jeudi 13 septembre - par Morologue

Les Mœurs du démon, ou Petite philosophie des tensions humaines à partir de la culture monothéiste

Une réflexion sur la nécessité, voire l'inéluctabiilté, du "diable". Où l'on découvre la bête bien plus divine que prévu. Or, comme ils sont heureux les simples d'esprit (car le Royaume de Dieu leur est promis) selon les Evangiles, et comme ils ne faut pas discuter avec les discuteurs (ils ne le valent pas) selon le Coran, déconseillons aux personnes qui tiennent à rester simple d'esprit et qui dédaignent la discussion, de consulter cet article. Il peut inquiéter.

  • Extrait de l'actuelle série Netflix Preacher (le Prêcheur)

 

En tant que Satan désigne étymologiquement le Rival, l'Adversaire, l'Accusateur, le Révolté ... il se définit en contre-relation avec les notions de l'Allié, l'Ami, le Justificateur, l'Observant.

  • Nota bene :  Je dis bien l'observant, non le soumis, car de la soumission à l'observance devant l'autorité, il y a le gouffre de l'irréflexion et de la réflexion : je me soumets sous la crainte et/ou la douleur (la violence de l'événement, suite auquel je peux revenir à la charge une fois apaisé), mais j'observe le commandement et/ou la loi (la force de l'ordre, que je respecte - étym. regarde à deux fois, prends garde de suivre).

Or, selon l'endurance d'un tempérament personnel, la force de l'ordre sera vécue craintivement ou douloureusement (car du tempérament faible, ou éploré par la violence de l'événement, et la violence de l'événement sera vécue commanditairement et législativement (cas du tempérament fort, ou réjoui par la force de l'ordre).

Cela témoigne bien de la relativité des personnes en présence. A quoi il faut encore ajouter la perspectivité des moments, par laquelle même le tempérament fort peut être éploré par la force de l'ordre et la violence de l'événement (notamment, quand ça contrevient à son sentiment de la justice) et par laquelle même le tempérament faible peut être éjoui par la force de l'ordre et la violence de l'événement (notamment, quand ça lui procure un sentiment de vengeance).
Mais, comme l'indique la notion de tempérament, un tempérament indique une humeur moyenne, une constance relative dans le vécu.
De sorte que dans l'éploration, le faible éprouve sa misère et le fort sa défaite, tandis que dans l'éjouissance le faible éprouve sa maraude et le fort sa victoire.

De plus, là où les choses se compliquent encore, c'est quand les Alliés se découvrent des Rivalités variables, quand les Amis se découvrent des Adversités variables, quand les Justificateurs se découvrent des Accusateurs variables, et lorsque les Révoltés se découvrent des Observances variables.
Pour s'en convaincre, prenons l'exemple du révolutionnaire (et plus généralement du gauchiste) : le révolutionnaire est allié des révolutionnaires, mais n'en partage pas forcément les idéologies variables ; il est l'ami des révolutionnaire, mais en devient l'adversaire idéologique variable ; il justifie son et leurs actions, en accusant l'action des autres révolutionnaires variablement ; il se révolte révolutionnairement, mais observe aussi scrupuleusement qu'utile son idéologie révolutionnaire.
Ce qui est vrai du révolutionnaire (et plus généralement du gauchiste) et tout aussi manifeste chez les Républicains (ex-UMP, ex-RPR, etc.). Et cela advient progressivement dans les rangs de LREM, même si son style néomanagerial impose une discipline MacDo' + Domino's Pizza à ses membres (au final, ils diabolisent fanatiquement tout ce qui n'est pas eux-mêmes en personne ... ).

Bref, cela traduit une fatalité existentielle : on n'échappe pas aux "moeurs du diable". Comment les monothéismes se seraient-ils fragmentés à ce point, sinon ? au point qu'on douterait même de la notion de monothéisme au profit de celle de communauté unithéistes (au hasard : les sépharades, les ashkénazes, les catholiques, les orthodoxes, les évangélistes, les mormons, les témoins de Jéovah, les chiites, les sunnites, les wahabites, les soufis, etc.).

