vendredi 18 août - par Laurent Herblay

Le comité Orwell dénonce l’ultralibéralisme autoritaire

C’est une œuvre ambitieuse par laquelle le comité Orwell, présidé par Natacha Polony, a voulu commencer son combat idéologique. « Bienvenue dans le pire des mondes  » est une remise en perspective globale des évolutions de nos sociétés, économiques, politiques et sociétales. Un livre tout aussi riche que recommandable. Premier aperçu, avec son analyse économique.

 

Ce marché qui veut gouverner le monde
 
Le début de l’analyse est classique. L’ouvrage évoque le virage des années 1970 et le rôle considérable de l’administration Clinton aux Etats-Unis dans la déréglementation, de l’ouverture à la Chine, qui a coûté des millions d’emplois aux Etats-Unis, à la finance (avec la fin du Glass Steagall-Act et le développement des produits toxiques). Ils dénoncent la désertion fiscale, des financiers, avec les 15% de taxation sur les plus-values des LBO, contre les plus de 40% par l’impôt sur le revenu et celle des multinationales : ils rappellent qu’Apple emprunte pour payer des dividendes plutôt que de rapatrier ses profits, et payer 35% d’IS. Pour eux, « le libre-échange débridé est un des causes de la Grande Dépression, de la montée des inégalités, de la paupérisation des classes moyennes occidentales  ».
 
Ils citent les travaux de Branko Milanovic, ancien chef économiste de la Banque mondiale qui montre comment le libre-échange a accentué les inégalités, fragilisé les classes populaires des pays occidentaux, et produit un grave séparatisme social et un danger pour la démocratie, dans la droite ligne des analyses de Guilluy. Enfin, ils rappellent que pas grand chose a changé depuis 2008 : selon McKinsey, en 2015, deux tiers des citoyens de l’OCDE avaient un niveau de vie plus bas qu’en 2005 ! Enfin, ils remettent la nouvelle économie à sa place, comme je le fais ici sur le blog, en rappelant qu’elle recherche le monopole et que « l’ubérisation est une paupérisation (…) quels que soient les dégâts humains et sociaux. Sans se préoccuper d’éthique. Sans se poser de questions existentielles  ». Ils notent qu’« en devenant virtuelles et planétaires, ces forces (le marché, la technologie) se sont détachées de tout territoire et sont désormais hors d’atteinte des volontés populaires », citant « L’homme nu  ».
 
En somme, pour eux, « nos belles sociétés occidentales sont ces nirvanas dans lesquels le droit et le marché régulent les rapports pour le plus grand bonheur des peuples appelés régulièrement aux urnes afin de trancher les grands problèmes  ». Ils dénoncent la « course au moins-disant, social, fiscal, environnemental  » et que la « seule réponse à la crise apportée par les élites occidentales : encore plus de globalisation, encore plus de dérégulation  » produise un « abaissement constant du collectif face à l’individuel, du public face au privé, de la politique face à la société civile  ». Puis, ils reviennent sur le livre de Thomas Porcher et Frédéric Farah, « TAFTA, l’accord du plus fort  ».
 
Ils dénoncent la volonté d’uniformiser les normes sur celles, moins protectrices, des Etats-Unis, évoquant le chocolat, que les multinationales ont obtenu d’engraisser d’huiles végétales au lieu du beurre de cacao. Ils évoquent les tribunaux d’arbitrage, qui permettent à Philip Morris de poursuivre l’Australie et l’Uruguay pour leurs politiques contre le tabagisme. Ces traités soumettent le droit d’une collectivité à choisir sa façon de vivre aux intérêts des multinationales. Ils dénoncent aussi le caractère opaque du TAFTA, qui ne donne que 45 minutes d’accès pour les parlementaires européens, sans prise de photos ou de notes, quand les multinationales y ont un large accès, posant un problème démocratique.
 
