vendredi 9 août - par PETINOS

Turquie : plus de 300 000 livres détruits ou la volonté de contrôler les consciences

Un certain affaiblissement observé dans l’entourage du sultan d’Ankara est probablement à l’origine de deux faits majeurs en Turquie.

D’une part, les velléités de plus en plus flagrantes d’anciens cadres de l’AKP (le parti islamo conservateur de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir depuis presque vingt ans en Turquie) ont commencé à s’organiser en déclarant leur volonté de créer de nouveaux partis politiques ; c’est notamment la cas d’Ahmet Davutoglu, le théoricien du néo-ottomanisme et ancien Premier ministre et d’Ali Babacan, ancien ministre des Affaires européennes.

Ce relatif affaiblissement, mis en exergue par la perte des grandes villes lors des récentes municipales – dont Istanbul - conduit le maître d’Ankara à durcir le ton et à renforcer le nationalisme.

Sur le plan extérieur, les menaces proférées contre les Kurdes de Syrie, en font partie. Egalement, les menaces contre Chypre et les forages en zone économique exclusive de la petite république, rentrent-elles dans le même cadre.

Sur le plan intérieur, il y a actuellement une volonté farouche de la part du pouvoir turc, d’éradiquer tout ce qui rappelle de près ou de loin Fethullah Gülen, intellectuel musulman, en exil aux États-Unis depuis 1999. Ce denier est accusé par le gouvernement turc d’être à l’origine du soulèvement militaire de juillet 2016 — ce qu’il a lui-même nié.

Après l’avoir utilisé durant les premières années de son règne pour contrôler l’armée, Erdogan l’a mis au ban de la société car il était un rival sérieux pour le pouvoir.

Mais revenons au sujet de notre article : le ministre turc de l’Éducation, Ziya Selçuk, vient de confirmer la destruction de 301.878 ouvrages depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016. Une répression de masse a touché les écoles et les bibliothèques, entraînant la disparition de ces ressources. De fait, tout ouvrage peu ou prou en lien avec le mouvement Gülen, le FETÖ, s’est retrouvé pris dans cette purge.

Dans un article bien documenté et basé sur des reportages de Hürriyet et Guardian, Victor De Sepausy nous dit : « En décembre 2016, une première salve de manuels scolaires avait déjà été détruite : 1,8 million d’exemplaires qui contenaient le terme “Pennsylvanie” — qualifié «  d’inacceptable  » —, simplement parce que c’est l’État où réside actuellement Gülen. La même année, un ouvrage de mathématiques, qui contenait ses initiales, avait subi le même sort. Une traque sans relâche, aux confins de la bêtise… On avait même vu des rues d’Ankara, nommées Gülen, qui furent rebaptisées, alors qu’elles n’avaient aucun lien avec l’intellectuel[1]. »

Depuis le coup d’État manqué, plus de 200 médias et maisons d’édition ont dû fermer. Et on ne compte plus le nombre de journalistes et écrivains emprisonnés ou trainés devant la justice, accusés de collaboration avec des organisations terroristes…

Naguère, en 2017, les auteurs tels que Spinosa, Camus ou Louis Althusser, ont été bannis des bibliothèques turques sur ordre d’Erdogan. Ce sont en tout 139 141 livres qui étaient sous le coup d'une "enquête", avait alors précisé le ministre de la Culture turc, le 11 octobre 2017. Sauf que les livres incriminés dépassaient largement le cas de Gülen…

Ces actes sont à rapprocher de la volonté déclarée du néo-sultan Erdogan de créer une jeunesse et société pieuses en Turquie, empêchant, tout simplement, quiconque d’étudier des ouvrages, d’apprendre et de réfléchir, en dehors du dogme islamo-nationaliste en vogue en Turquie…



18 réactions


  • pallas 9 août 16:40
    PETINOSTant mieux,

     smiley

    Erdogan à raison.

    Occupez vous de vos propres affaires et non des autres.

    Citation :

    Envoyez toutes les légions, tuez les tous, ne cessez l’assaut qu’une fois que la cité sera prise «  »le seigneur des anneaux«  »".

    Big bisoux

    Salut

    PS : c’est les légions du Mordor qui arrive.


  • Clocel Clocel 9 août 18:51

    Sûr qu’en occident nous sommes beaucoup plus subtils, on ne détruit pas les livres, on détruit juste les cerveaux et les consciences capables d’en tirer profit.

    Je ne saurais trop conseiller au Sultan le management du temps de cerveau disponible, rondement mené, plus besoin de niquer le bon peuple, il se la coupera et se la fourrera lui-même dans le fion...

    Quelques « bons » intellectuels de plateau sont bien plus redoutables que les pires mercenaires, ils sont beaucoup plus sanglants en tous cas, demandez au libyens, syriens, serbes z’et autres irakiens.


  • sls0 sls0 9 août 19:28

    Crâmer des livres, l’église l’a fait, les nazis aussi. C’est la marque d’obscurantisme.

    C’est contre productif, l’interdit attire. 

    Ca n’a jamais marché, on combat des idées avec des idées.