  • Nota bene : Diabolos, c'est étymologiquement un antonyme de symbole, ce qui unit. Diable signife donc ce qui divise).
    Or cela me fait penser à un livre que je n'ai pas lu, mais qui voulut défrayer la chronique (et qui la défraya probablement dans le monde anglosaxon bien plus pieux que le francophone), qui s'intitulait le Principe de Lucifer, d'Howard Bloom.

Si naturellement le chrétien - surtout catholique - le savait très bien, en disant que la malin et la malice sont partout, que tout le monde est pécheur, et que seul Dieu est pur de tout péché et malignité, etc. (dans une psychologie à laquelle il faut reconnaître son pragmatisme, quand bien même surnaturellement expliqué ... ) il n'en reste pas moins qu'à prêter impieusement une psychologie dans nos cordes (humaine) au divin - ainsi que seule on a accès - cela révèle bien du satanisme en Dieu-même.
A cette nuance prêt, qu'il défend principiellement ce vieil être distingué des avoirs : l'être (l'âme) contre les avoirs (la chair, les honneurs et les choses).

Eh oui ! Ce serait donc sur la vieille dialectique de l'être et de l'avoir, que tout se jouerait dans nos cordes humaines - à supposer que la pureté divine existe.

  • Concentration : l'être, c'est l'ethos, ce qui est, devient et se comporte, sur le modèle du yahvique "je suis celui qui suis", se traduisant encore par "je suis là" et "j'adviens tel que j'adviens".
    De sorte qu'être revienne techniquement à une forme minimal d'habeas corpus pour l'humain, c'est-à-dire un habere, un avoir. D'ailleurs, l'âme, cela reste l'animation du corps.
    Inversement, avoir, c'est bien un type d'être éventuellement augmenté par les choses ... suite à quoi, effectivement, un dieu incorporel peut bien ne rien avoir (pour autant qu'on y croit) légitimant le dénuement de la vie de Jésus sans idolâtrer sa démarche : il s'agissait simplement pour Dieu-le Père d'être cohérent avec Dieu-le Fils, par l'opération de Dieu-le Saint-Esprit : pas de quoi casser trois pattes à un canard.
    Même ce dieu, prêchant les cieux de l'être et de l'âme, avait de la chair, des honneurs et des choses ...

    Où l'on en revient "au christianisme, platonisme pour le peuple" de Nietzsche.

Ainsi irréligieusement, on s'accordera avec les religieux, au point de vue terrestre - et réciproquement, religieusement, avec les irréligieux. Le reste est une résiduelle "métafiance" pieuse (foi religieuse, confiance au-delà de toute confiance) ou méfiance impie (foi irréligieuse) : les deux adoptent des postures métaphysiques, de par les mœurs du diable ... Ou bien, si vous préférez, ce sont des opiums ...
Sinon que le catholique, pour ne retenir que lui, dit de la tradition ecclésiale qu'elle est prophétiquement inspirée (par le baptême, chaque homme est à la fois messie, prophète, saint et roi, selon le catéchisme officiel ou peu s'en faut). De sorte qu'il croit que l’Église - en tant qu'institution héréditaire papale - est (onto)génétiquement divine.
Cela ne manque toujours pas de pragmatisme, quand bien même surnaturaliste dans la créance.

Et cela vaut pour absolument toutes les religions et livres ou objets sacrés.

Car il faut bien (et de façon fort hobbesienne quand on y pense) que l'institution absolue d'un Léviathan, advienne : l'institution d'une Alliance (contractuelle, ici dogmatique), d'une Amitié (sociale, ici christique), d'une Justification (légale, ici prophétique et divine) et d'une Observance (pratique, ici messianique et sainte), pour que la force de l'ordre soit au mieux de sa forme, hors toute violence de l'événement, quand bien même employable à souhait en conséquence.