Ils montrent que la démocratie fonctionne mal, comme le dit Jacques de Larosière, ex-gouverneur de la Banque de France : « La BCE est indépendante du pouvoir politique, comme toutes les grandes banques centrales. Mais ces institutions ne sont-elles pas tombées dans une autre forme de dépendance, cette fois aux marchés financiers ? Lorsque l’on constate l’énorme pression exercée par ces derniers en faveur de telle ou telle décision monétaire, on peut légitimement se poser la question » ou celle de David Rockefeller, au groupe Bilderberg en 1991 : « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée depuis les siècles passées  », puis en 1999, dans Newsweek  : « quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’identité adéquate pour le faire  ».
 
Ici, rejoignant les analyses notamment développées par Jacques Sapir, le comité Orwell développe un point particulièrement dérangeant de cette globalisation ultralibérale : sa tendance à vouloir toujours plus corsetter les démocraties nationales, ce fameux « soft totalitarisme  » dénoncé par le livre, point que je développerai dans le prochain papier sur ce livre très riche.
 

Source : Natacha Polony et le comité Orwell, « Bienvenue dans le pire des mondes  », Plon



20 réactions


    • Alren Alren 18 août 17:05

      @Jean-Marc B

      Bah ! Vous êtes bien bon de répondre à un pauvre dyslexique du FN dont le « RACIALISME AUTORTITAIRE » en majusculeS s’il vous plaît, démontre instantanément les côtés délirants.

      Il n’a pas encore compris qu’attaquer Mélenchon c’est soutenir Macron. Cela permet aussi de mesurer ses moyens intellectuels !


  • bob14 bob14 18 août 10:36

    Elle dénonce des vérités qui dérangent..un système corrompu qui ne fonctionne pas...ou est le problème ?


  • Durand Durand 18 août 10:58

    Le contrepied Russe...


     

    La part de Dieu

    « Ce qui est une mascarade pour les uns est un Saint Graal pour les autres. C’est Teilhard de Chardin qui a le premier émis l’idée que la noosphère pouvait conduire à la notion chrétienne d’amour comme moteur principal de cette nouvelle évolution. Il a discuté de quelque chose qu’il a appelé le Point Oméga, apex de la pensée/conscience qu’il pensait être, en essence, le retour eschatologique du Christ. Que le lecteur à moitié perdu reste patient. Après tout, ce ne sont ni ma théorie ni mes concepts, mais j’ai tendance à être d’accord.

    Vladimir Poutine aurait dit plusieurs fois que l’amour est « la voie » devant nous. »...




    • Alren Alren 18 août 17:08

      @Durand

      Oulalah ! Nous voilà bien loin de l’analyse rationnelle des méfaits du libre-échange placé sous la coupe du grand capital mondial !!!


  • Roosevelt_vs_Keynes 18 août 13:08

    Intéressant que la première chose qui est dénoncée c’est l’abolition du Glass-Steagall Act... le cheval de bataille de Solidarité & Progrès et bien sûr Jacques Cheminade.

    M. Cheminade qui met face à face Macron et Le Pen au débat à 11, comme courroie des milieux financiers.

    La proposition de Solidarité & Progrès a d’ailleurs été reprise par une députée.


  • zygzornifle zygzornifle 18 août 13:38

    si je me mettais a dénoncer les vérités qui dérangent il me faudrait me réincarner plusieurs fois rien que pour cela et vivre très vieux pour espérer en arriver au bout .....


  • francois 18 août 15:31

    enfonçade de portes ouvertes.

    Il faudrait que les oublieux relise André Gorz.


  • Elliot Elliot 18 août 16:39

    Madame Polony, grand bien lui fasse, redécouvre l’analyse marxiste des rapports de force et la logique d’accumulation du capital et elle se désole des effets pernicieux, ce qui est déjà un bon pas accompli sur le chemin de la rédemption. 

