samedi 16 mai - par lcdou123

La grande distribution après le COVID-19 : qu’a-t-elle appris ?

Leurs ventes ont explosé depuis le début du confinement. Toutefois, l'incertitude quant à la persistance de nouvelles pratiques d'achat a donc obligé les fabricants du secteur à rester vigilants.

Les provisions de masse des français

D’Unilever à Danone en passant par Mondelez, Nestlé, Coca-Cola, PepsiCo et Kellogg’s, tous les géants du secteur ont profité du phénomène de stockage en début de confinement. Les ruées aux rayons papier toilette et mouchoirs ont fait bondir de 8 % les ventes de Kimberly-Clark (Kleenex) au premier trimestre. « Ce mouvement de surstockage a été observé dans toutes les zones géographiques, et particulièrement en ligne », précise le groupe.

Chez la plupart des géants des produits de consommation, à l’exception notable des brasseurs (Heineken, Carlsberg), la hausse des achats en grandes et moyennes surfaces a compensé la perte des marchés hors domicile induits par la fermeture des bars, restaurants et cantines scolaires.

Cocooning et e-commerce

Autre rupture de tendance : la folle accélération de l’e-commerce alimentaire, jusque-là en retard par rapport à l’électronique. Il dépasse la barre des 10 % chez Nestlé. « Cette crise aura permis aux consommateurs de se rendre compte de la praticité de l’e-commerce pour leurs courses alimentaires », se réjouit Mark Schneider.

Le confinement a débloqué certains marchés matures, en réveillant chez des consommateurs confinés des besoins de bien-être, de réassurance, de plaisir. Les clients ont « changé de paradigme émotionnel, souligne-t-on chez PepsiCo. Ils sont plus prévoyants, plus prudents sur la reprise et surtout désireux de cocooning ». Un point validé par le boom des ventes de Danette (Danone), des gâteaux Oreo, Lu et Belvita (Mondelez) et des céréales Quaker Oats (PepsiCo), consommées au petit déjeuner et pour faire la cuisine.

Retour de boomerang

Les consommateurs sont soucieux de leur hygiène et de celle de leur maison, avec le rebond de catégories à la peine depuis des années (lessive, détergents). En témoignent la résistance d’Unilever (Dove, Skip, Signal) et le bond de Procter & Gamble (Pampers, Ariel), dont les ventes ont bondi 5 % sur au premier trimestre. Si l’attention à la lutte contre le plastique et le gaspillage alimentaire marque le pas, les clients s’intéressent toujours autant aux produits bio. Chez Procter, ces catégories labellisées AB ont ainsi bondi de 6 %. Nombre d’industriels doutent de la persistance de ces changements. Ils craignent un retour de boomerang, avec un effet déstockage déjà perceptible. Danone et PepsiCo voient déjà l’impact d’un phénomène d’épargne des foyers. Tous s’attendant à des à-coups dans la consommation, difficiles à gérer d’un point de vue logistique et industriel.

« La reprise ne sera pas linéaire »

« La reprise ne sera pas linéaire, assure Ramon Laguarta, le PDG de PepsiCo. La distanciation sociale va rester un mode de vie, avec une préférence pour les formats traditionnels de commerce comme l’hypermarché, l’e-commerce et les paniers plus larges. Ce qu’on ne sait pas, c’est le timing et l’intensité avec lesquels les consommateurs retourneront ou pas à leurs anciennes habitudes. »

En attendant d’y voir plus clair, les géants du secteur se sont mis en mode crise. Danone ne voit pas de reprise sur ses marchés avant début 2021. Certaines initiatives en matière de R&D ou de développement durable ont été décalées. Idem chez Mondelez.

La pérennité de certaines habitudes pourrait accélérer des acquisitions. Avec au préalable une revue minutieuse du portefeuille. « Nous sommes en train de voir ce que ce nouvel environnement implique pour nos activités et nos produits », souligne-t-on chez Nestlé.

Guerre commerciale

Les industriels se concentrent sur leurs références de produits les plus vendues pour assurer l’approvisionnement en rayon et répondre à un consommateur erratique. Tous accordent la priorité aux économies de coûts, en particulier les industriels de la bière et des sodas, très exposés au hors-domicile. Chez Coca, Carlsberg ou Heineken, la fin d’année s’annonce difficile.

Seule certitude : dès le pic de la crise passé, la guerre commerciale devrait reprendre. « Nous seront très agressifs pour que dans chaque étagère réapprovisionnée, dans chaque mobilier renouvelé, nos commerciaux arrivent à mettre nos produits en première ligne », appuie PepsiCo. Chez les géants de la grande consommation, l’ancien monde n’a pas encore disparu.

 

Sources : LSA Conso & Le Monde



4 réactions


  • V_Parlier V_Parlier 16 mai 17:30

    Le confinement tel que promulgué a été le moyen le plus terriblement efficace de détruire les petits commerces non alimentaires. Toute leur activité s’est rabattue sur les grandes surfaces et la vente en ligne. Pas belle la vie ? Donc dans quelques mois quand on vous dira de « traverser la rue » il y aura beaucoup moins de choix pour postuler, ça c’est sûr.


    • troletbuse troletbuse 16 mai 17:46

      @V_Parlier
      C’était prévu. Cette épidémie, montée en épingle, a favorisé la grande distribution au détriment des petits indépendants. C’est la polituqie mondialiste.


  • julius 1ER 19 mai 08:36

    La certitude que j’ai à propos de la grande distrib c’est qu’elle a bien « profité » de cette Crise et qu’elle s’est goinfrée en faisant valser les prix !!!

    c’est le scandale à venir lorsque l’on découvre que dans le même temps, de nombreux producteurs ont dû jeter de la marchandise où simplement stocker au risque de bloquer toute une filière de production ... je pense à certains types de fromage tel le « Morbier » par exemple .... et que dire des 350 000 tonnes de Pommes de Terre menacées de destruction alors que celles-ci sont vendues largement au dessus des 4 euros les 10 Kgs ... 

    au moins la grande distrib aurait pu organiser des distributions devant leurs établissements alors que les marchés ouverts étaient fermés et qu’ils étaient en situation de quasi monopole... c’est une véritable HONTE que cela !!!!


  • Parrhesia Parrhesia 19 mai 12:31

    >>> Qu’a-t-elle appris <<< ???


    Que savait-elle déjà :

    1. Qu’elle pouvait réaliser des marges plus grosses sur les produits importés que sur les produits fabriqués en France.
    2. Qu’elle pouvait, en plus de ses marges, nous faire faire une partie de son travail en nous faisant utiliser les caisses automatiques ce qui permet de supprimer des emplois de caissières.
    3. Que grâce à la suppression du protectionnisme, l’on gagne beaucoup plus d’argent en créant du chômage en France qu’en distribuant des produits français !

    Que vient-t-elle d’apprendre ???

    Que grâce à la subtilité de sa fidèle clientèle, elle serait bientôt en situation de lui faire faire les vitres et de passer la serpillière dans les allées moyennant un bon de réduction sur l’achat d’une petite cuillère ou d’une pince à linge qui, de toute façon, seront elles aussi fabriquées en Chine ou ailleurs par là-bas !!! 

    Allons … Nous sommes sur la bonne voie !!!


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