jeudi 4 février - par LATOUILLE

CoViD-19 – 14 incohérence ou stratégie ?

 

merci à l'illustrateur génial mais inconnu

Alors que tout le monde attendait que soit annoncé un nouveau confinement, le Premier ministre, en lieu et place du président de la République est venu afficher quelques mesures supplémentaires à celles déjà en place. Cerise sur le gâteau, il claironna que, puisque les Français avaient été disciplinés, la situation épidémique ne s’aggravait pas et que, par conséquent, nous avions un répit avant d’en venir à un troisième confinement.

 

La joie n’éclata ni dans les médias ni dans les foyers. La presse se fit l’écho de la déception et des craintes des professionnels de santé. Dans les foyers chacun fut déçu que le président de la République ne se soit pas adressé aux Français. Aux gens, aux citoyens de France Emmanuel Macron a préféré s’entretenir avec trois journalistes de la presse étrangère comme l’écrit BFM TV sur son site : « Il était attendu ce week-end pour une allocution télévisée adressée aux Français, mais c’est dans la presse internationale qu’on le trouve. Le président de la République a défendu dans les colonnes de plusieurs titres de presse étrangers sa politique du "Quoi qu’il en coûte", à savoir la mobilisation de tous les moyens financiers nécessaires pour contrer les répercussions économiques du coronavirus. » À quoi joue E. Macron ? Lui qui avait entrepris « Le grand débat » comme espace de dialogue avec les Français comme remède à la crise des Gilets Jaunes, se replierait-il dans sa tanière élyséenne, sur l’Olympe de Jupiter pour échapper à la critique ? Une fois encore ce mardi 2 février ce n’est que sur TF1, dans le cadre d’une interview exclusive ou privée, qu’il a défendu sa stratégie vaccinale : drôle de conception de l’unité nationale ? Que faut-il comprendre dans cet évitement à s’adresser à tous les citoyens de France ?

 

Ne pas s’adresser à l’ensemble des Français n’est autre qu’une stratégie de défaussement : puisque je ne vous ai rien dit, vous ne pouviez rien me reprocher. Alors, les seconds couteaux montent au créneau : les députés LREM et, surtout lui, le Premier ministre, pour tenter d’expliquer une politique de gestion de crise qui n’est, c’est un euphémisme, pas reluisante. Si chacun peut comprendre qu’au printemps 2020 il était difficile de mettre en place une gestion de la crise sanitaire en présence d’une épidémie surprenante autant qu’inattendue (bien qu’on reproche les mensonges notamment à propos des masques) personne ne comprend ni n’accepte les atermoiements, les hésitations, les annonces non suivies d’effet, les comparaisons stupides et inutiles avec les autres pays, les coups d’encensoir sur les qualités extraordinaires des Français et de la France. Pendant plus d’une semaine chacun, médecins comme politiciens et ministres, vint prédire un troisième confinement, et, plouf, rien, seulement des mesurettes. Ne nous y trompons pas les restrictions de voyager ne suffiront pas, peut‑être auraient‑elles pu contribue à enrayer l’épidémie si elles avaient été instaurées au printemps 2020. Quant à la production d’un certificat de test négatif ce n’est que de la roupie de sansonnet, un leurre pour, une fois encore, donner l’impression que le gouvernement fait quelque chose : comme dit Macron de l’action et de l’adaptation. Les gens ne sont pas sots et savent que si on se fait tester le vendredi, qu’on prend l’avion le dimanche et même si on arrive le lundi, rien ne garantit qu’on ait pas eu quelques virus insuffisants le vendredi pour apparaître sur le test et qui se développeront par la suite ; un test sans vraie quarantaine ce n’est qu’une tartuferie !

 

Il faut croire que le président de la République a perçu le désarroi des Français puisqu’il est allé expliquer, en catimini, sa stratégie vaccinale qui n’en est pas une. On pourrait parler de stratégie si les centres de vaccinations avaient été prêts dès fin décembre, avant le début de la campagne, si nous disposions d’équipes suffisantes pour vacciner, si la prise de rendez-vous avait été facile, si les maires étaient informés suffisamment à l’avance de l’arrivée de vaccins pour pouvoir organiser le transport des personnes âgées, et surtout il y aurait une stratégie si nous disposions de doses de vaccins en nombre suffisant. Chacun se souviendra des annonces d’E. Macron fin novembre lorsqu’il annonçait la prochaine campagne de vaccination, mais aussi des cafouillages des discours ministériels puis des annonces contradictoires des laboratoires, sans compter l’absence totale de transparence à propos des contrats signés entre « l’Europe » et les laboratoires.

