samedi 6 avril - par Jérôme Henriques

Il était une fois en Macronie... l’affaire Geneviève Legay

Commencé en novembre dernier, le mouvement des Gilets Jaunes occupe toujours, 4 mois et demi plus tard, la une de l'actualité hebdomadaire. Et pour cause. En cherchant à enrayer la crise tout en évitant d'y répondre, le gouvernement ne fait que jeter de l'huile sur le feu. Dans le même temps, en opérant constamment des changements de stratégie (apaisement, fermeté, pourrissement ...), il ne fait que complexifier la situation sur le terrain. Entre accalmies et regains de tensions ... les samedis se suivent mais ne se ressemblent pas. C'est dans ce contexte que survient, lors de l'acte 19, ce qu'il conviendra d'appeler "l'affaire Geneviève Legay". Retour sur un imbroglio en plusieurs actes.

Un mouvement un peu en perte de vitesse

Après le tumultueux acte 18, le gouvernement avait prévenu : pour l'acte 19, il allait y mettre les moyens. Il faut dire que l'acte 18 avait surpris tout le monde. D'un côté bien sûr, le mouvement n'était toujours pas terminé (il entrait quand même dans son 5ème mois de mobilisation), mais d'un autre, l'effectif des manifestants avait plutôt tendance à décroître au fil du temps. Quant aux sondages, ils semblaient montrer une lassitude de l'opinion publique face à la répétition des scènes de castagne et de casse. Une lassitude qui profitait pleinement au président Macron puisque pendant qu'il jouait la montre avec son grand débat, sa côte de popularité ne cessait d'augmenter. C'est d'ailleurs cette "stratégie du pourrissement" que semblait vouloir jouer le gouvernement, tant on pouvait parfois s'étonner de la facilité avec laquelle les manifestants les plus turbulents (Black Blocs et autres Gilets Jaunes) pouvaient rejoindre les cortèges de manifs puis commencer à tout casser, parfois à quelques (dizaines de) mètres seulement des forces de l'ordre. Une stratégie d'ailleurs corroborée par certains représentants de police eux mêmes, lesquels étaient venus expliquer sur les plateaux télé que les "consignes face aux casseurs n'étaient pas claires" (et même pour certains qu'ils "avaient ordre de ne pas intervenir") (1).

Un acte 18 explosif

Un mouvement en perte de vitesse donc, et du coup, un pouvoir qui commençait un peu à relâcher la pression. Macron au ski, Castaner en boite de nuit, et une flopée de ministres se succédant chez Hanouna pour expliquer les bienfaits de la politique gouvernementale. Merde alors ! Et les 4 mois de manif, et la consultation nationale, et les principales revendications des Gilets Jaunes (impôt sur la fortune, RIC), où en était-on ? qu'est ce qui avait changé ? à quoi tout cela avait-il bien pu servir ? Aucune annonce, rien ... juste un président continuellement en train de se mettre en scène à blablater (dans les écoles, au milieu d'ados ...). Dans ce contexte, arrive l'acte 18. Et là, c'est le drame. Vitrines cassées, commerces incendiés (Fouquets, Swarovski ...), la capitale est sans dessus dessous et la stratégie du gouvernement se retourne alors contre lui. En conséquence de quoi, le président (rentré précipitamment du ski), demande à ses acolytes de prendre toutes les mesures qui s'imposent afin que cela ne se reproduise plus. Résultat : un préfet de police qui saute (le fusible du moment), la mise à contribution de l'armée (censée protéger les bâtiments publics, mais sans avoir à gérer directement les manifestants ...) et surtout, un durcissement des méthodes de police.

