lundi 11 février - par C’est Nabum

Les Ressources humaines

Creusons la question pour entrer dans la carrière.

Ainsi donc, comme me le suggère mon ami Cailloute, les individus auraient besoin, pour traverser la rue, d’un directeur des ressources humaines afin d’entreprendre et bien se comporter au sein d’un collectif visant à remplir un projet commun. Je suis émerveillé de ce vocable digne de la révolution industrielle. Fort heureusement ma vie de fonctionnaire de l’éducation nationale a su me préserver de pareille confrontation.

Non seulement l’humain est, d’après ce terme abject, vécu comme une matière première qu’il convient d’exploiter (je ne vois pas d’autre verbe plus opportun) mais encore, il appartient à un dresseur grassement payé, de veiller scrupuleusement à la pleine et totale rentabilité du minerai en question. J’en suis abasourdi. C’est d’ailleurs sans doute pourquoi, quand la veine est tarie, quand le filon a mauvaise mine qu’il convient de fermer le chantier et de pousser une foule de travailleurs devenus des rebuts hors de ladite carrière.

À examiner la chose sous cet aspect on comprend mieux les charrettes de licenciement, les drames du chômage et la désolation des bassins d’emploi abandonnés. La direction ne dirige pas, elle se contente de montrer la voie à suivre pour obtenir toujours plus de rentabilité au seul profit d’actionnaires qui ne se salissent jamais les mains, y compris quand il s’agit de se faire plus impitoyables, cupides et inhumains.

Le directeur n’a d’ailleurs lui aussi aucun cas de conscience puisque le salarié n’est pas un humain mais une ressource qui, à l’instar de la planète, s’épuise. On prend, on exploite, on jette en abandonnant. Que ce soit les océans de détritus dans l’océan ou les vagues immenses de licenciements, c’est du pareil au même, après eux le déluge et si possible sans eux.

Naturellement tout cela se fonde sur un système qui, d’après nos merveilleux économistes si humains, se fonde sur la liberté d’entreprendre, liberté qui du reste n’est accordé qu’à ceux qui sont du bon côté de la cognée. Les autres, les plus humbles, les plus nombreux sont coincés entre le marteau et l’enclume, écrasés, humiliés, méprisés, laminés…

Tout cela en tenant un discours parfaitement rationnel sur les lois d’un marché qui met en avant les sociétés les plus performantes, leur permet de grandir et de s’épanouir. Si ce programme peut éventuellement s’appliquer, il oublie tout bonnement les acteurs de ce prodige, les acteurs véritables de la réussite ; les travailleurs. Ceux-là et ceux-là seulement sont mis en concurrence afin de réduire les coûts, de baisser leurs salaires, d’augmenter les cadences, de délocaliser la production pour trouver de nouveaux pions, toujours moins bien traités.

Les directeurs des ressources humaines vont bien, merci pour eux. Ils se lavent les mains des immondes saloperies qu’ils ne cessent de mener au nom du pragmatisme, de la rentabilité, du profit et des impératifs incontournables d’une gestion purement économique. Ils ont depuis belle lurette intégré que les humains ne sont que des pions, des variables d’ajustement, une denrée fongible. La bourse monte, l’argent produit de l’argent dans la négation absolue des individus laissés sur le bord de la route.

C’est cette merveilleuse société qui sert de modèle à notre président si humain. Il plaint sincèrement l’odieux sort réservé à Carlos, son ami, il se moque magnifiquement de tous ces pauvres bougres qui coûtent un pognon de dingue pour tenter de joindre les deux bouts. Mais quel est donc le chasseur de tête qui nous a mis dans les pattes ce freluquet qui se fait foutriquet, cette graine de tyran qui fait tirer sur la foule par son directeur des secousses humaines, un certain Castaner, dit le père la castagne !

Comme pour l’entreprise, quand les règles du jeu sont faussées, quand l’humanité est exclue du processus, quand l’individu n’existe plus, les ressources s’épuisent et finissent pas entraîner une colère immense qui deviendra révolte, rébellion, sédition en dépit d’une police, bras séculier impitoyable qui obéit aux ordres sans état d’âme.

Inhumainement leur.



17 réactions


  • Sergio Sergio 11 février 12:14

    Bonjour Nabum

    Imaginons le comble du DRH : Etre Végan ?


  • jef88 jef88 11 février 12:33

    Le système actuel est né sous Pompidou-Giscard !

    Avant ? la proportion d’ingénieurs dans une usine était très faible et parfois nulle !

    Avant ? la promotion interne existait .....

    Mon exemple :

    1962 : ouvrier.

    1965 : Employé aux écritures.

    1968 : chef d’équipe

    1969 : Agent de méthodes (j’ai eu à pondre une usine)

    1972 : Chef de fabrication

    1974 : directeur technique

    Que personne ne dise que le système ne fonctionnait pas ! ! ! C’étaient les 30 glorieuses .... Il y avait moins de 350000 chômeurs !

    Depuis des théoriciens ont pris le pouvoir .

