Commentaire de lagabe
sur En Suède les ministres servent mais ne se servent pas…


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

lagabe 5 juillet 2012 16:02

//C:%5CDOCUME%7E1%5CGABAIX%7E1%5CLOCALS%7E1%5CTemp%5Cmsohtml1%5C01%5Cclip_image001.gif" height="3" width="287">N

OUS a-t-on assez bassi­nés, dans les années 70, avec l’inoxydable modèle suédois, synthèse miraculeuse d’Etat-Providence bienveillant et de dynamique économie de mar­ché ! On se souvient de la fameuse formule de Mitterrand sur la France de ses rêves, « comme la Suède, mais avec le soleil en plus ». Aujourd’hui, c’est Raffarin et son gouvernement tout entier que fas­cine le modèle suédois. Fillon est allé y piquer des idées en janvier dernier, Nicole Ameline, ministre déléguée à la Parité, y était la se­maine dernière, et Raffarin, comme le raconte Magnus Fal­kehed dans un ouvrage très ins­tructif (1), a récemment bluffé le Premier ministre suédois par sa connaissance pointue des ré­formes entreprises ces dix der­nières années en Suède. Car ces dix années ont tout changé, les sociaux-démocrates étant deve­nus presque aussi libéraux que Madelin.

Télécommunications, électricité, transports pu­blics  : entièrement libéralisés. Du coup, tout le monde passe sa vie calculette à la main pour com­parer les tarifs.

Ecole. Voilà douze ans, l’État suédois s’est débarrassé des maternelles, collèges et lycées ce sont les pouvoirs locaux qui les gèrent (grand rêve de Raffarin ! ). Il a aussi licencié 10 % des profs, tout en promettant aux restants de gagner 20 % en plus... Tenus d’être rentables, les directeurs d’école se sont transformés en chefs d’entreprise : ils recrutent les professeurs, peuvent les virer et les payer au mérite, accueillent des soirées dansantes pour opti­miser leur budget, et rendent des comptes aux élus locaux, qui vien­nent vérifier que l’argent public n’est pas gaspillé. Évidemment, les inégalités financières entre communes ont, malgré un sys­tème compensatoire, des réper­cussions sur l’égalité des chances scolaires  : pour recevoir la meilleure éducation, mieux vaut habiter un quartier chic qu’une banlieue pauvre (comme chez nous  !).

• Hôpitaux. Voilà un quart de siècle, la Suède comptait 136 000 lits d’hôpitaux. Au­jourd’hui, il n’en reste plus que 29 000  ! L’obsession de la réduc­tion des coûts a entraîné la sur­population des hôpitaux. Nombre de patients atterrissent dans d’autres services que ceux où ils auraient dû être hébergés. Il ar­rive aux médecins d’en réveiller certains en pleine nuit pour leur demander de rentrer chez eux. Les malades sont encouragés à rester à la maison (en contrepar­tie, les communes prennent en charge l’installation d’équipe­ments sanitaires à domicile). Les Suédois n’avaient pas le droit de choisir leur médecin, ils ne peu­vent plus désormais choisir leur hôpital (ceux-ci fonctionnent en réseaux d’établissements spécia­lisés). Dans les centres pour soins primaires, les files d’attente s’al­longent. Pour être opéré, idem les listes d’attente sont intermi­nables. Lors des dernières légis­latives, deux leaders politiques que tout oppose, celui des chré­tiens-démocrates et celui des ex­communistes, ont lorgné avec envie sur la France, dont ils ont décrété le système de santé « ex­cellent »... et ça, juste au moment où la France veut imiter le leur !

Postes. Plus un seul bureau de poste en Suède : tous ont été fermés (un rêve pour Raffarin, qui aimerait faire de même avec les 17 000 bureaux de poste fran­çais). Maintenant c’est dans les supérettes et les stations d’es­sence qu’on achète les timbres, envoie les recommandés et va chercher les colis. Évidemment, ça fait des économies, et c’est plu­tôt efficace (96 % du courrier sont distribués en moins de 24 heures). Mais les facteurs, désormais en concurrence avec le privé, pren­nent des cours de musculation pour distribuer un maximum de plis publicitaires.

*Accidents de la route. L’un des « grands chantiers de Chi­rac, directement inspiré de la Suède, où la route est deux fois moins meurtrière qu’en France. Les Suédois ont des idées un peu plus évoluées que le radar auto­matique  : depuis trente ans, les feux de croisement restent allu­més de jour  ; l’habitude est an­crée de désigner un conducteur qui reste sobre pendant que ses copains s’arsouillent ; les sièges

pour bébé sont tous installés sur le siège du passager avant et mon­tés dans le sens inverse de la route. Plus paradoxal : on n’y en­seigne plus les règles de circula­tion aux enfants. « Déjà qu’on a du mal avec les comportements imprévisibles des adultes, alors pensez, avec un enfant.  » Et ça marche  !