mardi 10 septembre - par Sylvain Rakotoarison

Jean sans Peur : trois guerres et un enterrement

« Les villes et les châteaux étaient entrelacés les uns dans les autres, les uns aux Anglais, les autres aux Français, qui couraient, rançonnaient, et pillaient sans relâche. Le fort y foulait le faible. » (Jean Froissart, chroniqueur du XIVe siècle).



Il y a six cents ans, le 10 septembre 1419 (pas vraiment exactement six cents ans à cause du changement de calendrier entre-temps), Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fut assassiné à Montereau à l’âge de 48 ans (né le 28 mai 1371 à Dijon), lors de son entrevue avec le dauphin, le futur Charles VII (1403-1461). Cet assassinat a eu des conséquences très graves sur l’avenir de la couronne de France. Le nom de Jean sans Peur fut acquis lors de la Bataille de Nicopolis le 28 septembre 1396 à laquelle il participa, dans une guerre menée par Sigismond, roi de Hongrie (1368-1437), contre le sultan ottoman Bajazet Ier (1360-1403). Jean sans Peur y fut retenu prisonnier pendant un an et demi.

Cet épisode de l’histoire de France se situe quelques années avant l’épopée de Jeanne d’Arc (1412-1431). Jean sans Peur, appelé Jean Ier de Bourgogne, fut le duc de Bourgogne à partir du 27 avril 1404, à la mort de son père Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne. Quand il est devenu duc de Bourgogne, il a cherché à avoir les faveurs de la cour de France en faisant marier deux de ses (très nombreux) enfants par deux enfants du roi Charles VI, mêlant ainsi les intérêts de la famille royale à ceux de la famille des ducs de Bourgogne.

C’est une partie de l’histoire très importante car c’était le début d’un véritable État bourguignon qui fut souvent en opposition avec le roi de France. Jean sans Peur était le petit-fils d’un roi de France, Jean II le Bon, deuxième roi parmi les Valois, neveu du roi Charles V le Sage (1338-1380) et cousin du roi Charles VI le Fou (1368-1422).

Le contexte était très particulier puisque la France et l’Angleterre étaient en Guerre de Cent Ans (depuis 1337). Le père de Jean sans Peur, Philippe II le Hardi (1342-1404) fut le quatrième fils du roi Jean II. Il était le duc de Bourgogne et par son mariage avec Marguerite III de Flandre (1350-1405), Philippe le Hardi a pu agrandir son duché car son épouse possédait le comté de Flandre et d’Artois, ainsi que le comté palatin de Bourgogne. Jean sans Peur fut ainsi également comte de Flandre et d’Artois et comte palatin de Bourgogne à la mort de sa mère, à partir du 26 août 1405. Cela constitua une esquisse d’un véritable État.

Devenu roi à l’âge de 11 ans, Charles VI avait pour tuteur son oncle Philippe le Hardi (le père de Jean sans Peur). Par la suite, en raison des "problèmes" psychiques du roi Charles VI (constatés à partir du 5 août 1392), un Conseil du roi a été institué en 1393, présidé par Isabeau de Bavière (1371-1435), une reine qui avait peu de sens politique, et ce furent surtout les trois oncles de Charles VI qui ont pris beaucoup d’influence : Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, Louis, duc d’Anjou (1339-1384), et Jean, duc de Berry (1340-1316), qui a épousé Jeanne d’Armagnac, ainsi qu’un autre duc, Louis II de Bourbon (1337-1410).

La rivalité entre les ducs de Bourgogne et les ducs d’Orléans, à la tête des Armagnacs, fut très importante à la fin du XIVe siècle et début du XVe siècle. Le titre de duc d’Orléans (qui jouissait de l’Orléanais) a été créé par le roi Philippe VI de Valois (le premier des Valois, père de Jean II) pour l’attribuer au second fils du roi. Entre 1392 et 1407, le duc d’Orléans était donc Louis Ier d’Orléans (1372-1407), frère de Charles VI, et Louis d’Orléans était également duc de Touraine, comte de Valois, comte de Soissons, de Blois et d’Angoulême. Ce dernier était aussi membre très influent du Conseil du roi. Enfin, au niveau dynastique, signalons que Louis d’Orléans fut par la suite le grand-père de Louis XII (1462-1515), par Charles Ier d’Orléans (1394-1465), et arrière-grand-père de François Ier (1515-1547), par Jean d’Orléans (1399-1467).

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Louis d’Orléans a pris certaines décisions qui impactaient directement sur les intérêts financiers et commerciaux du duc de Bourgogne. En effet, en cherchant à rompre la trêve avec les Anglais, Louis d’Orléans provoqua un embargo sur la laine, ce qui ne faisait pas les affaires des usines textiles flamandes de Jean sans Peur. Soutenu par la reine Isabeau, le duc d’Orléans a ensuite réduit considérablement, par les ordonnances du 27 janvier 1406 et du 28 avril 1407, l’influence des Bourguignons au sein du Conseil du roi. Par ailleurs, en augmentant les impôts, Louis d’Orléans fut de moins en moins populaire à Paris.

Résultat, Jean sans Peur piégea Louis d’Orléans et le fit assassiner le 23 novembre 1407, ce qui provoqua la guerre entre Armagnacs et Bourguignons qui se prolongea jusqu’en 1435. Discrédité par cet assassinat, Jean sans Peur a vu se liguer contre lui non seulement le parti d’Orléans, mais les ducs de Berry, de Bourbon et de Bretagne, appelés le camp des Armagnacs car celui qui a pris le commandement de ces troupes fut le beau-père de Charles Ier d’Orléans (le fils de Louis d’Orléans) qui était le comte d’Armagnac, Bernard VII d’Armagnac (1360-1418). Il y avait donc à la fois la Guerre de Cent Ans, et la guerre civile.

