mercredi 6 novembre 2019 - par Christelle Néant

Ukraine – Les dettes de gaz mettent la saison de chauffage en danger

Si dans la plupart des villes d’Ukraine la saison de chauffage a déjà commencé, il en est d’autres où ce n’est toujours pas le cas, pour cause de problème de dettes de gaz non-résolues. Il faut dire qu’avec une dette de gaz totale des sociétés de chauffage et de production d’électricité envers Naftogaz de 60,6 milliards de hryvnias (soit environ 2,2 milliards d’euros), il y a de quoi pousser le monopole gazier ukrainien à fermer le robinet.

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Résultat au 4 novembre, les chiffres officiels annoncent que 85,2 % des habitations et 90,6 % des infrastructures sociales sont chauffées en Ukraine. Mais ces chiffres cachent une disparité énorme.

Ainsi, si en Transcarpatie, dans la région de Jitomir, dans celle de Vinnitsa et dans la région d’Ivano-Frankovsk, le taux de chauffage des bâtiments est de 100 %, à Kiev, seuls 99 % des bâtiments sont chauffés, et dès qu’on passe au sud du pays ça vire à la catastrophe.

À Odessa, par exemple, sur 153 stations de chauffage seules 80 fonctionnent. Résultat une partie de la ville (y compris le centre-ville), est toujours sans chauffage. Les autres régions du sud de l’Ukraine ne sont pas en reste, puisque dans la région de Zaporojié seuls 56,9 % des bâtiments sont chauffés, et dans l’oblast de Kherson on atteint le « record » d’à peine 12,9 % de bâtiments chauffés.

Si on regarde les chiffres concernant exclusivement le chauffage des maisons, les plus mauvais élèves sont les régions de Nikolayev, avec 24,4 % des habitations seulement qui sont chauffées, Odessa avec 12,8 % des habitations qui ont le chauffage, et à Kherson, le chiffre est carrément de zéro ! En clair, aucune habitation n’est actuellement chauffée via le chauffage central dans cette région !

D’autres oblasts, comme celui de Dnipropetrovsk, risquent de voir certaines de leurs localités être privées de chauffage en cours d’hiver si les autorités locales ne réagissent en aidant financièrement les compagnies de chauffage en difficulté.

Car tous ces problèmes ont une seule et même origine : la dette de gaz envers le monopole ukrainien Naftogaz. Nous avions déjà parlé de ce problème par le passé, et comme nous l’avions annoncé, le problème ne s’est toujours pas réglé, bien au contraire. Résultat les prédictions de Naftogaz début octobre sur le risque de voir le début de la saison de chauffage capoter se sont réalisées.

Au 29 octobre 2019, les sociétés de production de chauffage et d’électricité doivent à Naftogaz 60,6 milliards de hryvnias dont 34,419 milliards (soit environ 1,26 milliard d’euros) rien que pour le chauffage.

Une hausse conséquente par rapport à l’année dernière, car malgré de petites baisses ponctuelles de la dette certains mois (comme pendant l’été), les fournisseurs de chauffage ont accumulé 11,8 milliards de hryvnias (environ 430 millions d’euros) de dette rien que pour l’année 2019 ! Pour résumer, en un an, les dettes de gaz des sociétés fournissant le chauffage central ont augmenté de 52 % !

Résultat Naftogaz court après les fournisseurs de chauffage pour se faire rembourser, et invoque l’article 22 de la loi sur la fourniture de chauffage qui oblige toute nouvelle société reprenant des installations (stations de chauffage) utilisées par une autre compagnie, à s’acquitter des dettes de cette dernière, pour essayer de se faire payer.

Si cette loi vise à empêcher des gens malhonnêtes de se dérober à l’obligation de payer leurs dettes à Naftogaz en faisant disparaître leur société endettée, puis en créant une nouvelle compagnie qui utilise les mêmes installations sous un nouveau nom, certains refusent de payer pour les dettes des autres et dénoncent un terrorisme de la dette mené par Naftogaz.

En effet, dans certains cas le monopole gazier ukrainien n’hésite pas à ressortir des dettes remontant jusqu’à huit ans en arrière, pour essayer de gratter un peu d’argent là où il peut.

En attendant, entre les sociétés de fourniture de chauffage véreuses qui détournent les fonds puis disparaissent en laissant leurs dettes à la commune ou à la société qui aura le malheur de récupérer leurs installations, la baisse des subventions, les dettes des usagers ukrainiens qui ne font qu’augmenter d’année en année, et les tarifs du gaz qui suivent la même courbe (à cause des exigences du FMI, et le fait que l’Ukraine n’achète plus son gaz directement à la Russie mais à l’UE par flux inversé), la situation ne risque pas de s’arranger.

