

Après l’introduction de la quarantaine en Ukraine, nos retraités, qui ont fait la démarche administrative et reçoivent une retraite là-bas, ne peuvent pas en bénéficier. Et il ne s’agit pas seulement de la fermeture des frontières. En Ukraine, il existe une quarantaine renforcée, interdisant aux personnes de plus de 60 ans de quitter leur domicile. Ainsi, même si l’Ukraine ouvre ses frontières, nos retraités ne pourront pas s’y rendre sans violer les restrictions de quarantaine.

En toute justice, je voudrais souligner que Kiev, en ce qui concerne le coronavirus, a temporairement supprimé l’obligation pour nos retraités de se soumettre à une vérification tous les 60 jours. Autrement dit, la retraite doit s’accumuler. J’espère que ses destinataires pourront un jour en bénéficier.

Dans notre pays aussi, les résidents de plus de 65 ans sont obligés de s’isoler. Cette catégorie de population est connue pour être la plus exposée au risque d’une forme grave de la maladie. Par conséquent, il serait extrêmement imprudent de mettre en place des points de contrôle à la frontière avec l’Ukraine, alors qu’il y a une épidémie dans ce pays, comme vous l’avez dit vous-même.

Après la réunion au Format Normandie le 30 avril, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exprimé l’espoir d’une levée rapide du blocus économique du Donbass. À votre avis, dans quelle mesure les grandes entreprises ukrainiennes sont-elles intéressées par ce projet ? Quelle est la force des lobbyistes à Kiev en faveur de ce scénario ?

Les Ukrainiens eux-mêmes ont souffert du blocus. Beaucoup se souviennent des arrivées pathétiques dans les ports ukrainiens de navires transportant du charbon coûteux provenant de l’autre côté de l’océan. Leur but est de montrer qu’ils peuvent se passer de l’approvisionnement de nos mines. Bien sûr, les entreprises ukrainiennes ont souffert du blocus, ses représentants, sans doute, ne verraient pas d’inconvénient à revenir sur notre territoire.

Mais quelle que soit la force des lobbyistes de ce scénario, c’est peu probable. L’une des raisons en est les accords de Minsk. L’interaction économique y est clairement définie, mais elle ne peut avoir lieu avant que le statut juridique de la RPD et de la RPL ne soit établi dans la législation ukrainienne. Et Kiev, comme vous le savez, n’est pas prête à le faire. Par conséquent, toutes les conversations sur ce sujet sont vaines.

Andreï Yermak, le chef de cabinet de Zelensky, a récemment promis de « parvenir à la paix dans le Donbass » d’ici la fin de l’année – sinon un certain « plan B » sera appliqué. Quels « plans » peut-on attendre du pays voisin, étant donné que selon le site américain Global Firepower, l’efficacité des Forces Armées Ukrainiennes a augmenté pendant la guerre du Donbass ?

Ce qui a sans aucun doute augmenté au sein des Forces Armées Ukrainiennes, c’est le nombre de crimes contre la population civile du Donbass. Cinq enfants ont été blessés par des obus ukrainiens depuis début mai ! Hier, leurs obus de mortier de 120 mm ont encore été tirés sur Gorlovka. Résultat, deux stations de communication cellulaire ont été endommagées et plus de trois cents abonnés sont restés sans communication.

Le même jour, les ouvriers d’une équipe de réparation de la voie ferrée de Donetsk ont miraculeusement survécu. Ils ont été soumis à un bombardement ciblé (ils portaient des uniformes orange !) par les FAU. Les réparateurs ont réussi à se cacher derrière le remblai, grâce à quoi les victimes ont pu être évitées.

Compte tenu de l’aggravation de la situation sur la ligne de front, ainsi que d’un certain nombre de déclarations publiques de responsables politiques ukrainiens, qui sont loin de l’essence des accords de Minsk, l’Ukraine agit déjà selon un plan différent du Paquet de mesures. En même temps, comme un vague voile, Kiev discute de la composition des représentants aux négociations avec nous et de l’ordre de mise en œuvre des accords de Minsk, s’éloignant du sujet de sa responsabilité concernant le non-respect de ses obligations.