Tout cela est autoritaire, incontestablement arbitraire (Hobbes toujours), et Satan n'est jamais que le quatrième d'une quaternité augmentant la trinité, pour le dire catholiquement (alors que cela vaut pour absolument toutes les religions, et pas que les religions) ...

  • Extrapolations : L'orthodoxie mais surtout les protestantismes (chrétiens), ainsi que l'anti-sheïtanisme islamique paranoïde, ont eu beau faire des schismes et diverger de l'héritage monothéiste, ce sont diablement les mêmes.
    Quant au judaïsme, les Juifs "s'en prennent plein la gueule", parce qu'ils n'accordent pas tant de place que ça au diable.
    Plus que cela : le Tanakh (Ancien Testament) dit mauvais souffle de Dieu pour diable ... en quoi ils sont plus pragmatiques encore que tous leurs successeurs réunis, qui auront beau jeu de les répudier, que cela n'ôtera rien à la valeur supérieure du judaïsme sur ses confrères, sous cet angle exégétique pragmatique.

Au-delà, il est intriguant de constater que l'enfer étymologique, désigne uniquement ce qui est en bas. Si donc on peut le projeter au centre de la Terre, l'ici-bas convient ... aussi bien.
De même, et l'intrigue est à son comble, lorsqu'on lit étymologiquement que la damnation est en fait une donation divine, nous plaçant dans la situation assez cocasse de penser qu'il vaut mieux être damné que sanctifié (sanctifié  : c'est-à-dire voué à une divinité) puisque cette vocation est tout autant un appel qu'un dévouement, soit le fait de se livrer sans réserve, pour ainsi dire pieds et poings liés, ainsi que Saül de Tarse (Saint Paul) se dit esclave du Christ.

En somme, donc, les damnés infernaux (que nous sommes tous, qu'on le croie ou non) ont reçu du ou des dieux, le sens de la terre, autant que les sanctifiés s'en rendent serfs.
Où le divin est par-delà bien et mal, antéchristique, et où le croyant dévoué, estime humainement qu'il vaudrait mieux s'adonner à quelque divinitude ou divinisme existentiel, par pure coquetterie.
Or, "il y a plus de place au ciel pour dix pécheurs que pour un seul juste" disent les Evangiles.
Donc, par pitié, pour l'amour de Dieu, qu'on laisse en paix les mécréants, les incroyants, les impies, les irréligieux, les laïcards et autres antispirituels.
C'est très cocasse, comme situation.

Or, poussons un peu plus loin, dans cette tentative pour retrouver "la langue antébabélique" (ici, l'indo-européen - reconstitution théorique savante par recoupement des langues, - qui de toute évidence remonte à avant la Babel mythique selon la datation biblique, soit donc à cette langue légendairement adamique, donc prche de Dieu, pour le croyant pur et dur ...) :

Dire du monde qu'il est damné, c'est dire du monde qu'il est donné, suite à quoi on voudra un damnateur-donateur. Bibliquement, c'est le créateur : le créateur, en créant, damne-donne aux Hommes vie et existence à partir de la glèbe (étym. d'adam) et donne aux Hommes de découvrir sa création, soi-même compris.


C'est la damnation universelle, qui a priori n'a aucune raison de nous effrayer, ni seulement de nous faire "trembler en faces d'Elohim", Elohim qui d'ailleurs, signifiant Lui-les-Dieux, désigne tout autant un unithéisme (ou monothéisme) qu'un panthéisme monothéiste par lequel l'unique rassemble les autres-tous ...
Tout cela, tréfondamentalement, évoque le Brahma indien, manifesté dans des millions de divinités.

  • Nota bene : Ce parallèle, non pour dire que l'hindouisme est plus judicieux dans l'absolu, mais qu'il l'est linguistiquement, ou au moins plus clair dans la démarche.