Dans certaines régions, les habitants passeront cette année le deuxième hiver sans chauffage, pris en otages par un système incapable de régler le problème de fond. Car pour cela, il faudrait que les autorités ukrainiennes sortent de leur logique russophobe et acceptent la main tendue par la Russie, et l’offre de fourniture de gaz par Gazprom à un prix 25 % plus bas, qui permettrait de réduire les tarifs du gaz, de l’électricité et du chauffage pour les Ukrainiens.

Or qui dit baisse du tarif, dit factures plus faciles à payer et donc diminution des impayés, ce qui pourrait permettre au pire de ralentir l’augmentation vertigineuse de la dette des charges communales, voire dans le meilleur des scénarios d’inverser la tendance.

Reste à voir désormais si Zelensky va appliquer des principes de realpolitik et régler le problème, ou laisser ses concitoyens geler chez eux au nom de l’hystérie russophobe qui s’est emparée de l’Ukraine en 2014.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider



8 réactions


  • Guy19550 Guy19550 6 novembre 2019 21:30

    C’est effayant, ni plus ni moins. Si cela ne tenait qu’à moi, le budget de la défense serait annulé et utilisé au règlement du chauffage.


  • Mefrange 23 novembre 2019 17:51

    Dans les pays de l’Est, pas de chauffage = mort. Dans d’autres pays, la variable capitale est la nourriture, dans d’autres le libre commerce maritime. Espérons que le nouveau pouvoir saura s’entourer de gens pragmatiques. Sinon c’est mathématiquement une nouvelle hémorragie de population en UE ou Russie selon les possibilités ou préférences de chacun(e). Nouveau réfugiés, travail au noir à bas prix, chômage, dette, suicides, colères, éborgnés. Ce qui se passe à 2500 km a des répercussions du type « grandes invasions » qui n’étaient principalement que la volonté de survie de peuples germains que Rome a du accepter et utiliser à son service avant de se destructurer et disparaître. Il y a ceux qui pensent que c’est la faute à la corruption et la faillite d’une politique et ceux qui pensent que tout était bien orchestré et planifié. Vider l’Ukraine pour faire travailler à vil prix et acheter à vil prix ses ressources foncières et de schiste pour extraire du pays la plus value. « Le FMI m’affame et me congèle ». Cette politique suicidaire ne serait pas suivie si de fausses promesses et assurances n’étaient pas données. Les pays de Visegrad seront content d’avoir des esclaves dans les champs. Tout le monde y gagne. Les proxénètes auront leurs prostituées de luxe, les couples stériles leurs orphelins. Les organes humains seront vendus pour la longévité des fringants nonagénaires. La machine à trafics va tourner à plein régime et le tiroir caisse avec L’Ukraine est bien malgré elle un révélateur de la nature du « projet » mortifère européen. Sa signification la dépasse. C’est un cas d’école. Le pillage et la prédation. On met des comédiens en avant, on manipule, on endette, on appauvrit et ... on encaisse. Bingo. « Pile je gagne face tu perds ». Ensuite ce sera votre tour sans le plus petit état d’âme. Ces gens sont des monstres.


    • Christelle Néant Christelle Néant 23 novembre 2019 18:14

      @Mefrange
      Très bon commentaire. Je complèterai en disant que pour les bébés, pas besoin d’orphelins, la GPA est légale en Ukraine....


  • Guy19550 Guy19550 30 novembre 2019 07:31

    La situation va empirer. Je vois fort bien l’Ukraine demander du gaz aux républiques dans un avenir proche en échange de l’eau :

    Vendredi 29/11/2019
    Après le nouveau report des discussions normalement prévues pour le 29/11, une nouvelle file est entamée. On évoque une nouvelle date ici pour des discussions complémentaires :
    https://tass.com/politics/1094145

    Olé : http://uawire.org/gazprom-warns-ukraine-that-it-will-shut-off-the-gas-pipe-on-january-1
    C’est le prix à payer pour avoir joué avec le feu par les deux derniers gigolos de la commission européenne...

    Samedi 30/11/2019
    https://tass.com/economy/1094383
    Personnellement je m’en tape. Depuis le temps que cela dure, les ukrainiens n’auront que ce qu’ils méritent, même si la population n’y est pour rien. C’est assez étonnant qu’il n’ait pas parlé de flux inversés ni de gaz butane importé d’Europe.
    Il y a une autre news sur Tass qui n’est en fait qu’un rappel d’une ancienne faite avant :
    https://tass.com/economy/1094381
    C’est pour la poubelle car l’Ukraine n’a en fait rien à demander en compensation après la rupture à un contrat qui vient à échéance. A mon avis le calibre du supositoire ne convient pas aux russes.
    La plus importante est ici : https://tass.com/economy/1094221
    Le 02/12/2019, la Russie commence la fourniture de gaz à la Chine, eux au moins ne discutent pas sans arrêt les conditions de la fourniture comme le font l’Europe et l’Ukraine. Il n’y a pas encore de second pipeline de lancé, mais cela ne saurait tarder selon moi, la Russie veut en effet des clients valables, ce que ne sont pas les ukrainiens ni l’Europe


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