mardi 8 février - par Bernard Dugué

La zone de confort, un sujet de société parmi d’autres

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 2) La zone de confort est devenue un classique de la psychologie du quotidien. Brièvement : « La zone de confort est un état psychologique dans lequel une personne se sent à l’aise. Dans cette zone, elle peut garder le contrôle tout en éprouvant un faible niveau de stress et d’anxiété. Dès lors, un niveau constant de performance est possible. Bardwick définit le terme comme « l’état comportemental d’une personne qui choisit de vivre dans une position neutre d’anxiété. ». Brown le décrit comme « l’espace où notre incertitude, le manque et la vulnérabilité sont réduits au minimum et où nous croyons que nous aurons accès à suffisamment de nourriture, d’amour, d’estime, de talent, et de temps. Où nous avons le sentiment d’avoir un certain contrôle. » (Wikipédia) Inversement, l’entrée dans une zone d’inconfort est vécue avec le sentiment d’un environnement hostile, voire menaçant, accompagné d’incertitudes. Le sujet mobilise son attention sur cet environnement et la performance est considérablement diminuée par l’anxiété et le stress. Trop d’incertitudes génèrent des craintes et finissent par contrarier la réalisation de projets. L’âme est hantée par une menace qui plane. La recherche d’une zone de confort ne peut-être que légitime. C’est même un invariant dans l’évolution puisqu’une majorité d’espèces rejoignent par instinct un lieu où elles se sentent protégées et c’est ce que l’on nomme « adaptation ». L’homme cherche lui aussi à s’adapter mais il le fait volontairement. Ou alors il décide de prendre des risques en sortant de la zone de confort sous deux conditions ; d’abord il faut avoir une bonne raison de le faire, ensuite, il faut de la détermination, du courage, de la persévérance, sans oublier d’autres vertus pouvant être utiles, la prudence, la tempérance, la capacité à apprécier le risque pour ne pas mettre en péril une existe. Quitter la zone de confort est aussi un moyen pour grandir, employé depuis des millénaires dans certaines communautés pour initier les petits d’homme et les faire passer de l’adolescence à la maturité. La plupart des initiations se font avec des expériences conduisant le sujet dans des zones à risque, qu’il soit physique ou psychique. En utilisant parfois des substances psychotropes comme les sorciers Yaqui amérindiens étudiés par l’anthropologue Carlos Castaneda.

 La notion de « zone de confort » appartient à la psychologie comportementale. Elle concerne le sujet en relation avec l’environnement et plus précisément, le sujet face à des risques, contraintes et menaces dont souvent il n’est pas la cause ni l’auteur mais qu’il doit gérer avec les moyens dont il dispose (affrontement, évitement, ruse). La zone de confort s’invite dans le débat politique à travers les questions de sécurité devenues centrales à notre époque. Nombre de citoyens cherchent et vont vers un lieu préservé, balisé, et c’est leur choix. En revanche, les risques et menaces rencontrés dans l’espace public ne sont pas choisis mais subis ; le citoyen demande alors à la puissance publique de sécuriser l’espace. Cette demande est légitime et c’est même un droit fondamental. Le droit à vivre en sécurité. Ce droit est perverti lorsqu’un régime utilise la propagande de la peur pour ensuite imposer les restrictions sécuritaires censées protéger les citoyens avec des moyens disproportionnés. Si les uns demandent protection et sécurité, d’autres se « réalisent », s’émancipent en prenant des risques.

 

 3) La zone de confort définit une sécurité matérielle, physique ou bien affective, intellectuelle. L’existence a besoin de repères, de savoirs, de qualités intellectuelles pour comprendre, décoder une situation, lire les informations diffusées dans la presse ou les livres. Parfois, des événements ou des opinions heurtent les convictions, inclinant à revoir ses positions. Deux attitudes sont courantes. Les uns sont ouverts, n’ont pas peur de voir leurs certitudes ébranlées, n’hésitent pas à infléchir leur interprétation des choses ; alors que d’autres se referment, campent sur leur positions et pratiquent ce que l’on appelle un déni de réalité, qui concerne à la fois les réalités manifestes et les réalités interprétées. La zone de confort s’applique aussi au domaine de la pensée, la réflexion intellectuelle et la conscience du vécu. La « gestion de cette zone » utilise parfois la ruse consistant à s’arranger avec les observations et les données ; le biais de confirmation décrit la tendance intuitive à rechercher et sélectionner en priorité les informations consolidant une manière de penser, tout en négligeant ce qui pourrait la remettre en cause. C’est en quelque sorte une altération de la lucidité, voire une mauvaise foi plus ou moins assumée.