Mais je peux vous assurer que notre capacité de combat est bonne, nous sommes prêts à repousser toute attaque de l’ennemi.

Cette semaine, la République Populaire de Donetsk a eu six ans. Comment évaluez-vous le parcours passé et l’état actuel de la RPD ? Quels sont les résultats obtenus ? Quels sont les problèmes, outre la pandémie, que vous considérez comme les plus graves ?

Le thème de la pandémie a réussi à saturer tout le monde. Cependant, la façon dont les pays traitent le coronavirus les caractérise quant à la durabilité et à la préparation des institutions de l’État à faire face à de sérieux défis non standards. Nous avons réussi à garder la situation épidémiologique sous contrôle. Toutes nos autorités agissent de manière coordonnée, ce qui constitue également une évaluation de leurs performances dans une certaine mesure.

Mais dans la lutte contre le coronavirus, avant et après, nous nous concentrons sur l’économie. L’absence de reconnaissance internationale, le blocus, la conjoncture mondiale défavorable au charbon et au métal ne laissent hélas pas un champ de manœuvre très large dans la structure de notre économie.

L’année dernière, nous avons accordé beaucoup d’attention au complexe agro-industriel, nous avons fait un pas vers les producteurs agricoles et cela a donné des résultats. Nous avons fait une bonne récolte de céréales, nous avons fourni du pain à la République. C’est important pour maintenir les prix sociaux.

Nous devons également réformer l’économie. Nous avons prévu une série de travaux pour restaurer les logements détruits par la guerre. L’état d’usure des logements et des services communaux fait également l’objet d’efforts. Il reste beaucoup de travail à faire. Mais le Donbass ne sera pas effrayé par cela. Nous aimons travailler.

Source : Vzgliad
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider



6 réactions


  • Guy19550 Guy19550 13 mai 10:48

    Excellent, merci.


  • Traroth Traroth 13 mai 13:52

    Pour faire simple, ce qui se passe avec les RPD et RPL, c’est un peu l’indépendance du Texas sous l’impulsion de Sam Houston...


  • sls0 sls0 13 mai 18:20

    Tout les jours je calcule le R0 de pas mal de pays.

    Pour éviter des biais je regarde aussi la cohérence des chiffres, entre le nombre des cas donnés et ce à quoi on doit s’attendre d’après le nombre de morts.

    En France on peut multiplier par 4, aux USA un moment c’était par 20. Ce n’est pas de la tricherie, c’est un indicateur de l’efficacité du dépistage. La Russie c’est 1,7 ce qui les classe dans les bons voir les très bons pour le dépistage.

    Il est bon de récupérer leur méthode de dépistage

    Pour ce qui est de leurs méthodes pour faire baisser le R0 ils ne sont pas parmi les meilleurs, transport en commun sans protections stricts (1) et confinement à plusieurs personnes augmente le R0.

    C’est simple, R0= B x c x D.

    B c’est la transmissibilité, se protéger et éviter de contaminer.

    c c’est le nombre de contacts.

    D c’est la durée de contagiosité sur laquelle on a pas la main.

    Rien qu’avec cette formule on voit si une consigne améliore ou dégrade le R0.

    On se moque pas des russes, en Seine saint Denis le facteur risque vu par les gens de terrain c’est le confinement et le transport en commun.

    (1) Chez moi pas de confinement, pas de paperasse, plus de transports en commun pour se déplacer, les bus font le ramassage des employés, gants et masques, une personne par banquette et les chauffeurs passent plus de temps à désinfecter qu’à rouler. Les flics ne contrôlent que la distanciation social et le port de protection. Les vieux s’auto-confinent, on ne les confine pas s’ils ne sont pas malades. Etre vieux et ne pas se confiner c’est plus un risque personnel que pour autrui, on ne peut pas obliger une personne saine à se confiner alors qu’il y a des malades qui se balladent.

    Ne pas respecter le confinement, ici une dame ne l’a pas respecté, elle s’est tiré de l’hôpital à la capitale et est à l’origine d’un gros cluster, si vous voulez son nom je vous le donne. Depuis ce coup médiatique, les malades respectent les consignes. Oui c’est franchement dégueulasse mais très efficace.

