samedi 14 juillet - par Amaury Grandgil

Du confort intellectuel en politique (mais pas que)

La première fois que j'ai été saisi par le conformisme en politique, la sottise grégaire, l'intolérance, c'est en 1983,1984. L'époque était dure, elle cumulait, il y avait la « main » « Touche pas à mon pote » et les disques contre la famine en Éthiopie. La main était censée défendre la différence mais tout le monde devait la porter, cherchez l'erreur....

Quant à la famine des éthiopiens, je suggérais un jour innocemment en classe de seconde que les élèves plutôt que d'acheter les disques pouvaient tout aussi bien faire le sacrifice de leurs vacances d'hiver ou d'été, voire de quelques jours d'icelles, que cela serait sans doute plus efficace que quelques pleurnicheries...

Ce fut l'hallali...

Comment, quoi ? Renoncer à ses vacances ? Et puis quoi encore ?

Je vis là de fait les limites de la sensiblerie grégaire, elles arrivent très vite.

Le conformisme politique et social du peuple ne date pas d'hier, tout comme les illusions dont se bercent les pseudo z-élites pour déculpabiliser d'être matériellement favorisées Cela date de la Révolution ces grands mouvements de foule célébrant la liberté mais auxquels tout le monde est tenu de participer sous peine de rejet du corps social. Ce rejet en nos temps de confort intellectuel plus puissant que jamais est le sort le plus atroce qu'un individu puisse connaître, l'éjection hors du troupeau. Une chose a cependant changé...

...Pendant des décennies, on le voit dans le livre d’Eric Hazan sur « l'invention de Paris » les plus turbulents des français pensaient que manifester, se rassembler, se révolter pouvait avoir une chance de changer les choses. Mais toujours un nouveau pouvoir se manifestait et les petites gens étaient à chaque fois les dindons de la farce, croupissant en cellule pendant que les leaders des révolutions, tous issus de la classe nantie, développait un ventre de notable installé. On le constate encore un peu partout. Je l'ai moi-même constaté à l'université pendant mes études.

Ne restaient plus en fin de parcours que les enfants de nantis à quelques exceptions notables...

Le peuple n'essaie donc même plus de se rebeller, préférant quelques moments d'euphorie collective même artificielle. Ce sont des revanches contre les puissants, mais aussi contre ceux qui maîtrisent les codes sociaux et culturels. On les envoie se faire foutre pendant quelques heures a-t-on l'illusion par de grands rassemblements sur-affectifs qui sont aussi devenus la norme dans l’Église. L’Église actuelle n'irait pas rechercher la brebis perdue, elle préfère choyer le troupeau, le dorloter, que tous se prennent par la main, que l'on fasse plein de bisous de câlins tous ensemble...

...Pas une tête qui dépasse, pas un esprit un peu indépendant, car bien entendu il convient de renoncer à son libre-arbitre.

Tout ce qui subsiste vraiment comme valeur c''est cette abominable gentillesse « über alles » que l'on retrouve partout. Il n'y a plus en politique les gentils et les pas gentils. Les gentils sont vaguement écologistes, très vaguement mondialistes mais on a le droit d'être chauvin au moment des compétitions sportives. L'on achète la paix sociale en tolérant tout comportement en accentuant la nécessité de la différence et finalement tout le monde se comporte comme le voisin en pensant se singulariser. Certains se font tatouer « essuie-glace » en chinois, pensant que c'est leur prénom, croyant se donner un genre, d'autres régressent en s’organisant des « gloubi boulga nights ». D'autres encore finissent islamistes et se font sauter aux carrefours...

En ce moment les « pas gentils » sont ceux qui n'ont pas envie de faire semblant de participer à la grande euphorie du foutebôle, ils ne sont pas gentils du tout...

...On ne leur oppose d'ailleurs que des sottises infantiles. Ce n'est pas bien grave mais c'est d'une tristesse à pierre fendre.

Bien entendu les « pas gentils » sont tous de droite, souverainistes, et opposés au consumérisme destructeur de toute vie intérieure.

Quant à moi je suis comme Bérenger, le personnage fétiche de Ionesco dans ses pièces et particulièrement dans « Rhinocéros », je voudrais absolument intégrer le troupeau que je n'y arriverai pas. Car je m'y refus, et il me semble que je ne suis pas le seul.

Et c'est ainsi que Zoroastre est grand...

...Je dis ça c'est pas pour cafter mais comme ça je ne stigmatise personne.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen<

Amaury – Grandgil

illustration, capture d'écran LCI



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