Or, donc, voyons cette donation : à s'en référer aux anthropologues, on songe que le don est une mesure créant des redevances, seraient-elles symboliques.
Cette redevance, le croyant, qui est dans une démarche de sanctification, donc de sainteté, donc de dévouement, croit devoir la redevoir. Dette infinie en vérité, et présomptueuse, quand on songe que la divinité a tout créé, et que la créature ne saurait l'équivaloir en terme de contre-don à elle toute seule.
C'est donc que les croyants se constituent en religion, reliances, afin d'augmenter leur potentiel redevancier. Mais on voit à quel point c'est encore une fois présomptueux : tous les Hommes de la Terre, passés, présents et futures, ne peuvent pas valoir cette création astronomique : la présomption religieuse est à son comble.

Or, l'ayant atteint, fins fonds des confins du comble, voici que l'Homme est dans un "tremblement" atroce "en faces d'Elohim". Il se rend atrocement compte qu'il ne pourra jamais rendre au divin ce que le divin lui damna-donna.
Aussi bien, alors, l'Homme ressentit-il - dans une démarche de ressentiment, donc - toute l'injustice de cette donation, et la damnation devient synonyme de punition atroce, par exemple de péché originel jusqu'à la fin des temps, où le petit Jésus - censé y avoir changé quelque chose - n'y change plus rien une fois transformé en Christ œcuménique, par exemple.
Mais il en va de même des autres monothéismes, et de toutes ces religions sur Terre, par exemple dans le sacrifice humain, relativement adouci par le sacrifice de Jésus en monothéisme chrétien.
Quant à l'islam, il paye Allah ès soumissions pures et dures, du moins le croit-il aussi présomptueusement qu'un autre croyant.

C'est que, pratiquant les règles supposées du jeu divin (communautaires, rituelles, cultuelles) le croyant entre dans cette illusion de sa moralité meilleure, rapport au reste des Hommes.
Erreur flagrante, comme nous l'avons vu, puisqu'il s'imagine pouvoir rendre au présumé "Seigneur et Maître de l'Univers" ... ce qui lui appartient toujours déjà de toutes façons, selon cette même croyance par laquelle le croyant croit follement redevoir.

Mais alors, là où il faut rejoindre le croyant quand on ne croit pas, c'est sur la notion de pardon : seul Dieu peut pardonner, est capable d'un pardon réel. Car le pardon, c'est quoi ? Le par-don, c'est ce qui procède du don, sans être un don pourtant, ou alors un don par-delà le don, donc quoiqu'il en soit un non-don, un loisir divin, dans sa libéralité, ou sa magnanimité, ou son infinité, ou son éternité ; ou son bon gré/plaisir : la divinité s'est donnée à elle-même narcissiquement une occupation, en "créant l'Homme à son image".
Sur quoi, donc, l'Homme ne lui (re)doit rien : il est "libre".

Que la divinité attende de lui ceci ou cela, n'est qu'un jeu tyrannique apparemment digne du diable, non ? Ou bien, ce que la divinité attend de l'Homme, c'est qu'il vive et se comporte librement, en tant que librement créé, ce qui est bien agir à l'image du Créateur ... le reste alors, semblerait-il, ne serait jamais que fantasme religieux.

  • Nota bene : Ceci étant, cela me fait penser au livre de Job où, acceptant la fatalité (ici, divine) soit son mauvais sort, son lot, sa destinée ... Job est pourtant comme dans une sorte de dialectique avec Dieu, en rattendant son heure après avoir tout perdu, au nom d'un pari divin fait avec le diable : psychologie du Joueur, de Dostoïevski, soit nihilisme radical rejoignant assez facilement la vanité de Qohélèt (livre de l'Ecclésiaste).
    De sorte que nous puissions dire que, d'une certaine façon historiciste, l'Histoire universelle est comme l'Histoire de la dialectique jobienne de l'Homme avec le divin - à laquelle les croyants n'ont pas exactement tout compris, ou en tout cas aussi bien qu'un autre.

A partir de là, donc, croire ou non-croire, c'est tout un, et le non-croire devrait même - à lire l'Histoire prophétiquement - se situer en bout de course (reste que cela est par trop progressiste ou optimiste à mon goût, mais passons : nous jouions le jeu prophétique ... ).