Un gouvernement qui va désormais "aller au contact"

Fini la fête, le gouvernement a désormais décidé de montrer les muscles. Tenu au courant du bordel en préparation pour l'acte 18 (renseignements, réseaux sociaux ...), Castaner annonce d'ailleurs dès la veille une "réflexion élargie", "dans les mois qui viennent", sur un "changement de doctrine de maintien de l’ordre" (2). Question : sachant que la doctrine actuelle consiste à "maintenir les manifestants à distance", en quoi consiste cette nouvelle doctrine ? Le ministre de l'intérieur nous explique tout ça quelques jours plus tard (entre l'acte 18 et l'acte 19), dans la foulée du limogeage du préfet de police de paris : nous avons "fait évoluer en profondeur" la doctrine de maintien de l’ordre ... "Nous avons défini une stratégie de mobilité, de contact, de réactivité, d’interpellation, en assumant les risques que cela comportait" (3). Une volonté de plus grande fermeté, avec des arguments quasi identiques à ceux qu'avaient avancé le premier ministre E. Philippe quelques jours plus tôt : "si nous avons une stratégie qui permet aux forces de l'ordre d'être plus mobiles, d'être plus dynamiques, d'être plus fermes, il y a plus de risques" de blessés (4).

Geneviève Legay ? Y a pas eu contact

C'est donc dans ce contexte de changement de stratégie, où la police est désormais chargée "d'aller au contact", que survient, lors de l'acte 19, l'accident de Geneviève Legay. Renversée lors d'une charge de police à Nice, la septuagénaire s'effondre, victime de plusieurs fractures au crâne et de 5 côtes cassées (5). Mais dès le lendemain, alors que Madame Legay est toujours hospitalisée et dans un état grave, le président donne le ton : "Cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre. Elle s’est mise en situation d’aller dans un endroit interdit, de manière explicite, et donc d’être prise dans un phénomène de panique." (6) Pas en contact avec les forces de l'ordre ? Tiens donc. Une argumentation absurde, qui est pourtant reprise dans la foulée par le maire de Nice ("Je sais que ce n’est pas dans un heurt avec la police" ... "je crois que ce sont des blessures superficielles")(7) et surtout par le procureur, lequel avance au passage quelques pistes : il y avait derrière elle trois personnes, "un journaliste qui filmait, une autre manifestante et une autre personne à la casquette marron". "On ne voit pas qui la pousse" (8). Curieux, on dirait qu'on cherche un manifestant à qui faire porter le chapeau.

Qui pour porter le chapeau ?

S'en suivront d'autres informations consternantes. Comme celle de ces street medics (médecins & secouristes portant assistance aux blessés lors des manifestations) d'abord empêchés de secourir Geneviève Legay puis finalement gardés à vue pendant plusieurs heures (9). Ou celle de ces journalistes empêchés (par la direction du CHU) d'accéder à la chambre de Geneviève Legay (malgré l'accord de cette dernière) (10), alors que des policiers avaient pu la visiter (avec des motivations plus ou moins claires) le lendemain même de l'accident (11). Mais la charge la plus lourde viendra des témoins mêmes de l'accident : de la victime elle même, tout d'abord, qui affirme avoir été poussée par un policier, mais aussi de divers enregistrements vidéos (12) et même d'un rapport de police reconnaissant une bousculade par "un homme portant un bouclier" (13). Des preuves accablantes obligeant finalement le procureur de Nice à revenir sur ses dernières déclarations (2 jours après l'accident, il déclarait encore qu'elle avait été poussée dans le dos par des manifestants (14)) et à chercher un nouveau coupable. Alors qui ? Macron ? Philippe ? Castaner ? Le préfet des A.M. ? Le commissaire ayant ordonné la charge ? Non, non, juste un "policier isolé" qui en "écartant le bras de la manifestante vers la droite", a ainsi provoqué sa chute ... (15).

                                                 * * * * *

Quelque jours après que Castaner soit venu vanter sa bonne gestion de l'acte 19 ("les consignes de fermeté" ont été appliquées" ... "les résultats sont là")(16), on apprend concernant "l'affaire Legay" qu'une information judiciaire est finalement ouverte pour "violence volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique (le policier isolé, ndr)". Ben ... et la nouvelle stratégie gouvernementale de "plus de contact" avec "plus de risque de blessés" alors, elle n'y est pour rien ? Circulez, y a rien à voir. Mensonges, manipulations, lâcheté ... ça se passe comme ça en Macronie.



