mercredi 21 octobre 2009 - par Serge-Henri Bouvet, photographe

Photographier l’action politique

Je n’ai jamais saisi cette espèce d’instinct, aussi général qu’impérieux, qui nous porte à la recherche des tord-boyaux1 surtout en temps de crise.
Vous ai-je néanmoins parlé du Monarque des alcools ? C’est en fait, un cocktail très puissant. Ce dernier porte au dernier degrés l’exaltation du Palais. Et vous vous demandez bandes d’assoiffés quelles foutus ingrédients composent cet élixir capiteux. La recette est un secret de polichinelle. Vous devrez d’abord vous munir d’un Cocktail shaker2 bien blindé. Et puis… Vous versez.

Des idées. Des idées pour changer le Monde.

Photographier l’action politique

Réunion de la Commission EurAfrique, en présence de Mr le Ministre Olivier Stirn.

Réunion de la Commission EurAfrique, en présence de Mr le Ministre Olivier Stirn.

Une boisson qui exalte le Palais

Je n’ai jamais saisi cette espèce d’instinct, aussi général qu’impérieux, qui nous porte à la recherche des tord-boyaux1 surtout en temps de crise.
Vous ai-je néanmoins parlé du Monarque des alcools ? C’est en fait, un cocktail très puissant. Ce dernier porte au dernier degrés l’exaltation du Palais. Et vous vous demandez bandes d’assoiffés quelles foutus ingrédients composent cet élixir capiteux. La recette est un secret de polichinelle. Vous devrez d’abord vous munir d’un Cocktail shaker2 bien blindé. Et puis… Vous versez.

Des idées. Des idées pour changer le Monde. Des méninges pour contribuer au progrès général de son pays, et avec un peu de gnaque3 celui de l’humanité. De la foi, pas nécessairement religieuse, pour croire dure comme fer à la réalisation de la cohésion sociale, du développement et de la prospérité de l’État. De l’astuce. De la classe pour se montrer sous un jour vertueux surtout si les flashs crépitent. Une bonne cuillerée de sourire à pleine dents devant la foule et dans un contexte plus solennel un bonne mine pincée. Du tempérament à décorner les bœufs pour ne céder que progressivement et surtout pour mieux camper sur ses positions. De l’opiniâtreté pour batailler sur certains chiffres à la virgule près. Un zest de pose mais pas trop austère. Une bonne dose de mémoire et d’organisation pour respecter le calendrier et surtout s’en souvenir au mois et au jour près. De la persuasion distillée au compte-goutte. De la ruse de renard4. De la belle prose avec un peu de langue de bois. De la vision. Des prédictions. Un sacré courage pour aller au-delà de l’idée et agir. Un gouvernement bleu blanc rouge. Vous secouez le tout et vous tenterez d’imprimer votre marque aux événements. Fébrilement vous portez à votre bouche cette boisson forte, le Monarque des alcools, et vous goutterez ce que d’aucuns appellent la Politique française.

La Révolution, toujours et encore

Le DAL "squatte "près de la Bourse à Paris

Le DAL "squatte "près de la Bourse à Paris

Indubitablement, ce cocktail a du corps, une légère odeur de lys et de rose qui le rend toutefois curieux. Les nuances irrégulières de la couleur de la robe en revanche vous perplexe l’esprit5.
Ça s’comprend. Personne n’a encore découvert la panacée pour guérir notre nation de son instabilité politique séculaire. Ou alors cette crise politique permanente depuis 1789 constitue un mode de fonctionnement normal. On pourrait jaser à loisir sur le tempérament gaulois, que la plupart du temps les français se jettent le chat constamment dans les pattes6, et que cela n’arrange pas les choses pour avancer dans la même direction. Les corporations, les associations, l’état, la société civile et j’en passe composent un foutu bordel complexe en surchauffe qui, en dépit de ces anomalies, fonctionne…

Tiens, y’a pas un mois je lisais, pour regonfler mes acquis historiques sur l’empire romain, que même Jules César écrivais dans La Guerre des Gaules, que, nous autres gaulois, avions l’instabilité dans le sang. En d’autres termes, que nos luttes intestines, nos bagarres, nos intrigues, nos coups de gueule révélaient un atavisme celtique qui bousillait notre unité. Sans aller jusqu’à souscrire à l’analyse discriminatoire de Jules César, je lui objecterai plutôt que nous avons un satané problème culturel qui a acquis ses lettres de noblesses dès la prise de la Bastille. Depuis 1789, nous rejouons outrancièrement la même histoire dramatique, affrontant sempiternellement ses mêmes écueils. Buvez donc un Monarque des alcools de 1789, puis faites de même avec un cru de 2009. Ça risque d’être coton pour les distinguer puisqu’ils auront le même goût !

Le style de notre vie politique actuel est un refrain saisonnier qui se chante sur ce même ton révolutionnaire : on gueule comme des bœufs à l’abattoir, on se barricade, on porte un étendard ou on déroule une banderole, on se la joue agressif, on manifeste, on fait la grève, on râle sur les tenants du pouvoir, on négocie, on fait du consensus, on se radicalise, on grogne et l’opposition s’en délecte, on veut plus de pognon, de sécurité sociale et une retraite béton, on se plaint des prérogatives insupportables de l’administration, du manque de dialogue, et on proteste toujours et encore. Notre culture politique est une culture historique d’insurrection élaborée sur la mémoire d’événements traumatisants que furent la Terreur, la Commune de 1871, la Collaboration ou la Guerre d’Algérie.