Au final, le démon, c'est le daïmon : l'inspirateur ... Or André Chouraqui traduit la Bible ainsi : les prophètes par les inspirés ...

Voilà voilà.



25 réactions


  • astus astus 13 septembre 17:16

    Le diable est bien « celui qui divise » alors persévérer ...


    • Morologue Morologue 13 septembre 17:57

      @astus. Or il faut bien que nous le soyons, pour que vous fassiez cette remarque, qui selon le tempérament en face peut ... diviser ...


    • Christ Roi Christ Roi 14 septembre 13:14
      ARTICLE ANTICATHOLIQUE DU JOUR ! 
       
      Il ne se passe pas une journée sans qu’un athée haineux (pléonasme) nous ponde un article haineux contre la religion et particulièrement la Catholique. si celle-ci doit disparaitre, ce n’est certainement pas dans leur tête, ils ne pensent qu’à elle ! 
      On voit bien que même avec leur esprit complètement dégénéré par la télé et l’école, les athées s’aperçoivent bien que l’effondrement de notre société coïncide avec l’athéisme d’Etat, ( ce que l’Eglise avait prévue depuis 2000 ans dans le Livre en parlant de la construction des tours, l’exaltation de la sodomie, etc.). Alors ils s’affolent et cherchent à se rassurer avec ces articles délirants qui ne les convainc même pas eux-même. 
      Bref, la fin est proche pour les mensonges, tout va super bien ! smiley

    • Morologue Morologue 14 septembre 13:31

      @Christ Roi. Si vous lisiez un peu correctement. En tout cas, c’est clair, vous diabolisez ^^


  • rogal 13 septembre 21:29

    La photo de tête : Asselineau ?


  • Le Vautre Vertagus 14 septembre 04:48

    Il y a beaucoup (trop) de choses à redire sur vos propos. 


    J’en reviens donc seulement sur quelques-uns (Dieu me pardonne) :

    - D’abord, pourquoi Satan est-il divin, ou, à l’inverse, Dieu est-il satanique, en raison du fait que les hommes ont l’inclination à se diviser perpétuellement ? La religion, au contraire, rassemble, et a toujours eu vocation à rassembler (ne serait-ce qu’à rassembler une ethnie, une région, une langue). Et, si division il y a, la religion n’arrive qu’a posteriori, une fois que les divisions sont actées, ou que le prétexte à acter ces divisions est déjà là. Si bien qu’elle permet le réarrangement après coup ; elle n’est pas un facteur de division. Et les disputes inter- et intramonothéisme n’est pas davantage un démenti à l’idée d’un seul Dieu (en cela, votre critique ressemble à celle qu’un néopaïen comme Alain de Benoist eût pu faire, et qu’il a par ailleurs déjà fait. Drôle au demeurant de critiquer la violence au sein du christianisme en étant néopaïen, quand cette religion – donc en l’occurrence celle de de Benoist – tolère et justifie la violence, et que la critique de la violence est précisément chrétienne. Ce faisant, les néopaïens comme de Benoist sont plus chrétien que le Christ, et l’inconséquence, l’improbité qu’il repère chez les chrétiens, sont également les reproches typiques qu’un chrétien pourrait faire à l’égard de sa propre communauté).

    - Que les hommes représentent Dieu sous les traits d’un vieil homme barbu n’a rien d’un anthropocentrisme stupide qu’on a tant fait profession de démonter : ne sommes-nous pas les fils d’un homme, nous aussi ? Et les fils de notre milieu ? Puis de notre culture, and so on ? L’Etat, première entité supraclanique, n’agit-il pas paternellement avec nous ? Et le comportement paternel n’est-il pas ancré dans nos modes de fonctionnement anthropologiques ? De sorte qu’à y regarder Dieu agit et s’affiche « comme un père » en raison de cet archétype qu’il a « imprimé » dans notre cervelle, comme un programmeur se plie ensuite au code qu’il a programmé : un autre comportement eût été incompréhensible.

