Commentaire de Pierre Régnier
sur Ils ont assassiné un infidèle nommé Michel Germaneau


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Pierre Régnier Pierre Régnier 28 juillet 2010 23:29

@ easy et @ franc

 Il paraît que, lors de la fameuse rencontre, Ferré, Brel et Brassens ne se sont dit que des banalités. Je n’en conclue rien.

 Sur le reste, easy, nous sommes en désaccord. Oui le "besoin de combattre« est, je crois, bien réel mais vous dites »si un individu est prêt à sacrifier son corps pour sa pensée, il est forcément disposé à tuer. L’un ne va pas sans l’autre". Moi qui ne suis pas disposé à sacrifier mon corps pour ma pensée j’avoue ne pas comprendre. Ça me paraît très fataliste.

 Je peux résumer ainsi mon propre « besoin de combattre » (très précisément depuis maintenant 17 ans, publiquement) contre la violence religieuse. Rien que de très rationnel et de pacifique. Plus précisément : pacifiste. Je constate que les religions, depuis toujours, cultivent la conception violente de Dieu. Je constate que, très logiquement, ça conduit à de la violence effective. Si je me soumets au dogme (par exemple celui, catholique, de ma très pieuse enfance) je n’y peux rien changer. Si je rejette la primauté du dogme je ne peux plus, me dit-on, croire en Dieu. Les croyants dogmatiques comme les athées semblent d’accord là-dessus. C’est que les uns et les autres ont, pour y adhérer ou pour s’y opposer, la même définition, DEFINITIVE, de la religion.

 Je ne vois pas pourquoi il faudrait en rester là. Même si je ne suis plus croyant, il me semble qu’une troisième voie est possible : privilégier la conception pacifique de Dieu, et vouloir détruire (combattre) ce qui la réduit à néant (ce que franc nomme « l’idolâtrie du livre »). Je ne vois pas en quoi c’est moins religieux que la conception contradictoire incluant, dans toutes les religions, la croyance dans une volonté criminelle de Dieu (valable seulement dans la société de l’Ancien Testament pour les croyants juifs, les chrétiens et les bahaïs, toujours valable jusqu’à la domination de Dieu sur toute la planète pour les musulmans).

La position des chrétiens est la plus stupide et la plus scandaleuse, et c’est pourquoi je pense de plus en plus que c’est aujourd’hui le pape Benoît XVI qui est le principal responsable actuel de la violence religieuse. Le prophète juif Jésus dont les catholiques se réclament – et que, donc, ils trahissent – a commencé à dégager sa religion de la conception violente de Dieu. La logique voudrait qu’on continue son œuvre mais, comme les chrétiens en ont fait une composante de Dieu lui-même ils considèrent qu’il n’a pas pu laisser sa révolution inachevée. Résultat : ils dogmatisent, sacralisent son insuffisance  ! Je ne vois pas pourquoi cela ne devrait pas être remis en question, même d’un point de vue « jésuïste » (qui n’est pas, c’est vrai le point de vue chrétien ; attention je n’ai pas écrit « jésuite », ce qui est autre chose).

 Si cette remise en question ne vient jamais, la violence effective à prétexte religieux sera éternellement durable. Je n’ai nulle envie de la combattre pour simplement satisfaire « un besoin intellectuellement vital ». J’ai mieux à faire.

 Quant au catholicisme qui ne serait « pas une religion du livre » c’est vous, franc, que je ne comprend pas. Car c’est précisément pour son dogmatisme en la matière, très clairement réaffirmé dans le nouveau catéchisme, que le catholicisme est, selon moi, dangereux, constituant aujourd’hui une impasse, celle qui rend Benoît XVI LE PLUS RESPONSABLE de la pérennité de la violence dans le monothéisme (car c’est lui, le pape, qui est le mieux placé pour rejeter la conception violente, criminogène de Dieu). 


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