    Les seules normes qui soient vraiment défendues par tous les comités éthiques ou prétendument tels sont celles qui accroissent les dividendes des producteurs. 

    La seule logique qui prévaut veut que l’on ne doit pas tuer le malade sans lui avoir au moins tondu la laine sur le dos pendant un certain temps.

    Le public n’est protégé que pour perpétuer sa vocation de consommateur : il ne l’est pas pour lui-même mais pour sa fonction utilitaire dans la chaîne de production

    Mais on attendra donc encore un peu de temps pour lui faire dire que l’alternative existe et que ce n’est pas nécessairement le retour en arrière vers un souverainisme de façade mais qu’à l’internationalisation intrinsèque au système capitaliste qui a toujours besoin de nouveaux espaces à conquérir quand il se trouve à l’étroit quelque part, il faut opposer l’internationalisation des luttes citoyennes.

    L’aristocratie ploutocrate ne peut que prospérer sur les divisions communautaires qu’elle entretient tout en faisant mine de les combattre.


    • Alren Alren 18 août 17:17

      @Elliot
      il faut opposer l’internationalisation des luttes citoyennes.

      Désolé mais cette phrase typiquement gauchiste écarte ceux qui la gobe des urnes françaises seul moyen pour les travailleurs, citoyens, consommateurs, protecteurs de l’environnement (on peut être les quatre à la fois bine sûr) de changer les choses.

      Si au lieu de ses saouler de grands mots comme ceux-là, très chics en effet, chaque militant progressiste avait appelé à voter Mélenchon au premier tour de manière à ce qu’il soit au second en lutte contre Macron, les luttes citoyennes auraient aujourd’hui une toute autre puissance que celles qui auront lieu en France en septembre sans être suivies internationalement !


    • francois 18 août 17:23

      @Alren
      Mellenchon ne pouvait rien faire contre le rouleau médiatique visant à le faire passer pour un forcené.


    • Elliot Elliot 18 août 17:37

      @Alren

      Que je sache, Mélenchon est toujours internationaliste et mon commentaire n’avait pas vocation électoraliste.

      Ce ne sont pas des belles phrases mais face à l’internationale de l’argent je ne vois que l’internationale des peuples pour s’opposer et sûrement pas d’exacerber les tensions communautaires à la mode de ceux qui éructent surtout parce qu’ils n’ont rien à dire de consistant..

      Les suffrages sont derrière nous, ils ont donné les résultats que l’on sait et le groupe des Insoumis représente la seule opposition au parlement mais c’est surtout une force d’éveil et non pas de convention..


    • Mister hyde 18 août 19:52

      @francois

      Effectivement l’acharnement médiatique contre Mélenchon était vraiment vilain et anti démocratique, mais ne pas oublier son volte face sur l’Europe au dernier moment, mais aussi son tweet sur la syrie nous parlant du départ de El Assad ( j’ai écrit au parti a ce sujet, je vous avoue quand même qu’ils m’ont fait une réponse convaincante), il est pourtant le meilleur personnage politique pour ma part, bien que certaines de ses ambiguités me font me demander si il ne fait pas du cinéma, au vu de sujets sensibles qu’il n’aborde pas ( raison surement électorale), mais malgré que j’aime bien le tribun qu’il est , j’ai un commencement de doutes sur ce monsieur ( bien que j’ai voté deux fois pour lui), je me demande si il aurait assez de cojones pour renverser la table..

    • Durand Durand 18 août 21:42

      @Elliot

      Où doit-on s’inscrire sur les listes électorales internationalistes ? J’veux participer, moi... !

    • Pyrathome Pyrathome 18 août 22:20

      @Mister hyde

      bien que certaines de ses ambiguités me font me demander si il ne fait pas du cinéma
      .
      Certaines ?...et non des moindres ! 
      On ne peut pas rester dans l’ue/euro et faire ce que l’on veut, il faut respecter ce qui a été signé ( contre le gré d’une majorité en passant, par un déni de démocratie en 2005 ) soit on reste et on ferme sa gueule, soit on sort et on retrouve sa souveraineté, hors, il se fait que JLM a déclaré qu’il était hors de question de sortir, donc, à partir de là, toute personne raisonnant objectivement ne peut y voir qu’une comédie de boulevard....
      C’est imparable !!!