    - Il n’y a pas que Dieu qui puisse pardonner (cf. Matthieu 9:2-5). Rien de plus faux : la théologie chrétienne repose sur la capacité individuelle du pardon, puisque le croyant est invité (en sous-texte) incessamment à prendre la place du Christ, lequel l’enjoint à « devenir Dieu » (cf. Jean 10:31-42). En quoi l’on voit que c’est à rebours des préjugés nietzschéens : le Christ n’est pas là pour « réduire » l’homme, mais, à l’opposé, lui accorder la place éminente d’une divinité and so on. D’où vient le concept d’imitatio Christi – le chrétien devient Jésus, ou s’efforce de le devenir. De là, il a les pouvoirs de Dieu ; ses gestes ont une importance phénoménale ; il a le pouvoir de pardonner, et son pardon compte effectivement. En réalité, c’est un tour de force intellectuel incroyable. Et même Jung recommandait aux chrétiens de « retourner au Christ » afin de devenir des hommes totaux, c’est-à-dire accomplis.

    - Quant au christianisme « platonisme pour le peuple », pour moi, de façon personnelle, ce qui relève du peuple, c’est la violence dionysiaque, qui ne sait plus « distinguer » entre le juste et l’injuste dans l’absolu, puisqu’il n’y a que des volontés de puissance ; foule qui ressentimentalise enfin le Christ et l’aspiration à la confraternité  : quoi de plus universel en effet, quoi de plus massivement appétant, que de boire, faire l’amour, de faire violence « aristocratiquement » aux autres (à savoir participer au lynchage), ou ne serait-ce que vouloir plus purement « jouir de son être » (à la montaignienne), alors que c’est justement ce que tous les hommes souhaitent et à quoi ils aspirent ? À ce titre, rendons à René Girard ce qui appartient à René Girard – il détruit Nietzsche, et met cul par-dessus tête aux nietzschéens dans Je vois tomber Satan comme l’éclair.

    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 05:04

      @Vertagus Cela dit sans minimiser l’apport de Nietzsche à la philosophie. Et ce que je dis, bien évidemment, vaut très bien d’un point de vue séculier, areligieux : description (me semble-t-il juste) par moi-même, ne signifie pas adhésion. Or cependant je suis remonté (par conséquent bête) devant le cancan des demi-habiles (ce que vous ne pouvez être à coup sûr en raison d’un seul article usant de réductions et d’analyses qui ont leur valeur en soi, comme la déconstruction a sa valeur quand on l’utilise à bon escient).


    • Morologue Morologue 14 septembre 09:28

      @Vertagus. C’est un article profane, philosophique, et vous me répondez en théologien, en diabolisant Dionysos exactement dans les cordes de l’article. Dionysos, et pas que Dionysos.


    • Morologue Morologue 14 septembre 09:31

      Votre édifice, ne tient que si l’on croit.


    • Morologue Morologue 14 septembre 09:32

      (Or, même à croire, on n’échappe pas au diabolisme, c’est bien pour cela que je jugeais les catholiques plus sensés, sur ce plan exégétique-là, à nous faire tous pécheurs.)


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 19:46

      @Morologue Non, ça n’est pas théologique, d’où mon nota bene auquel je vous renvoie.


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 19:59

      Et j’aurais pu dire ceci de l’hindouisme également : que les religions aspirent à structurer l’homme, à le pousser en avant. Je ne connais pas de religion qui prône l’inverse, hors les cas où (pendant une certaine période) des mouvances minoritaires prennent le dessus « médiatiquement » – comme le salafisme actuellement pour l’islam, lequel étouffe les musulmans dû au fait que l’islam est dans une période d’anormalité par rapport à son passé où sa foi, pour ses propres croyants, passait pour une évidence. C’est le saut qualitatif ordinaire des religions : quand on passe précisément des religions (c’est-à-dire une structure, une institution, des rites auxquels tout le monde adhère par automatisme) à la foi (donc ce qui est dubitable et ne tient plus avec la passivité du croyant). 


