mercredi 1er février 2023 - par Sylvain Rakotoarison

Xi Jinping confirmé empereur de Chine : les nouveaux maîtres de la Chine communiste

« Osez vous battre pour la victoire ! » (Xi Jinping, le 22 octobre 2022 à Pékin).

Cela ne faisait plus aucun doute mais il fallait la confirmation. Elle a eu lieu ce dimanche 23 octobre 2022 avec la première réunion du nouveau comité central du parti communiste chinois (PCC) désigné à l'issue de son 20e congrès. Le comité central a désigné le nouveau bureau politique, celui-ci le nouveau comité permanent du bureau politique et enfin, Xi Jinping a été réélu Secrétaire Général du parti communiste chinois. Difficile de donner l'ordre des désignations puisque tout a été parfaitement huilé, téléphoné, préparé, avec les sept heureux désignés arrivant sur l'estrade.

Pour Xi Jinping, c'était sans nul doute une nouvelle étape pour son pouvoir. Tant en termes constitutionnels (ravivant le culte de SA personnalité) qu'en termes d'équipe. La consécration de son pouvoir absolu. Le voici seul, en ayant écarté tous ceux qui, à l'intérieur de la direction du parti, aurait pu le gêner, du moins, le freiner. Les "nouveaux maîtres de la Chine communiste" se résument à un seul nom, le sien ! Il suffit de regarder en détail la composition du nouveau "comité permanent du bureau politique du comité central du parti communiste chinois" (ouf !) dont il fait évidemment partie. C'est le cœur du pouvoir en Chine.

Le numéro un Xi Jinping (69 ans) reste toujours le plus ancien à ce comité, membre depuis le 22 octobre 2007. Désormais, les deux seuls autres plus anciens n'ont été nommés que le 25 octobre 2017, quand il était déjà le chef suprême, à savoir Zhao Leji (numéro trois) et Wang Huning (numéro quatre).

Zhao Leji (65 ans) sera le prochain Président du comité permanent de l'Assemblée Nationale Populaire (en mars 2023). Il succédera à Li Zhanshu (72 ans) qui a quitté le comité permanent le 23 octobre 2022. Zhao Leji a été le secrétaire du comité central pour l'inspection disciplinaire du parti du 25 octobre 2017 au 23 octobre 2022.

Son prédécesseur à cette dernière fonction était Wang Qishan (74 ans), qui a quitté le comité permanent le 25 octobre 2017 et qui est l'actuel Vice-Président de la République populaire de Chine depuis le 17 mars 2018 (après avoir été Vice-Premier Ministre du 15 mars 2008 au 14 mars 2013). Très proche de Xi Jinping, Wang Qishan l'a représenté aux funérailles de la reine Élisabeth II le 19 septembre 2022.

Wang Huning (67 ans) est le président de la commission centrale d'orientation sur la construction de la civilisation spirituelle depuis novembre 2017 et a été le premier secrétaire du Secrétariat du parti communiste chinois du 25 octobre 2017 au 23 octobre 2022. Politologue francophone, Wang Huning est considéré comme l'éminence grise de Xi Jinping et comme l'idéologue du parti depuis Jiang Zemin.

Les quatre autres membres du comité permanent sont donc de nouveaux membres, nommés le 23 octobre 2022. Les voici.

Le numéro deux Li Qiang (63 ans) sera intronisé Premier Ministre de la Chine en mars 2023, qui succédera à Li Keqiang (72 ans), lui-même quittant le comité permanent le 23 octobre 2022. Li Qiang était le chef du parti à Shanghai du 29 octobre 2017 au 28 octobre 2022. Il a été par ailleurs gouverneur du Zhejiang du 21 décembre 2012 au 4 juillet 2016 et chef du parti du Jiangsu du 30 juin 2016 au 29 octobre 2017. Proche de Xi Jinping, il a beaucoup travaillé avec lui au Zhejiang.