Pour résumer, le clivage était le suivant : d’un côté les Bourguignons (Jean sans Peur) plus ou moins alliés aux Anglais (commercialement et politiquement), et de l’autre, les dauphins de France dont le futur Charles VII (ses deux frères aînés sont morts prématurément), la reine Isabeau (sa mère) et le duc Charles Ier d’Orléans. Louis d’Orléans était considéré tellement proche de la reine Isabeau que certains (parmi les Bourguignons) ont émis l’hypothèse qu’il fût le véritable père de Charles VII, pour discréditer le rôle de dauphin de ce dernier.



En octobre 1411, Jean sans Peur, à la tête d’une armée de 60 000 hommes, fit son entrée à Paris, mais recula et marcha sur Saint-Cloud, Dreux, Bourges où l’armée royale lui résista le 11 juin 1412. Les Anglais ont évidemment profité de la guerre civile pour s’allier à l’un ou l’autre des deux camps, selon les circonstances.

Lors de la Bataille d’Azincourt le 25 octobre 1415, les troupes françaises (15 000 hommes) ont voulu empêcher l’armée anglaise (6 000 hommes) du roi Henri V (1386-1422) de regagner Calais (qui était anglais). Finalement, les Anglais ont gagné. Les Bourguignons, quant à eux, sont plutôt restés neutres, cependant, les deux jeunes frères de Jean sans Peur, Antoine de Brabant (1384-1415) et Philippe de Nevers (1389-1415) ont participé aux combats contre les Anglais et sont morts au cours de cette bataille.

Le 29 mai 1418, les Bourguignons ont finalement réussi à envahir Paris encore défendu par les Armagnacs. Leur chef, Bernard VII y fut tué ainsi que de nombreux Armagnacs. Le futur Charles VII, qui résidait à Paris (il a été nommé lieutenant-général du royaume en mai 1417 à l’âge de 14 ans), s’est réfugié à Bourges pour y être protégé.

Fort du contrôle de la capitale, Jean sans Peur a voulu alors proposer la paix aux Armagnacs pour s’unir contre les Anglais. Pour cela, il voulait que le futur Charles VII retournât à Paris sous la protection de son père Charles VI et de sa mère Isabeau. Il rencontra d’abord Isabeau le 16 septembre 1418 à Saint-Maur-des-Fossés, puis le futur Charles VII le 8 juillet 1419, enfin, encore le dauphin le 10 septembre 1419 à Montereau sur le pont de l’Yonne. Cependant, la discussion s’est enlisée entre les deux rivaux. Jean sans Peur fut assassiné sur le lieu de la rencontre, probablement sur l’ordre du dauphin (mais ce dernier a toujours nié être l’instigateur de cet assassinat).

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Le fils de Jean sans Peur, Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon (1396-1467), devenant le nouveau duc de Bourgogne, pour venger son père, s’allia alors avec les Anglais en proposant le Traité de Troyes, signé le 21 mai 1420 à la cathédrale de Troyes, par le roi d’Angleterre Henri V et le roi de France Charles VI. Le roi d’Angleterre allait se marier le 2 juin 1420 avec Catherine de Valois (1401-1438), une fille de Charles VI (pour préparer ce mariage, les émissaires français avaient rencontré le roi d’Angleterre dès 1419 à Hardricourt, dans les actuelles Yvelines et la dot fut la cession de la Guyenne et de la Normandie par la France à l’Angleterre).

Comme Henri V était devenu le gendre du roi de France, il fut convenu par ce traité qu’à la mort de Charles VI, le royaume de France revînt au roi d’Angleterre et pas au futur Charles VII. Ainsi, Henri V d’Angleterre fut reconnu comme régent et héritier de la couronne de France.

Henri V d’Angleterre entra triomphalement à Paris le 1er décembre 1420, accompagné de Charles VI et de Philippe III de Bourgogne. Cependant, Henri V est mort le 31 août 1422, avant Charles VI qui, lui, est mort quelques semaines plus tard, le 21 octobre 1422. Son fils Henri VI (1421-1471), qui n’avait que 10 mois, fut ainsi proclamé roi de France et d’Angleterre et contrôlait toutes les villes françaises du nord de la Loire, sauf Orléans que les armées anglaises ont assiégé. Charles VII a pu finalement reconquérir son royaume plusieurs années plus tard, grâce à Jeanne d’Arc, mais c’est une autre histoire… (et la Guerre de Cent Ans ne se termina qu’en 1453 avec la reconquête définitive du royaume de France par Charles VII).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Jean sans Peur.
Voltaire.
Jean d’Alembert.
William Shakespeare.
Jean-Jacques Rousseau.
Barbe Acarie.
Martin Luther.
Saint François de Sales.
Le pape Formose.
La révocation de l’Édit de Nantes.
Le coup de Jarnac.
Concini.
Henri IV.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.

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1 réactions


  • jeanpiètre jeanpiètre 11 septembre 19:39

    quel blaireau, on s’en tape, sors nous la nécro de macron, embouti à grande vitesse par le humer de benalla, ou empoisonné au polonium par le vizir aux grandes oreilles radioactives philippe , tu aurais sans doute un peu plus d’audience,suce-pets


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