Je photographie des politiciens en action

La France n’a pas encore franchement réglé sur un divan toute sa névrose qui la mine. Que nous fassions partie de la plèbe ou du palais, nous défendons becs et ongles nos intérêts avant tout. Alors que beaucoup le voue aux gémonies, le corporatisme est notre pain quotidien. Notre tribu avant tout ! Ouvriers, cheminots, producteur de lait ou de tomates, enseignants, traders, cadres, paysans, politiciens, etc évoluent la plupart du temps dans le mépris absolu des autres groupes, posant sur la table leurs revendications au nom de l’intérêt national.

Mr le Ministre Olivier STIRN attablé avec les membres de la Confédération Club 2012.

Mr le Ministre Olivier STIRN attablé avec les membres de la Confédération Club 2012.

Devant autant de lacunes de notre culture politique on pourrait croire qu’elle me débecte. Détrompez-vous ! J’ai à mon niveau toujours envie de me battre pour perfectionner un temps soit peu l’organisation de notre pays. Le Monarque des alcools que l’histoire a enveloppé d’un label de remous revendicatoires ne me laissent pas indifférent, sinon je ne poserai pas à chaque élection mon enveloppe dans l’urne.
Je ne chercherai pas à pontifier plus longtemps en me pavanant des plumes du paon. Bagouler7 doctement sur le visage de la politique n’est pas vraiment mon credo. Y’a des des politologues pour ça. En revanche, je suis très attentif au le visage de ceux qui pratiquent la politique. En effet, c’est moins le cocktail du Monarque des alcools que la forme du Cocktail shaker qui m’affecte, déformation professionnel oblige. Mon job, c’est regarder et saisir l’instant prégnant d’une action. Je m’en tiens à ce que je vois. Je photographie des politiciens en action, et au delà de la volonté de répondre à leur désir d’ubiquité, j’espère contribuer à une meilleur visibilité de leur action.

Quelques mots sur les trois photos.

Photo : « Réunion de la Commission EurAfrique, en présence de Mr le Ministre Olivier Stirn. » (30 juillet 2009)
Mr le Ministre Olivier Stirn accueillait à l’Élysée les délégués de la Commission EurAfrique ainsi que les membres de la Think Tank parisienne, la Confédération Club 20128. La disposition symétrique des personnes par rapport au ministre Olivier Stirn , la position des mains de ce dernier sur la table, sa tête inclinée sur la gauche ont réveillé en moi fortuitement des traces de culture générale qui m’évoquèrent tel une révélation La Cène de Léonard de Vinci9. J’ai donc attendu que le ministre s’arrête de parler pour le photographier au flash pour… Le nimber de lumière.

Photo : Le DAL « squatte « près de la Bourse à Paris10
L’association Droit au logement (DAL), qui avait investi brièvement un immeuble dans le IIème arrondissement de Paris depuis décembre 2008, était toujours là, comme les forces de l’ordre qui composaient un mur serré autour des militants, SDF pour la plupart. Au 5ème étage du bâtiment avait été installé une banderole jaune revendiquant l’ »Application de la loi réquisition ». Les CRS en tenue de maintien de l’ordre suivaient constamment les déplacements contrôlés des squatters. Concernant la photo, je me suis rapproché et j’ai tout candidement demandé l’autorisation à un agent de police de prendre des photos. J’ai alors shooté en particulier un officier qui accompagnait une femme mangeant du pain. Lorsque l’officier m’a repéré, il a remonté son « col/cagoule » jusqu’au nez.

Photo : Mr le Ministre Olivier STIRN attablé avec les membres de la Confédération Club 2012. (30 juillet 2009)
Un autre point de vue de la réunion présidé par Mr le Ministre Olivier Stirn qui accueillait à l’Élysée les délégués de la Commission EurAfrique ainsi que les membres du Think Tank parisien, la Confédération Club 2012.

Textes et photos : Serge-Henri Bouvet
Source : http://sergebouvet.com/?p=276

 

  1. Tord-boyaux : (Argot) Alcool, boisson très fortes []
  2. Cocktail shaker : récipient métallique pour préparer les cocktails []
  3. Gnaque : (Argot) Ambition, esprit de compétition, désir de gagner. Combativité []
  4. La force du lion est à proscrire catégoriquement ! []
  5. Amis de la langue française, ne soyez pas perplexe quant à mon usage du verbe perplexer, il existe bel et bien. []
  6. Jeter le chat aux jambes : (Expression idiomatique ancienne) Donner la faute à quelqu’un, faire des reproches, accuser, reprocher. Philibert-Joseph Le Roux, Dictionnaire des proverbes français et des façons de parler comiques, 1786. []
  7. Bagouler : (Argot) Bavarder []
  8. Pour plus d’information sur ce Think Tank, voir http://www.confederation2012.org []
  9. Voir à ce propos l’article sur le sujet de la Cène sur wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cène []
  10. Vous pouvez consulter l’ensemble des photos prises sur http://www.citizenside.com/fr/photos/politique/2009-02-25/13865/le-dal-squatte-pres-de-la-bourse-a-paris.html []



Réagir