    La pauvre, allez donc vivre avec 50-100 morts sur la conscience. Sans compter la loi du Tallion, avec 23 homicides pour 100000 habitants ils ont le sang chaud localement.


    • Guy19550 Guy19550 14 mai 01:40

      @sls0
      Je ne vais pas aussi loin avec les chiffres. Je constate cependant que si on classe la liste des cas des différents pays par ordre de tests, les 6 premiers de la liste contiennent 5 pays producteurs de vaccins. (US, Russia, Germany, Italy, Spain, UK)
      Le pays qui ne produit pas de vaccin est l’Espagne. UK, va probablement encore monter d’une place.

      On teste pas seulement en raison du vaccin, mais aussi pour savoir qu’il doit recevoir un traitement et lequel. Cela explique pourquoi l’Espagne est encore dans le G6.

      On ferait bien aussi de tester plus pour savoir qui peut être déconfiné et qui ne peut pas l’être, mais là on est en plein milieu politique, autant le dire de suite !

      Chacun peut aussi faire sa propre analyse des choses, la simple réflexion permet de savoir s’il est raisonable ou pas de travailler ou pas, de rester chez soi ou pas... et je regrette profondément que la masse des gens ne réfléchi pas avant la prise d’une décision qui peut mettre la santé d’autrui en danger.

      J’ai conseillé l’achat de masques chirurgicaux aux familles proches ici (3 au total), mais je me suis aussi rendu compte au fil des mois que pour certains extras, il faut aussi des masques, c’est le cas des transports en communs et des visites en clinique...

      J’en ai donc commandé 20 en Chine, ce qui revient à 50 cents par masque. Ils sont destinés à la collectivité ici dans la maison étant sous-entendu que cela doit toujours être la même personne qui utilise son masque, pas question donc d’en emprunter un pour le remettre en place par la suite.

      Je vais mettre un petit pot à côté des masques dans lequel on mettra 1 euro par masque en vue de pouvoir réaprovisionner le stock en temps utile.

      Ici, on ne travaille pas, mais il y a des infirmières qui circulent et des volontaires pour aider les gens de la maison.


    • sls0 sls0 14 mai 19:48

      @Guy19550
      Chez moi on trouve des gants, des masques et du gel.
      Pas de confinement mais distanciation. Comme les locaux sont très festif il y a un couvre feu.
      Malgré la proximité de la capitale infectée à 30km c’était assez calme dans la province, le R0 c’était 1,03. La semaine dernière c’est monté à 1,09 le taux national et aujourd’hui 1,13. Du coup contrôle des villes de la province.3 jours pour traiter une ville de 25000 habitants. C’est tropical ici, l’épidémie ils connaissent, c’est l’opération coup de poing, habituellement c’est le moustique la victime.
      J’attends, il y aura la fulmigation hebdomadaire et ensuite les enquêteurs et peut être un test.
      Ici il y a un centre médical par km², ce n’est pas toujours une histoire de moyens, c’est gratuit donc les gens y vont facilement.
      Très convivial ici, ils s’en foutent un peu de tout mais en cas d’épidémie ça change.
      Sinon l’économie a continué à 50% à cause de la distanciation.
      Si un pays un peu bordélique comme la RD fait mieux que les pays riches, pour la RDP ça devrait se faire aussi. Le peu que j’ai lu de Chrystelle à voir c’est un peuple responsable et non infantilisé comme en France ça devrait aller. Une épidémie se résoud avec de la réflexion et du bon sens, à priori ça ne manque pas.


    • Christelle Néant Christelle Néant 14 mai 21:50

      @sls0
      Ici les gens portent tous des masques dans les magasins et les centres commerciaux, dans les hôpitaux, et tout autre bâtiment public. Les vigiles à l’entrée le rappelle si vous oubliez de le mettre. Il y a des bouteilles de désinfectant à l’entrée de tous les supermarchés et grands magasins. Et pour l’instant ça va. Nous avons régulièrement de nouveaux cas, mais rien de dramatique.


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