    • Mister hyde 18 août 23:35

      @Pyrathome

      C’est vrai que l’argument de ne pouvoir rien faire sans l’accord des autres,est difficilement contestable, quand je vois ça : 
                       
      J’ai comme l’impression de mettre fait avoir.

    • El Shogun El Shogun 19 août 07:50

      @Mister hyde

      Je comprends que le discours de JLM puisse paraître séduisant (même Etienne Chouard s’est laissé berner), mais il faut regarder le tableau dans son ensemble et le dessein qu’il sert.

      En partant des postulats suivants, à savoir que cette Europe est anti-démocratique, voire totalitaire, que les traités ne sont pas réformables et que JLM ne veut absolument pas en sortir, toute personne possédant un minimum de bon sens s’apercevra que, soit il nous trompe sciemment et fait le jeu du système avec une insoumission de façade, soit il croit réellement faire plier l’oligarchie en place et on tombe là dans le ridicule (tout comme Hollande ennemi de la finance).

      Quand on a admis cela, il n’y a plus qu’à regarder qui propose réellement d’en sortir de façon cohérente, sans plan A, B ou C smiley

    • Mister hyde 19 août 10:49

      @El Shogun

      Effectivement quand j’ai vu que Mr Chouard s’été aussi fait avoir je me suis senti moins bête : )

      Je suis assez d’accord avec ce que vous dites, mais vous rendez vous compte des implications de tout ça, si c’est vraiment un traître ? Je vais essayer de les énuméré : alors déjà, cela voudrait dire qu’il bosse pour quelque chose ou pour quelqu’un, cela voudrait dire que c’est un acteur de théâtre,cela voudrait dire que l’on est face a une opposition contrôlé et donc par définition mélenchon ne serait qu’un vulgaire gigolo au service d’intérêts mondialiste l’ayant propulsé là ou il est, une tapineuse bossant au nom d’un nouvel ordre mondial totalitaire sous couvert d’humanisme, nous serions en fait face au meilleur agent du nouvel ordre mondial anti démcratique, enfin si nous sommes sincèrement face a un traître, les implications sont énormes..., la simple question « pour qui y bosse ? » , si tout cela est faux, cette question me perturbe et pas qu’un peu..

  • Jean-Marc B 18 août 19:31

    Je ne comprends pas . Il manque des réactions qui avaient été rédigées bien avant le commentaire d’Alren de 17 h 05 min . !
    (Alren mentionne d’ailleurs mon intervention ....)


  • Jeff84 19 août 00:09

    Bon, la partie correspondant à ma spécialité, la fiscalité, est ridiculement fausse, au niveau le plus basique. Emprunter pour payer des dividendes ne dispense pas de payer d’IS.

    Ensuite, le rapport McKinsey établit clairement que 20 à 25% des citoyens de l’OCDE, et non les deux tiers, ont vu leur revenu disponible diminuer. Et donc, il a augmenté pour 75 à 80% des citoyens. Ces rigolos ne sont même pas foutus de lire le bonne colonne.

    Ah, et le Glass-Steagall Act, un grand classique. Aucune des banques ayant tiré profit de l’annulation du GSA n’a été en difficulté. Celles qui ont coulé ont toutes continué à séparer banque d’affaires et banque de dépôt (ce à quoi servait le GSA). Pour en conclure que l’annulation du GSA est responsable, il faut vraiment ne rien avoir dans la cervelle.

    Le reste de l’article n’est pas factuel, ou alors sur des points de détail sans intérêt.

    En somme, de la grosse désinformation.

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