11 réactions


  • zygzornifle zygzornifle 6 avril 10:01
    Geneviève Legay :

    le police déteste les gays


  • zygzornifle zygzornifle 6 avril 10:10

    Quand la police sort de sa caserne chenil Castaner leur maitre chien la lâche en attaque sur la foule des GJ et le couple Estrosi-Ciotti se réconcilie pour applaudir ....

    Ce que disait Einstein sur les militaires s’applique aussi aux forces de l’ordre , pas besoin de cerveau la moelle épinière suffit .....

    il y aurait eut une femme enceinte (avec son fœtus menaçant les forces de l’ordre de les étrangler avec son cordon ombilical) ou des handicapés cela aurait été pareil , de toute façon les flics s’en foutent ils ont eut leur augmentation et ils sont couverts par le gouvernement ....


  • Loatse Loatse 6 avril 16:31

    il serait souhaitable à l’avenir de tenir compte de la réalité (celle que j’ai vu en 68, qui était du même tonneau, repressive, violente et sanglante)

    Emmener donc ou laisser aller à ces manifs parisiennes des mômes, des handicapés, des personnes agées,et donc toute personne vulnérable, ne pouvant courir vite, c’est les mettre en danger, quand elles ne s’y mettent pas elles même par excès de confiance...(sourires, dialogues, petites fleurs que sais je laissant à penser au naif qu’il sera traité avec égards)

    Ce ne sont pas des bisounours en face bordu !

    Cela dit je souhaite tout de même un bon rétablissement à cette dame dont il faut porter à son crédit qu’elle ne manque pas de courage...


    • sylvain 6 avril 20:31

      @Loatse

      il se trouve que les handicapés et les personnes agées ont le droit de manifester, et que votre message, sans les condamner, suggère dans les faits de le leur ôter .


    • Traroth Traroth 8 avril 12:53

      @Loatse

      Victim-shaming classique...


  • Esprit Critique 6 avril 16:58

    Ce qui devait arriver, est arrivé.
     RAS.


  • Dom66 Dom66 6 avril 20:23

    Au vues de toutes les brutalités des forces de l’ordre (nouveau) ou bataillon de SS c’est comme vous voulez, (j’ai enregistré toutes les vidéos pour faire une compile pour ne pas oublier), et bien si je vois un des ces co****ards se noyer,.....pas de chance pour lui..


  • pipiou 9 avril 00:54

    Déjà c’est Mme Legay qui est allée au contact pour faire de la provocation.

    Ensuite elle prétend ne pas avoir entendue les 3 sommations.

    Et ensuite elle se fait passer pour une martyr.

    Et comme vous n’avez que ça à vous mettre sous la dent puisque effectivement il y a eu beaucoup moins de débordements que la semaine précédente vous montez cette pitoyable affaire en épingle.

    Franchement très malsain.

    Ce sont les gens comme cette militante et vous qui pourrissent le droit à manifester : plus ils foutent la merde et plus l’Etat est obligé d’encadrer voire de limiter les manifs.

    Quand est-ce qu’elle arrive la sagesse ??


    • Traroth Traroth 10 avril 17:27

      @pipiou
      Ce qui est malsain, c’est de blâmer les victimes pour les méfaits de leurs agresseurs. Quand on tabasse une petite vieille qui manifeste pacifiquement, on est une MERDE, et c’est tout. Vous ne parviendrez jamais à faire changer les gens d’avis !


    • Jérôme Henriques Jérôme Henriques 10 avril 21:56

      Bonjour pioupiou,
      Les manifs étaient interdites partout à Nice ce jour là (parce qu’Estrosi n’en voulait pas et qu’il a réussi à obtenir ça du ministère de l’intérieur) mais c’est normal. Une manifestante pacifiste clame son droit à manifester, elle se fait défoncer, normal. Le président, le procureur ... inventent de fausses informations : normal. On fait porter le chapeau à un policier qui a obéi aux ordres : normal . Dernière info en date : la policière chargée de l’enquête est la compagne du policier en cause, normal. Les choses sont simples finalement, il suffit de ne pas se poser trop de questions ...


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