Commentaire de jeanclaude
sur Après l'A-Démocratie ? Rassurer Emmanuel Todd


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

jeanclaude 7 janvier 2009 10:58

@ eric - analyse travaillée d’un ouvrage et d’un auteur que je ne connais pas. J’ai relu l’article de PV. Les réactions à ces deux articles sont symptomatiques.

PV : c’est un oui, mais. PV est du même bord qu’ET, c’est une critique d’ami. Les amis de ces deux amis, intervenant sur AV, restent bons amis.
Vous, c’est un non pour cet ouvrage. Les lecteurs les plus assidus sont d’ailleurs rapidement indisposés qu’on ose aller si loin dans la critique d’un de leurs auteurs favoris. Ils vous battent rapidement dans le style pamphlétaire qui s’amplifie vers la fin de votre article.

Sur le fond - mais ce sont les inconvénients d’une démonstration - vous êtes un peu trop catégorique et simplificatuer dans la description de la classe sociale - au sens marxiste - des fonctionnaires, ayant intérêt à maintenir un état fort, garantie de leur perduration. Les 30% de fonctionnaires qui ne votent pas à gauche sont là aussi (et pas tous des demeurés ; tous les enfants de fonctionnaires ne deviennent pas fonctionnaires. Le démographe ET pourrait là faire une analyse utile : enfants de fonctionnaire-métier-positionnement politique).

Vous avez touché là où çà fait mal. Normal que les réactions soient fortes.

Nous nous trouvons dans la même impasse que dans la bande de Gaza. Suite à des élections démocratiques, le Hamas sort majoritaire. Suite à des élection nationales, une droite "nouvelle", au sens de moins attachée à une retenue historiquement "radicale" y va carrément. Dans les 2 cas, le peuple aurait mal voté.

Ces réactions trop vives sont une autoprotection des citoyens convaincus de gauche contre le vertige, entrevu le temps de vous lire, qu’une des bases de leurs convictions est peut-être fragile.
Explication :

  1. En logique, "A =juste" n’exclut pas "B =f aux". A, c’est NS, sa volonté de toucher à la république administrée à la française, son parti-pris libéral, sa tendance à contrôler les médias, son impudeur de riche,... B, c’est l’auto-conscience et toute la compréhension historique de la gauche, de sa doctrine, qui est maintenant décalée, donc incapable de comprendre correctement les mécanismes actuels de la société (c’est très hégélien). Donc à reprendre.
    Ceci expliquerait la sensibilité amicale et excessive de certains pour ET, un des seuls intellectuels à pouvoir reprendre du marxisme comme élément essentiel de compréhension de l’actuel.
  2. La gauche française a toujours été fondamentalement jacobine, au sens de "il y a une élite qui sait comment faire le bonheur du peuple", à éclairer (et former les consciences). Hors de ces lumières, point de salut. Cette gauche a en fait repris en la légitimant la place de l’Eglise catholique de France, qui sous l’ancien régime, guidait les consciences, la main dans la main avec le pouvoir civil.
    (Comme pour moi, votre commune d’origine comptait 2 églises, donc 2 sensibilités, donc une ouverture à la différence, à la relativité). Cet héritage (les enfants battus reprennent aussi hélas souvent un comportement violent) est à oculter. C’est probablement une des raisons pour laquelle la gauche française ne peut se permettre de se dégluer de son socle historique et de se rapprocher de la vision qu’on les autres gauches européennes.
Ce qui me choque le plus, c’est cette capacité d’ET à trouver que les français sont tombés bas et méritent le président qu’ils ont (ou la présidente qu’ils n’ont pas choisi). C’est très prétentieux. C’est exactement parallèle aux accusations répétées de manipulation de l’opinion, cause pour de nombreux militants de gauche de l’inertie, de la passivité, voir du masochisme d’une majorité de français devant les réformes de NS.

Moi, vous et une majorité de concitoyens pensent que des réformes profondes et rapides sont nécessaires, Acceptent qu’elles soient faites malgré tous les défauts de la majorité au pouvoir. Comme cette France a voté contre SR plus que pour NS (devant se contenter du choix des partis), elle fait à juste titre la somme algébrique des avantages et des inconvénients du gouvernement en cours. Somme largement positive au long terme et au regard de ses intérêts passant avant l’idéologie.

Et là je vous rejoins. Ce ne sont pas les catégories sociaux-professionnelles protégées - fonctionnaires et agents publics de l’état - qui ont besoin de ces réformes, ce sont tous les autres libéraux et salariés du privé. Ils voient bien (il faut vraiment avoir des oeillères) que si tout simplement leur niveau de vie, l’avenir de leurs enfants, doit des chances de ne pas s’étioler, la France doit faire sa mue. Mue = changer de peau, ce qui n’est pas tout changer.

La faiblesse intellectuelle d’ET, c’est aussi de trop privilégier un seul angle d’analyse. Il est prisonnier de ses "succès" passés. C’est comme la doctrine de gauche française. Nous décelons là le caractère profondément statique (et ancien régime) de la pensée des Lumières. Par opposition à une vision dynamique de l’Histoire (Hegel, marxisme, postmarxisme, déconstructionisme, pragmatistes anglo-saxons). Ceci expliquerait aussi pourquoi des gens comme René Girard ou Edgar Morin, deux exemples pris au hasard, dont la pensée aurait pu contribuer à renouveller les doctrines socialistes, soient mis de côté par la "gauche officielle". Qu’ils dérangent.

Voir ce commentaire dans son contexte