 

Tout ça n’est pas une stratégie, ce n’est que de l’incohérence et de l’incompétence. Car je veux bien qu’on nous dise que la situation est complexe, difficile ce qui entraîne parfois à l’insuccès des actions mais qui, justement parce qu’elle est cela, une telle situation oblige que sa gestion soit rigoureuse et transparente ne serait-ce que pour que cette gestion soit comprise. Là, je rejoins Jean-Louis Missika et Carlos Moreno qui, dans une « Stop & go et autres options : un dilemme politique et sanitaire » (Telos), expliquent « qu’un confinement n’est pas une fin en soi, mais un outil qui s’inscrit dans une stratégie. » Cette fois de confinement il n’y a pas, encore qu’un couvre‑feu s’y apparente fort, alors où est la stratégie ? Était-ce le stop and go dont ces auteurs disent qu’elle fut celle d’E. Macron à l’automne dernier visant ainsi à faire descendre la courbe de contamination ? Pourquoi pas mais alors, comme pour l’été dernier, pourquoi l’autorisation de relâchement pour les fêtes de fin d’année ? La courbe est repartie à la hausse, certes comme disent les députés de LREM : c’est un plateau ascendant, mais ça grimpe lentement mais sûrement. Missika et Moreno montrent bien qu’une stratégie du « zéro virus » en recourant à des mesures strictes notamment de confinement a des effets efficaces. C’est ce que les Français attendaient car, ni sots ni incultes, ils savent voir, entendre et analyser ce qui se passe dans d’autres pays. Ainsi, sur une étude qui s’intéresse à 89 pays la France se classe en 73e position en termes d’efficacité de sa gestion de la crise : comme dirait les ministres dont Jean Castex, nous faisons mieux que les autres ; COCORICO ! Adieu le confinement, et ne parlons pas du « tester, tracer, isoler » où on ne sait pas ce qu’on teste, on ne trace des personnes qui se baladent et on isole en groupe au sein de la famille. On nous explique que la France c’est une culture à part, alors on fait à part bien qu’E. Macron, comme le disait encore dimanche soir Bernard Tapie sur France 2, a su rassembler l’Europe derrière sa stratégie. Ce n’est pas l’avis de Missika et Moreno, et je partage cet avis, qui expliquent bien que « la France n’a pas pris l’option de peser sur une décision européenne, pour entraîner une majorité de pays vers une politique de zéro covid. Elle a même choisi l’option inverse. Alors que le 31 janvier plusieurs ministres annonçaient qu’un confinement plus strict était nécessaire, à cause de la contagiosité des nouvelles lignées de virus, c’est la décision opposée qui a été annoncée le lendemain 1er février sans explication détaillée. » Pas d’explication, pas de président de la République, mais E. Macron s’est fendu d’un tweet pour dire aux Français qu’il a confiance en eux. Ont-ils confiance en lui face à l’absence de stratégie cohérente et transparente de gestion de la crise ?

 

Ce n’est pas le confinement ni même l’épidémie qui tuent le moral des gens. Ce qui met le moral en berne ce sont les tergiversations des gouvernants, leurs mensonges, leur incompétence, et le manque d’honnêteté. E. Macron ment, il n’a aucune considération pour les gens, seule l’intéresse l’économie financière. Confiner ce serait porter un rude coup au monde de finance, celui‑là même qui l’a porté au pouvoir ; mais on peut se consoler en pensant, à tort ou à raison, qu’une santé sans économie vaillante ce serait une mort assurée. Pourtant comme l’écrit Samuel Alizon dans The Conversation : « On a l’impression que depuis l’été le problème a été pris à l’envers dans notre pays [France] ». Le gouvernement courre après Dieu seul sait quoi, au lieu d’anticiper. Aujourd’hui E. Macron promet un vaccin pour tous et chacun, tiendra-t-il sa promesse ?

Faut-il rejoindre Françoise Fressoz qui écrivait dans £e Monde un article intitulé « Le quinquennat à pile ou face » où elle évoque à propos d’Emmanuel Macron une personnalité prête au risque qui n’a rien perdu de son agilité ce qui tranche avec le principe de précaution, mais dit-elle cette posture peut être payante si elle n’est pas trop hasardeuse. Dans ces conditions elle peut être politiquement payante dans les états-majors politiques, je suis moins sûr qu’elle le soit chez les Français, adhérents ou pas des partis politiques, c’est le nombre de morts qui décidera de l’adhésion des Français à la stratégie du président de la République car contrairement à ce qu’écrit François Fressoz, E. Macron ne prend pas de risque, du moins ce ne sont que des risques virtuels ou théoriques, ceux qui prennent des risques ce sont les Françaises et les Français ; d’ailleurs elle l’écrit : « On ne joue cependant pas impunément avec la santé des Français, c’est la limite de l’exercice. » Il ne peut pas continuer à nous mépriser comme il le fait depuis trois ans, s’il le faut nous devons, par respect pour notre honneur et notre dignité, l’en empêcher !




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