Commentaire de Bovinus
sur Internet ou le stratagème des chaînes


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Bovinus Bovinus 10 février 2012 18:56

Au sujet de la crise de Cuba, ce qui a « failli provoquer une guerre nucléaire », ce n’est en aucune manière la nationalisation décrétée par le gouvernement révolutionnaire, faut pas tout mélanger. Cela a donné lieu à une tentative d’intervention armée (le débarquement dans la baie des Cochons) et un embargo, d’ailleurs toujours en vigueur à ce jour. La « crise de Cuba », c’est à dire, l’installation de missiles nucléaires soviétiques SS-4 sur le territoire de Cuba, était plutôt une réaction de l’URSS à l’installation de missiles américains Jupiter en Turquie.

Poutine n’a pas nationalisé Gazprom, elle a toujours été une entreprise majoritairement publique ; cette société a vendu des actions sous Eltsine, et la tendance s’est inversée sous Poutine, en effet. L’État est propriétaire à 50% + 1 action.

Votre « preuve par la vache » est un sophisme, amusant si l’on veut, mais pas moins trompeur pour autant. Prendre des décisions politiques, ce n’est pas exactement la même chose que d’évaluer le poids d’un bovidé, ni faire des mathématiques (je ne suis pas matheux, mais je soupçonne que la « meilleure » réponse dans ce genre de situation est mathématiquement la réponse du statisticien) ; il ne s’agit pas de balancer un chiffre au pif, il s’agit d’élaborer des réponses satisfaisantes à des problèmes sociaux, économiques et stratégiques complexes. Cela n’a pas grand-chose à voir non plus avec la conquête du consensus ; la sociologie nous apprend qu’on peut obtenir (ou fabriquer) le consensus sur n’importe quelle question, et même faire passer le blanc pour le noir, pour peu qu’on s’y prenne bien (voir : La psychologie des foules, de G. Le Bon). C’est à dire qu’on peut avoir faux sur toute la ligne, mais obtenir néanmoins le vote de la majorité ; l’inverse est également vrai : on peut avoir raison, et ne pas obtenir le soutien des votants (référendum de de Gaulle, en 1969, par exemple). On peut aussi avoir faux, mais prétendre avoir raison, et ne pas avoir le soutien de la majorité, mais passer en force par des contorsions législatives, comme en 2009 avec le traité de Lisbonne. On a là trois phénomènes distincts, entre lesquels il n’y a pas nécessairement de lien (adéquation de la politique, parole politique, consensus populaire).

Par ailleurs, je vous ferai remarquer que quand bien même nos élites autoproclamées proclament sans cesse leur attachement aux valeurs « démocratiques », elles se gardent bien de les mettre en pratique. La seule véritable et authentique démocratie qui ait jamais existé fut la démocratie athénienne ; si vous avez des doutes à ce sujet, vous pourrez facilement vous en convaincre en étudiant un peu le système législatif athénien, c’est tout à fait possible même avec les données disponibles à ce sujet sur le Net, ou d’écouter quelqu’un qui l’a déjà fait. Actuellement, nous ne sommes pas dans une démocratie, mais dans une aristocratie par l’élection (et, de plus en plus, la fortune). Cela s’appelle en sciences politiques un gouvernement représentatif, c’est à dire, un système où le pouvoir est confisqué par une petite poignée de gens, et qui s’en servent à leur avantage au détriment de tous les autres.

En termes de sociologie marxiste, cela correspond à la domination d’une classe (le prolétariat) par une autre (la bourgeoisie). Et de fait, c’est bien la réalité, puisque les statistiques nous prouvent à présent que l’égalité devant la loi, l’égalité des chances ou l’égalité politique sont devenus depuis longtemps des mots creux (en admettant même qu’ils aient existé jamais). Inutile de me citer l’exemple soviétique pour me prouver que c’est faux, puisque l’URSS n’était ni vraiment socialiste, ni réellement communiste. Le seul régime réellement socialiste qui ait existé, c’est celui de Cuba, et peut-être également celui de la commune de Paris, mais on en sait assez peu de chose.

Enfin, sur la monnaie, je vous invite à lire à ce sujet cet ouvrage de von Mises (fondateur avec von Hayek de l’école autrichienne d’économie). Il y explique notamment que la monnaie est un bien, et pourquoi il en est ainsi. Une des conséquences est que toutes ces monnaies dites « alternatives », qui ne sont pas de la monnaie, mais des substituts de monnaie (en termes strictement économiques ; le juriste ne fait pas la distinction, c’est pourquoi il ne devrait pas se mêler d’économie mais rester dans son domaine), sont, encore une fois, du pipeau. Plus exactement, c’est de la fausse monnaie, ou, selon le jargon juridico-commercial en vogue, de la monnaie « fiduciaire » : aussi longtemps qu’elle bénéficie d’un capital de confiance de la part de ses utilisateurs, elle peut faire office de monnaie ; mais personnellement, je ne mettrais pas mes économies là-dedans.


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