    Le gouverment turque accuse Gülen d’être à l’origine du coup d’état, c’est facile d’accuser, il vaut mieux avoir des preuves.

    Gülen le nie ce qui est aussi facile. Si au tribunal on ne devrait pas condamner les personnes qui disent « c’est pas moi » il y aurait peu de monde de condamner.

    Comme je n’ai aucune bille là dessus et que je suis trop fainéant pour m’y intéresser, je suspends mon jugement donc pour moi ce n’est pas un argument recevable.

    Oui un argument saute à cause de ma fainéantise, sur ce type d’information je suppose que cette fainéantise doit être assez généralisé.


  • rhea 1481971 9 août 19:52
    • Dans nos pays on contrôle l’édition et sur Wikipédia la
    • liste des ouvrages d’un auteur, est parfois incomplète :
    • Théodore Monot, a écrit le livre « sortie de secours » il a
    • disparu de la liste des ouvrages qui lui sont attribué.
    • John Kennedy a obtenu le Prix Pulitzer en 1957
    • pour son ouvrage « le courage dans la politique »
    • ça a aussi disparu sur Wikipédia .

  • franc tireur 9 août 21:38

    les turcs font ce qu’ils veulent chez eux, on a pas de jugement a emettre avec nos grilles de lecture libérales. tant qu’ils viennent pas nous imposer leurs idées.

    c’est juste de se dire qu’on a faillit intégrer ce pays a l’UE , oui ! ca allait de l’extreme gauche jusqu’ a sarkozy .vous avez remarqué comme on les entend plus du tout la dessus ces gens ? par contre ils continuent de prosperer sur nos ecrans comme si de rien n’était , défendant d’autres lubies mortifères (immigration , fin des nations etc)


  • velosolex velosolex 9 août 22:01

    Ce gars là est un malin. Il a trouver la recette pour ramener les gens, et surtout les jeunes à la lecture, une activité qui périclite dans notre pays, où il y aura bientôt plus d’auteurs, que de lecteurs. 

    Bradbury avait pas vu ça, tout malin et poète qu’il était. C’est pas les farenheit qui mettent en danger le papier, mais la glaciation, l’oubli. 

    Qui aurait pu croire qu’un félé reprendrait les technique du troisième reich, et penserait contrôler les consciences. L’avenir n’est qu’un long passé


    • Old Dan Old Dan 9 août 22:29

      @velosolex
      Vous avez raison.
      Cela dit, il est bien connu que la « crétinisation » instituée favorise le néo-libéralisme autant que la surveillance mondialisée (198... non 2084 ! )
      Ex : Chine, Trump, GAFA, uber...


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 août 23:35

    Moi j’aime bien Erdoghan . Au moins on est sur que la Turquie n’ est pas prête d’ être acceptée en Europe par nos décérébrés bruxellois.


  • Kapimo Kapimo 10 août 01:15

    Je ne connais pas bien le sujet turc, même si j’ai lu à de nombreuses reprises que le dénommé Gulen était bien un agent de la CIA.

    Ce qui est quasi-certain, c’est que ces gens-là, les Gulen-Erdogan & Cie vivent dans des mondes de réseaux (« frères musulmans », « Hizmet » en l’occurrence), lesquels réseaux attirent le chaland en bâtissant des nébuleuses ésotériques et historico-sociologiques agrémentées de nombreux livres et de moyens d’enseignements conséquents ainsi que d’un ensemble de propagande (presse, maison d’édition, radio etc...).

    En fait, il s’agit peu ou prou de réseaux franc-maçons, à la sauce turque.

    En ce qui me concerne, et ayant constaté l’influence pour le moins discutable de ce type de confréries en France, je me moque royalement qu’on brûle les livres de la mouvance du dénommé Gulen.

    A noter qu’en 2008, le maire d’une ville Israélienne a perpétré l’autodafé d’un certains nombre d’exemplaires du nouveau testament, ce qu’aucun rabbin Israélien n’a voulu condamner.

    Et si de bonnes âmes voulaient perpétrer un autodafé de toutes les saloperies violentes et propagandistes issues des studios de cinéma américains, je n’en serais pas plus ému que cela.


  • yapadekkoaqba yapadekkoaqba 10 août 07:54

    Quelle différence avec les livres interdits ? Ah si, une, en France les livres interdits pour le peuple sont seulement consultables à la BNF par des privilégiés.


  • zygzornifle zygzornifle 10 août 09:38

    Il faut vite que la Turquie entre dans l’UE afin qu’elle purge nos bibliothèques de tous les ouvrages impies .... 


  • L'Astronome L’Astronome 11 août 10:56

     

    Une des marques distinctives d’un pouvoir qui se maintient par la brutalité policière, c’est la paranoïa. Malheureusement, beaucoup des gouvernants de ce monde ont des tendances paranoïdes.

     

    D’autre part, l’auteur a écrit : « le ministre turc de l’Éducation, Ziya Selçuk... ». Je pense qu’il y a une faute de frappe, et qu’il faut lire : le ministre turc de l’éradication.

     


  • Julot_Fr 12 août 12:34

    300 k livres.. ca pale a cote des merdia francais controlles par qlq milliardaire a tendace sioniste


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