samedi 20 avril - par Christelle Néant

Sanctions – La Russie coupe le robinet de pétrole vers l’Ukraine

Suite à de nouvelles sanctions prises par Kiev contre la Russie, cette dernière a répondu par de nouvelles contre-sanctions qui pourraient avoir un impact très lourd sur l’économie ukrainienne, comme l’interdiction d’exportation de pétrole et de produits pétroliers vers l’Ukraine.

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Mercredi 10 avril, le gouvernement ukrainien a étendu ses sanctions commerciales contre la fédération de Russie, en imposant un embargo sur le formol, le concentré de carbamide-formaldéhyde, les ressorts pour les wagons de marchandises, le matériel électrique pour les appareils d’automatisation et de communication ferroviaires et les conducteurs électriques pour les tensions supérieures à 1 000 V.

En outre, les importations d’emballages en verre, y compris les pots, les bouteilles pour aliments et boissons, et les conteneurs (qui représentaient un marché de 8 millions de dollars en 2018) ont aussi été soumis à des sanctions.

En réponse à ces nouvelles « actions inamicales » comme les a qualifiées le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, la Russie a décidé de prendre des contre-mesures dont le poids économique pour l’Ukraine sera d’une toute autre ampleur.

Ainsi, le gouvernement russe a interdit l’importation de vêtements, de chaussures, de papier, de carton multicouches, de tubes en acier, de vaisselle et outils de cuisine en acier émaillé, de poseurs de conduites d’une capacité de levage inférieure à 90 tonnes, de bulldozers chenillés et de pelleteuses à godet unique. Des marchandises qui rapportaient près de 250 millions de dollars à l’Ukraine en 2018.

Et ça ce n’est que le premier « effet kiss cool ». Le deuxième risque d’être bien plus redoutable pour l’économie ukrainienne, puisque la fédération de Russie a aussi interdit l’exportation vers l’Ukraine de pétrole et de produits pétroliers.

Les produits issus du charbon et du pétrole ne pourront désormais plus être exportés vers l’Ukraine que sous réserve d’obtention d’un permis spécial du ministère russe du Développement économique dès le 1er juin 2019.

Pour rappel, en 2018, l’Ukraine a importé de Russie 12,4 millions de tonnes de charbon, soit 10 % de plus qu’en 2017. Les importations russes représentent 40 % des importations de charbon de l’Ukraine.

Autant dire que l’arrêt total ou même partiel des livraisons de charbon russe pourraient avoir des conséquences lourdes pour l’économie ukrainienne. Car les autres fournisseurs que sont le Canada, la Pologne ou les États-Unis, n’ont pas du tout la même grille tarifaire que Moscou !

En clair, les Ukrainiens risquent encore de voir grimper en flèche leurs factures de charges communales, puisqu’une bonne partie de l’électricité ukrainienne est produite dans des centrales à charbon, et que l’eau chaude et le chauffage centralisé dépendent aussi grandement du charbon. Tout dépendra désormais des permis accordés ou non par le ministère russe du Développement économique.

Et pour ce qui est du pétrole et de ses produits dérivés, malgré la diversification par l’Ukraine des sources d’approvisionnement en brut auprès de l’Azerbaïdjan, de l’Iran et de l’Algérie, depuis 2014, 70 à 75 % du pétrole sur le marché ukrainien est d’origine russe. Une partie vient directement de Russie (30 à 35 %) et le reste transite via la Biélorussie.

Face au risque de perdre une grande partie de ses approvisionnements, la société ukrainienne Ukrtanafta a tiré la sonnette d’alarme, en déclarant que cela pourrait provoquer l’effondrement du marché des carburants, plomber l’économie ukrainienne et serait une menace pour la sécurité nationale.

La société a exhorté les autorités ukrainiennes à supprimer immédiatement toutes les taxes et autres frais de douane préférentiels qui s’appliquent aux produits pétroliers russes afin de favoriser la production nationale. Elle a aussi demandé l’assistance du gouvernement pour augmenter les capacités de production des raffineries ukrainiennes et de diversifier ainsi l’approvisionnement en produits pétroliers du pays en augmentant les quantités de pétrole brut importé de la Caspienne (Azerbaïdjan).

Mais il y a peu de chance que l’Azerbaïdjan puisse multiplier par trois ou quatre ses livraisons de pétrole à l’Ukraine en si peu de temps. Il est par contre possible que la Biélorussie tire encore une fois son épingle du jeu, comme avec le charbon (qu’elle livre en quantité à l’Ukraine alors qu’elle n’a aucune mine de charbon), en accroissant son rôle d’intermédiaire, et permettant ainsi à l’Ukraine de continuer à recevoir du combustible russe. Mais un intermédiaire ça se paye, et ça finit toujours par faire gonfler la facture.

Si la réponse russe aux nouvelles sanctions ukrainiennes peut sembler brutale et disproportionnée il faut garder à l’esprit deux choses.

La première est que la Russie en a assez, sa patience envers l’Ukraine a été totalement épuisée par cinq ans de russophobie forcenée et de sanctions sans cesse étendues jusqu’à l’absurde (comme cette interdiction de tout vol direct entre l’Ukraine et la Russie). Pour le gouvernement russe, l’Ukraine a depuis longtemps franchi toutes les lignes rouges.

La deuxième chose à garder à l’esprit, c’est que le traité d’amitié et de coopération entre les deux pays a pris fin le 1er avril 2019 à l’initiative de Kiev. Fini donc la gentillesse et la patience légendaire de la Russie envers l’Ukraine.

L’Ukraine ayant autorisé la Russie à retirer les gants avant de frapper, cette dernière a décidé de ne pas se gêner et de faire payer désormais au prix fort les prochaines âneries made in Kiev, dont le but est plus de faire des opérations de communications envers les néo-nazis ukrainiens que de penser au bien-être de la population.

Autant dire qu’il faut s’attendre à ce que ce genre de réponses russes se multiplient à l’avenir si le prochain président ukrainien ne redresse pas rapidement la trajectoire de l’Ukraine, qui fonce actuellement tout droit vers l’abîme.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



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