 L’estimation du risque, du danger influence les orientations et décisions prises dans l’existence. La zone de confort intellectuelle est générée par le besoin de confirmer une vision du monde, des choses, de la société, avec des interprétations, du sens, des convictions. En restant dans la zone de confort, l’âme est sécurisée, elle avance dans un univers dont les incertitudes et les inconnues sont contrôlées. A l’inverse, quitter la zone de confort conduit à affronter le risque de l’incertitude, de l’inconnu et de voir ses convictions ébranlées. L’humain est diversifié au possible, les uns cherchent l’abri, la sécurité, les autres sont du genre aventurier. Le psychologue Balint a explicité ces tendances en décrivant deux tendances régressives assez courantes, les ocnophiles (du grec ocno, se dérober, se cramponner) s’attachent à un poteau et ne le quittent plus, les philobates (acrobates) sautent d’un poteau à un autre. Ces deux tendances sont des formes déviées des deux attitudes courantes visant à s’attacher à un milieu pour se perfectionner ou à explorer diverses situations pour progresser. Ces deux options différencient les caractères mais aussi les âges de la vie. Il n’y a pas à choisir entre l’une ou l’autre mais à se donner un sens, une signification, une finalité et aller au bout avec plus ou moins de risque ou de confort. Cela est valable dans plusieurs secteurs de la vie, qu’elle soit affective ou professionnelle. Et notamment la recherche scientifique ainsi que d’autres professions dans lesquelles l’exploration permet la progression et même l’élévation. 



9 réactions


  • cevennevive cevennevive 8 février 10:06

    Bonjour,

    C’est pour cela que Monsieur Poutine a parlementé avec Monsieur Macron devant une table d’au moins 5 mètres de long...

    La « zone de confort » des deux protagonistes était bienséante.


  • Lynwec 8 février 10:08

    La zone de confort explique en particulier la persistance dans le déni, en dépit de toutes les preuves observables, des personnes les plus obstinées à refuser d’ouvrir les yeux.


  • Taverne Taverne 8 février 10:59

    Un chien attaché à sa niche est dans sa zone de confort. Il a sa sécurité matérielle, sa gamelle, et il ne risque pas de se faire écraser par une voiture. Un gouvernement autoritaire dit : « à la niche tout le monde ! »

    Une fois l’individu convaincu de demeurer dans sa zone de confinement...pardon de « confort », bien sûr, le biais de confirmation vient consolider dans sa conscience l’idée qu’il est bien là et ne doit plus en bouger.

    Biais de confirmation ? Pas besoin de çà : on soumet l’individu à un tel bombardement quotidien de confirmation que le sujet reclus dans la zone de sécurité qu’on a voulue pour lui, trouve sa situation tout-à-fait excellente et à vrai dire parfaite. Il va chouiner un peu, du genre : « pourquoi j’ai pas ma quatrième dose ? »

    Après tout cela, je ne suis guère convaincu que cela crée des citoyens mûrs et responsables pour aller voter de façon intelligente.


    • PascalDemoriane 8 février 11:44

      @Taverne
      Notez que l’exposé de B.Dugué enrichit le vôtre sur la théorie du bon sens. J’aime quand des synergies et des collaborations émergent sur AVox. C’est trop rare.


    • Taverne Taverne 8 février 11:54

      En effet, deux voix, deux article complémentaires. Deux ouvertures à la discussion constructive, voire, en ce moment, salutaire.


  • Le421... Refuznik !! Le421... Refuznik !! 8 février 13:08

    L’un des éléments de ma « zone de confort », c’est d’arriver à vivre correctement tout en ne subissant pas les injonctions du gouvernement...

    La résistance amène des motivations et des satisfactions insoupçonnées.

    A ce point que ceux qui cèdent se sentent diminués et deviennent hostiles à ceux qui ont résisté.

    Nous sommes en guerre... Soit. Seulement, il ne faut jamais oublier que tout a une fin.

    L’heure des règlements de comptes finit toujours par sonner.

    Les rois d’hier deviennent les parias de demain.