Le numéro cinq Cai Qi (67 ans) est le nouveau premier secrétaire du Secrétariat du parti depuis le 23 octobre 2022, prenant la succession de Wang Huning. Il a été le président du comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver à Pékin du 25 février 2018 au 13 mars 2022, maire de Pékin du 31 octobre 2016 au 27 mai 2017 et surtout, chef du parti à Pékin du 27 mai 2017 au 13 novembre 2022. Cai Qi est un très proche de Xi Jinping, il était en mai 1999 maire de Quzhou, en mars 2002 sous-chef du parti du Zhejiang, en avril 2004 chef du parti à Taizhou quand Xi Jinping était le chef du parti de Zhejiang (Taizhou est une ville de Zhejiang), puis en avril 2007 maire de Hangzhou, etc.

Le numéro six Ding Xuexiang (60 ans) est le directeur de cabinet du Secrétaire Général du parti depuis mai 2013, directeur général du parti depuis le 15 novembre 2017, avec la supervision de nombreux services importants. Il a travaillé longtemps aux côtés de Xi Jinping, tant à Shanghai qu'à Pékin.

Enfin, le numéro sept Li Xi (66 ans) a pris la succession de Zhao Leji le 23 octobre 2022 comme secrétaire du comité central pour l'inspection disciplinaire du parti. Il a été le gouverneur du Liaoning du 5 mai 2014 au 8 mai 2015, chef du parti du Liaoning du 4 mai 2015 au 28 octobre 2017 et chef du parti du Guangdong du 28 octobre 2017 au 28 octobre 2022. Il avait été auparavant sous-chef du parti à Shanghai. Li Xi est considéré comme un confident de Xi Jinping.

Comme on le voit, Xi Jinping a placé, à ces six postes stratégiques, ses propres hommes, dont il peut s'assurer d'une fidélité sans faille et d'une confiance acquise au fil de leur longue collaboration dans le passé. On note aussi qu'il y a intégré les deux chefs de parti les plus importants, celui de Pékin (Cai Qi) et aussi celui de Shanghai (Li Qiang) qui avait imposé le confinement d'une vingtaine de millions de personnes pendant plusieurs mois en raison de la présence de quelques centaines de cas de covid-19 (la politique du zéro-covid vient d'être énormément assouplie après beaucoup de contestation).

_yartiXiJinpingH03

On notera aussi le caractère "démocratique" du fonctionnement institutionnel de la Chine communiste (je fais dans l'ironie) : tous les cinq ans, un congrès du parti de plus de 2 000 délégués (en principe élus localement, mais avec un seul candidat) se réunit pendant une semaine pour choisir ses instances directives, le lendemain (le 23 octobre 2022 cette année) a lieu toutes les nominations pour les cinq ans à venir. Et en mars de l'année suivante (ici mars 2023) aura lieu l'élection de l'Assemblée Nationale Populaire (l'équivalent du Parlement), toujours avec le mode de la candidature unique, qui élit le Président de la République pour cinq ans et plus généralement, les instances directives non plus du parti mais de l'État.


Ce qui est extraordinaire, c'est la capacité à prédire l'avenir puisque Li Qiang, le nouveau numéro deux, est destiné à devenir Premier Ministre, mais comment peut-il être déjà désigné par avance chef d'un gouvernement qui aura la confiance d'une assemblée qui n'est pas encore élue ? C'est là toute la subtilité chinoise : les élections n'ont aucun rôle et certainement pas celui de choisir librement et en toute sincérité les représentants du peuple, elles ne sont que des procédés de vitrine pour asseoir un pouvoir déjà largement renforcé par les instances du parti. Les députés sont des représentants du chef, pas du peuple.

Peut-on, dès lors, parler de dictature pour qualifier la Chine ? Elle l'a toujours été depuis Mao, mais avant lui, elle n'était pas plus une démocratie. On pourrait envisager, au risque d'un racisme nationaliste, que le peuple chinois ne pourrait pas être dirigé par une démocratie, mais l'exemple de Taïwan, longtemps une autocratie, montre le contraire depuis que la démocratie a été installée avec plus ou moins de succès. Les nominations du 23 octobre 2022 confirment la dictature, c'était prévisible, mais ce qui est maintenant nouveau, c'est que la Chine est devenue une dictature unipersonnelle et non plus collective. En ce sens, ce régime se "poutinise".