    En fonction de la beauté(?) de leur diplôme ils sont mis dans une case dont ils ne connaissent rien ! Les effectifs bureaucratiques gonflent, l’ouvrier st soumis aux normes et protocoles !

    Le DRH n’est qu’un échelon dans ce cirque désorganisé ......


    • ZenZoe ZenZoe 11 février 17:18

      @jef88
      Même si c’était les 30 glorieuses, vous pouvez être fier de votre parcours.
      Dans mon entourage, beaucoup d’anciens ouvriers.... sont restés ouvriers.
      Alors bravo à vous !


    • Fergus Fergus 11 février 17:57

      Bonjour, jef88

      Personnellement, j’ai été employé de secrétariat, analyste-programmeur, responsable de formation (plus particulièrement axé sur la communication et le marketing), responsable qualité d’un département commercial, et rédacteur de courriers sensibles.

      Or, lorsque j’étais responsable de formation, j’ai travaillé en étroite symbiose avec une DRH. Et l’essentiel de notre job n’était pas de gérer les employés comme des « ressources » à essorer, mais de mieux former ceux qui étaient déjà qualifiés comme cadres ou techniciens afin de les rendre plus performants, et surtout  c’était ma tache favorite de débloquer les opérateurs qui étaient peu ou mal formés pour leur permettre un développement de carrière.

      Tous les DRH n’ont pas un profil de tueur, fort heureusement !


    • L'enfoiré L’enfoiré 11 février 18:32

      @jef88,

       Tout a fait.
       Il n’y avait presque pas d’informaticiens. Le mot « numérique » ne voulait rien dire.
       Les femmes étaient absentes dans les études qui étaient en plus non universitaires. Des sociétés privées donnaient des cours avec les constructeurs...
       Le système était beaucoup moins complexe qu’aujourd’hui.
       Et il y avait peu de création de nouvelles tâches.
       Le train du numérique était quasiment à l’arrêt.
       On disait dans alors dans quelques temps, il n’y aurait plus de papier administratif.
       Aujourd’hui, il n’y en a jamais eu autant.
       Les PDG sont bombardés d’une société sur l’autre.
       Ce sont souvent des jeunes parce qu’ainsi, comme ils ne connaissent pas les travailleurs, ils auront moins de remords de les renvoyer.
       Mais comme il n’y a plus beaucoup de sous, puisque tout est niveler vers le bas, les salaires ne progressent pas. Le cash flow sert à inventer la suite et payer les actionnaires qui ont eu un peu de sous à investir.
       On attend que les vieux disparaissent pour pousser sur le champignon.. On les prépenssionne... il coûte trop cher.
       Je ne dis pas que c’est un cirque mais c’est une valse à plusieurs temps.
       


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 février 08:25

      @jef88

      Un cirque dans lequel les fauves dévorent les salariés


  • Ruut Ruut 11 février 12:49

    Le télétravail est la première étape vers la délocalisation des cadres.

    une fois le télétravail fonctionnel, les travailleurs déconnectés du liens avec leurs collègues, ils sont facilement remplaçable par d’autres télétravailleurs moins cher d’autres pays.

    Pour les ouvriers, la menace c’est la sous traitance.

    Le gros soucis a notre Nation c’est qu’un travailleur délocalisé ne cotise ni n’achète plus en France.

    Hélas notre Président ne l’as pas encore compris.


  • L'enfoiré L’enfoiré 11 février 18:19

    "Fort heureusement ma vie de fonctionnaire de l’éducation nationale a su me préserver de pareille confrontation.

    « 

    Et bien, moi, je dois dire que je les ai connu de très près.

    Je n’ai jamais été fonctionnaire et dans le privé, ce qu’on appelait le département du personnel est devenu RH avec un »D" qui précède.

    Quel est on rôle ?

    Recevoir les candidatures et les transférer au service qui cherche une personne ou une compétence particulière.

    Avant, le DRH devait fournir les infos concernant les versements des salaires. Ce n’est plus vraiment le cas, puisque ce sont des sociétés extérieures du type de lLa Famille qui s’en occupe.

    Donc, les Ressources humaines font une présélection très rapide.

    Mais ils ne prennent aucune responsabilité sur la qualité.

    C’est au service demandeur avec le cadre mamager qui prend les risques et fait la sélection.

    J’ai bien connu cette étapes.

    Les questions à poser avec des notes à évaluer.

    Puis il faut former les jeunes embauchers. Les tester dans une ambiance existante de travail en équipe et parfois les virer.

    Il y a toujours un éventuel ver dans la pomme qui peut s’infiltrer à l’insu de sa volonté.

    Merci. les souvenirs me sont revenus à la pelle... smiley


  • juluch juluch 11 février 21:52

    Le dessin de fin m’interpelle, j’ai eu affaire à ça lors d’un entretien d’embauche.

    je devais télécharger un logiciel sur le téléphone et répondre en étant filmé à un questionnaire sur mon ordi....

    J’ai pas du tout apprécié et je l’avais dit directement à une employée de cette boite lors d’un séminaire militaire de fin de carrière, je leur avait dis que c’était discriminatoire et anormal !


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