    Balkany a arrêté ses gros cigares... A défaut d’en fumer d’autres encore plus gros !!  smiley


  • Jean Keim Jean Keim 9 février 08:50

    La zone de confort dépend de notre mode de pensée, alors intéressons-nous essentiellement à ce que penser signifie, une piste à suivre : il y a l’événement qui déclenche une pensée, puis cette pensée est en avant première et la suite suit, elle vient après comme la peur, l’envie, le doute, etc., puis enfin une réaction mentale et peut-être concrète, sans oublier que durant tout ce temps d’autres pensées dans un processus sans fin ont surgi.

    Tout ce cirque est l’ego, le moi-je, intrinsèquement inconsistant.


  • Taverne Taverne 9 février 11:45

    « Nous les 4 % ! »

    C’est pour nous faire sortir de notre prétendue « zone de confort’ que le président Macron a exprimé son envie de nous emmerder jusqu’au bout, nous les 4 % non vaccinés.

    Comme si le choix de ne pas se vacciner, et donc de devoir redoubler de vigilance sanitaire, de réduire sa vie sociale plus que les autres, était une position confortable  !

    Pour beaucoup de gens, les non vaccinés sont perçus comme des »passagers clandestins« . Quand on sait le sort tragique de nombreux passagers clandestins (s’il faut reprendre leur expression), il n’y a pas de quoi dire qu’ils mènent joyeuse vie et profitent de la société. »Mais si ! Ils profitent", disent certains : il faut les taxer au portefeuille, leur pourrir la vie, ne plus les soigner, etc.

    Rétrospectivement, on peut juger l’attitude morale de ces gens assez infâme surtout à la lumière des faits aujourd’hui : le vaccin ne sert pus à grand chose et il est inutile quand on respecte les gestes barrières.

    On notera que, quelque temps avant cette saillie emmerdeuse, c’est plutôt Macron qui sortait de sa zone de confort en appelant à venir le chercher. Il a été servi.


  • jjwaDal jjwaDal 10 février 10:30

    Joli thème qui est assez souvent peu exploré tant il est tentaculaire, protéiforme, mouvant.
    La plupart des humains par ex pensent être propriétaires de cette planète et y être l’espèce la plus évoluée et la plus intelligente. Ils n’en savent rien et on pourrait soutenir la thèse contraire sans difficulté, mais ils savourent cette zone de confort avec délectation.Faire partie de la race supérieure, élue, mazette, comment résister à une telle tentation ?...
    Cela explique aisément les camps de concentration pour des dizaines de milliards d’animaux de boucherie qui ont la même palette de sensibilité que nous et les mille milliards d’animaux marins (de la crevette au dauphin) massacrés chaque année pour le plaisir.
    Un locataire laisserait la planète dans l’état dans laquelle il l’a trouvée en arrivant, voire avec quelques aménagements la bonifiant, un propriétaire peut brûler sa maison, ce que nous faisons sans états d’âme outre mesure.

    Nous ne partageons pas la planète avec les autres espèces, nous l’accaparons à leur détriment et à celui des générations futures. Qui a l’impression même confuse d’être le « bad guy ». Mais personne...
    L’essentiel de la masse est dans l’espace (vide) entre les particules qui elles-mêmes sont sans masse intrinsèque (c’est un champ issu du vide qui leur confère cette propriété). L’essentiel de l’énergie pour la physique contemporaine est aussi dans le vide et non sous forme de particules ou rayonnement. Néanmoins personne ne va soutenir que ce monde étrange pourrait ressembler comme deux gouttes d’eau à une simulation informatique où les entités qui s’y déploient ne peuvent voir ni le processeur ni le bloc d’alimentation du PC qui les supporte...
    Cher confort...
    Qui est capable de regarder sans baisser le regard les superstructures de nos sociétés où la soumission inconditionnelle et l’esclavage relooké sont la norme bien plus que l’exception ? On a juste habillé des pratiques très anciennes, mais a-t’on évolué autant que nous le pensons ?
    Ne rien tenir pour acquis et certain pourrait être un axiome de pensée. La science est censée s’y tenir, mais ses disciples sont humains j’en ai peur.
    Nous recherchons tous le point optimal dans cette zone, alors que nous aurions tellement besoin du regard de l’étranger qui se pose sur nos habitudes et nos croyances pour nous dire « tout faux mon ami ».


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