Cela dit, pour en avoir discuté longuement avec quelques amis chinois dont la neutralité politique leur assure la bienveillance de leur pays pendant leur séjour d'expatriation en France, pour bien comprendre la vie politique chinoise, c'est l'efficacité qui l'emporte. Pourquoi perdre tant de temps à discutailler pendant des mois voire des années de campagne électorale sans rien construire ? Les campagnes électorales font perdre inutilement beaucoup d'énergie. Alors, selon eux, il vaut mieux dépassionner la désignation des dirigeants, y mettre "les meilleurs", et le pays sera parfaitement dirigé, uni vers un même but (à définir).

Mais partout, on a imaginé ce mode de gouvernement, il était très en cour au Siècle des Lumières, on parlait alors de "despotisme éclairé". Le problème, comme toujours, c'est la définition de "éclairé", de "les meilleurs", qui dit l'éclairage et qui juge du bon éclairage ? En 2022, assurément, en Chine, la réponse à cette question, c'est Xi Jinping.

Pour donner une certaine analogie, il faut imaginer la désignation des dirigeants de la Chine comme un vaste concours général, où les meilleurs atteignent les places supérieures, petit à petit. Ce n'est pas étonnant que la présentation des sept membres du comité permanent s'est faite finalement sur le même mode que la nomination des Césars et autres cérémonies de prix culturels : dans ces grand-messes, il n'y aura jamais de vrai débat sur les orientations politiques du pays. Seulement une attention portée aux personnalités.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jiang Zemin.
Xi Jinping confirmé empereur de Chine.
Xi Jinping sort renforcé du 20congrès du PCC.
À la veille du 20e congrès du parti communiste chinois...
Ieoh Ming Pei.
Zao Wou-Ki.
Laisser jaillir l'émotion intérieure.
Chu Teh-Chun.
De la théocratie à la démocratie laïque.
Les frontières arrêteront-elles le coronavirus ?
Le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de l’épidémie de coronavirus.
Li Peng, de Tiananmen à Hongkong.

Manifestations à Hongkong.
La Paix céleste selon la Chine.
La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
La Chine communiste peut-elle devenir une grande démocratie ?
Li Rui.
Li Peng a 90 ans.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiXiJinpingH02
 



7 réactions


  • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 1er février 2023 16:35

    L’année du Lapin risque, cette fois, d’être mal prise et sans la croissance habituelle. 


    • Sirius paparazzo 2 février 2023 11:04

      @Réflexions du Miroir

      comme je suis contre le machisme, la misogynie et la société patriarcale, je propose de mettre au féminin « l’année de lapin » !


  • zygzornifle zygzornifle 2 février 2023 11:16

    Empereur, c’est Macron qui va lui placer froc baissé la couronne sur la tête ....


  • Doume65 2 février 2023 12:10

    « Ce qui est extraordinaire, c’est la capacité à prédire l’avenir »

    Oh, ça existe partout. Les USA n’avaient-ils pas prévus en 2013 que les bolchev... pardon, les Russes, attaqueraient l’Ukraine ?


  • V_Parlier V_Parlier 3 février 2023 18:08

    En tout cas ce renforcement du pouvoir de Xi Jin Ping coincide avec l’arrêt de la covido-folie en Chine. Comme quoi, dès fois la tyrannie ne vient pas de celui qu’on soupçonne.


  • yakafokon 5 février 2023 09:52

    Ce matin, j’ai écouté la radio américaine « FRANCE UN FAUX » et je me suis marré comme d’habitude, en écoutant un responsable politique américain, droit dans ses bottes, déclarer que Taïwan était un état indépendant depuis 1949 et que les Etats-Unis veilleraient à ce qu’il le reste !

