Commentaire de Naja
sur Statistiques de la police et de la justice sur les violences sexuelles en France


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Naja Naja 4 mai 2009 17:09

@ Calach,

« Qu’entendez-vous par « viol élucidé » ? »
Ce que j’ai écrit dans le texte et en commentaire. Elucidé = avoir trouvé un accusé.

"22 % sont condamnés aux assises. Plutôt bizarre comme pourcentage des viols élucidés (si élucidé = avoir trouvé le coupable) quand on sait qu’un viol est un crime et que le coupable passe obligatoirement aux assises ?« 
Non, toutes les personnes accusées de viols ne passent pas aux assises. C’est exactement ce que montre ce chiffre et ce que tout juriste ou magistrat vous expliquera. Le procureur ou le juge d’instruction peut classer sans suite ou prononcer un non lieu, faute de preuves matérielles. Et c’est bien souvent ce qu’il fait.
Les faits reprochés peuvent aussi être déqualiés en agressions pour que l’accusé soit jugé en correctionnel. La pratique est courante.
Je vous invite à lire par cet article à ce sujet :
http://fxrd.blogspirit.com/archive/2008/11/13/la-correctionnalisation-judiciaire.html

 »Cela signifie apparemment que 75 % des mis en cause pour des viols élucidés ne sont pas coupables donc innocents.« 
Non encore. Cela signifie que la justice estime que pour 75% des coupables, il n’existe pas de preuve de culpabilité suffisantes pour poursuivre la personne, ou pour la condamner. L’accusé peut néanmoins avoir commis les faits qui lui sont reprochés.
C’est la présomption d’innocence, principe selon lequel il n’est pas nécessaire de prouver l’innocence d’un accusé pour ne pas le condamner.
Il est cependant tout à fait vrai que dès l’instant où une personne accusée de crime ou de délit n’est pas jugée coupable par la justice, elle est socialement considérée comme innocente, et c’est bien normal. Mais encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il ait été prouvé qu’elle n’a rien fait.

 »On doit en déduire que beaucoup de ces mis en cause ont été victimes de la garde à vue et de la détention provisoire arbitraire sans respect de la présomption d’innocence"
Savez-vous que tous les accusés ne font pas de détention provisoire ? Loin de là en fait.
Comme vous, je déplore les méthodes souvent employées lors de gardes à vue, ainsi qu’un usage parfois abusif de la mise en détention provisoire. Mais je ne suis pas sûre d’avoir saisi votre position sur ce point : vous pensez que dès lors qu’une procédure n’aboutit pas à une condamnation, il convient de juger a posteriori que le fait même d’avoir mené une enquête sur l’accusé était une injustice ?

Etrangement, alors que vous vous outrez d’un non respect de la présomption d’innocence, il me semble que votre raisonnement se fonde sur une présomption de culpabilité.

Petit casse tête pour vous :
Imaginez qu’enfant, votre père vous viole et vous terrorise, pendant des années. Une fois adulte, vous portez plainte, en partie pour obtenir réparation du préjudice, en partie parce que vous redoutez ce qu’il pourrait faire à d’autres enfants de votre famille.
Faute de preuve matérielle, le juge d’instruction prononce un non lieu. Le voilà donc innocent aux yeux de la société. Mais vous comme lui, savez qu’il est coupable. Et comme c’est un fichu pervers, il se met en tête de vous poursuivre pour dénonciation calonmieuse. Que se passe-t-il alors ?

« Nous sommes bien dans la dictature de l’émotion. »
Oui, je suis d’accord avec cette assertion.
Et cela ne nous empêche pas d’être dans le dogme du matérialisme tout puissant et de la négation de ses sentiments... qui se prétend rationnalisme mesuré.


Voir ce commentaire dans son contexte