      Quant à la diabolisation de Dionysos, c’est un automatisme. Le christianisme façonne beaucoup plus notre inconscient qu’on ne peut le croire, et je mets au défi quiconque de s’en défaire totalement.

    • Morologue Morologue 14 septembre 20:23

      @Vertagus. Vous vous trompez d’objet, je persiste. Que les religions servent d’éducatrices, je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas. Comme toute culture. Etc.


    • Morologue Morologue 14 septembre 20:29

      Au reste, si vous avez besoin de vous faire le défenseur du monothéisme, c’est bien votre droit. Et pourtant, c’est tellement pétri d’idéalisme que vous n’avez pas senti Nietzsche, auquel titre je vous ai pris pour un théologien ^^


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 20:49

      @Morologue Ce n’est pas qu’une question de monothéisme, etc. 


      Je connais Nietzsche : il n’est pas irréprochable. D’ailleurs, il est mort fou, n’est-ce pas ?

    • Morologue Morologue 14 septembre 21:11

      @Vertagus. « Il est mort fou. » ... Vous en êtes là, OK, d’accord ... ^^


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 21:11

      Au surplus, mon objectif est jungien, éliadien : il est de faire performer (dans le bon sens) l’individu. Or Jung & Eliade ont comme avantage considérable devant Freud de ne pas mépriser la religion. Et on aura beau jeu de défendre Nietzsche, de l’éloigner du nazisme, and so on, persistera quand même de sa part une apologie de la violence extrêmement ambiguë (est-ce à l’image des textes bibliques : un effort d’interprétation est-il requis ? sûrement). 


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 21:12

      @Morologue Le grand Girard précise que les nietzschéens ont l’habitude de minimiser toujours la folie de Nietzsche, ou de la trouver insignifiante, and so on.


    • Morologue Morologue 14 septembre 21:17

      @Vertagus. Oui, et Jung, Freud, etc. le névrotise, etc. Il y a beaucoup de perspectivisme en tout cela. Nietzsche le savait. Et même avec « le grand Girard », ce sont des affaires d’interprétations. Ils n’y étaient pas. Donc accentuez la folie si ça vous arrange ^^


    • Morologue Morologue 14 septembre 21:19

      Ça reste un coup bas, pour éviter le fond.


    • Le Vautre Vertagus 14 septembre 21:31

      @Morologue Il y a des choses à dire sur le fond de Nietzsche. Mais malheureusement AgoraVox se prête mal à des échanges de cette espèce. D’aucuns disent que Nietzsche a produit ses idées non pas à cause de sa folie, mais qu’il est devenu fou à cause de ses idées – c’est aussi l’argument girardien, lequel ne dédit pas Nietzsche exclusivement sur un tel constat. 


    • Morologue Morologue 14 septembre 21:35

      @Vertagus. Alors je me promets un terrible avenir. Mais Girard ne savait que Nietzsche ait pu avoir contracté la syphilis. Il y a d’autres hypothèses médicales. Rien à voir avec les idées.


  •  C BARRATIER C BARRATIER 14 septembre 19:19

    Morologue, vous faites une fixation je pense que vous diabolisez aussi les intégristes de tout bord ?

    Encore un paradoxe politico religeux ?
     je ne vous suis pas, d’abord parce que le diable n’existe pas, mais je vous le concède, c’est une image. Enfin parce que les gens dangereux pour la société sont minoritaires et peu suivis

    En table alphabétique des news :

    Paradoxes politico religieux http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=301

    • Morologue Morologue 14 septembre 20:27

      @C BARRATIER. Vous associez le diabolisme aux personnes dîtes dangereuses. On en est loin. Le fait que vous vous posiez là, non spécialement en vous opposant, mais en disposant diversement, est déjà un biais diabolique. C’est-à-dire que « le Mal » n’est pas mal, et que l’on s’effraie d’un rien, puisque c’était précisément prévu par « Dieu », et que c’était même ... le dieu-même.


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