    Il oublie une partie du roman-feuilleton, ce G.I. Jo d’opérette !

    En effet, le 25 Octobre 1971, l’Assemblée Générale des Nations unies, a fait voter la résolution n° 2758 ( XXVI ) appelée « Rétablissement des droits légitimes de la République Populaire de Chine, à l’Organisation des Nations unies ».

    76 pays ont voté pour

    35 pays ont voté contre ( je vous laisse deviner lesquels )

    17 pays se sont abstenus

    En outre, cette résolution autorise la R.P.C. à faire partie du Conseil de Sécurité de l’ O.N.U., en qualité de puissance nucléaire.

    Enfin, les représentants du Kuomintang de Chang Kaï-chek, qui occupaient illégalement un siège à l’ O.N.U. depuis 1949, ont été invités à quitter les lieux !

    Donc la Chine a récupéré l’intégralité du territoire qui lui appartenait avant l’occupation japonaise, c’est-à-dire la partie continentale, et toutes les îles dont Taïwan !

    Taïwan est donc une île chinoise, qui malgré de multiples demandes à l’ O.N.U. n’a jamais pu obtenir le statut d’état indépendant, vu qu’il lui a été refusé le 25 Octobre 1971.

    Xi Jinping ne veut pas d’une guerre, car il préfère le statu-quo actuel ( un pays, deux systèmes ) qui fonctionne bien à Hong-Kong ( malgré les manifestations provoquées par les nazis britanniques ), et à Macao.

    Mais s’il veut récupérer l’île de Taïwan ( qui est peuplée de 84 % de chinois de l’ethnie Han ), il a le droit international pour lui, et la force militaire nécessaire pour le faire, car « l’invincible armada » US est très loin de ses bases, et bien trop proche des forces aériennes, navales, et terrestres de la Chine !

    Vu le courage indomptable des américains...pour faire la guerre en se servant de leurs esclaves, je ne vois pas une guerre totale se profiler à l’horizon !


  • yakafokon 6 février 2023 07:42

    Hier soir , France 5 en a remis une couche sur « l’indépendance de Taïwan qui doit être préservée à tout prix », même s’il faut faire la guerre à la Chine !

    Tous les « journalistes » présents sur le plateau, y sont allés de leur petit refrain : il faut absolument empêcher la Chine d’envahir Taïwan, cet état indépendant depuis 1949 ( comme le disent les Etats-Unis, nos maitres ).

    Alors, il faut rappeler que les troupes de Chang Kaï-chek ( le Kuomintang ), ont pris une monumentale branlée par celles de Mao Tse Tung ( la longue marche ) !

    Les débris de cette armée du Kuomintang se sont réfugiés sur l’île de Formose, l’ancien nom de Taïwan, qui était uniquement peuplée de 84 % de chinois de l’ethnie Han, et de 2 % d’autochtones.

    Le Kuomintang a mis la population de Taïwan en coupe réglée, et a fait régner la terreur de 1949 à 1971 ( date de la rétrocession de l’île à son légitime propriétaire, suivant la résolution n° 2758 de l’Assemblée Générale des Nations unies du 25 Octobre 1971.

    Les Etats-Unis et leurs esclaves n’ont pu obtenir la majorité lors du vote, et se sont retirés, la queue entre les jambes !

    D’après l’ O.N.U. Taïwan est donc une île chinoise, et la R.P.C. est fondée à récupérer ce territoire ( qui est la 23 ème province chinoise ), car elle a le Droit International de son côté !

    Jamais Taïwan ne sera un état indépendant, puisque l’ O.N.U. l’interdit !

    Alors, vous les journalistes de mes fesses, apprenez au moins à lire correctement les traités internationaux, vous éviterez de passer pour des crétins !

    Vous trouverez très facilement le texte intégral de la résolution n° 2758 du 25 Octobre 1971, sur Internet, ce n’est pas un secret défense !


Réagir