Commentaire de Sam La Touch
sur Du Biafra à la Syrie : MSF une ONG politique ? De la Propagande ?


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Sam La Touch Sam La Touch 2 septembre 2013 01:15

« L’@uteur de l’article n’a peut-être pas cerné lui-même cette différence MSF / MDM ? »
Je ne sais pas à qui vous faites allusion si c’est à Sylvia Cattori ou à ma pomme.
 
Petite précision sur l’article !
Le distinguo y est clairement exprimé dans le corps de l’article entre MSF et MDM pro du droit d’ingérence.

"MSF en Syrie et ses déclarations hasardeuses

Mais plus surprenant encore dans cette histoire, est la position de l’ONG Médecins sans Frontières qui semble participer de la même démarche. Habituée à une grande neutralité et à un refus de prise de position politique contrairement à Médecins du Monde dont l’orientation idéologique est plus fondée sur le droit d’ingérence, MSF semble par ses récentes déclarations prendre une position politique assez claire et ne plus rester à la périphérie du champ politique.« 

Je m’interroge donc, compte tenu de l’attitude de MSF en Syrie, de la voir se rapprocher de son homologue MDM par son orientation très politisée. Je rapporte dans cet article les origines de l’humanitaire moderne qui est né au Biafra où des médecins de la Croix-rouge française (dirigés en sous-mains malgré eux par des militaires français contrairement à la Croix-rouge internationale, cf. Péan Affaires Africaines et Joël Calmettes dans son doc à regarder) ont été instrumentalisés pour intervenir auprès des médias afin d’apitoyer l’opinion publique sur leur expérience locale. Cette stratégie pensée à la tête de l’Etat avait pour but de permettre aux autorités politiques et aux médias de sensibiliser les Français à cette guerre civile (dixit Maurice Robert ancien responsable du SDECE (voir les vidéos sur le Biafra). Le parallèle est frappant entre ce qui se passe actuellement en Syrie et la manière dont ont été repris les déclarations de MSF dans l’ensemble des médias mainstreams et par le pouvoir politique. Rappelons qu’en Syrie : le pouvoir en place est accusé d’avoir utilisé les armes chimiques mais que cela pourrait être tout aussi bien les rebelles soutenus par les forces atlantistes. Au Biafra, c’était un peu pareil, les rebelles sécessionnistes biafrais accusaient le Nigeria d’affamer les Biafrais par leur embargo alors qu’eux même faisaient en sorte que les vivres ne parviennent pas à leur population affamée en se servant de la »famine« comme »armes de guerre« selon le Washington Post de l’époque. Quant à eux les médecins de la Croix-rouge plaidaient la cause de ces victimes biafraises et dénonçaient la guerre du Nigeria permettant à leur insu au politique de préparer l’opinion public à un appui militaire pour conquérir cette province riche en pétrole. (La Syrie est quant à elle très riche en gaz. Elle détient sans doute les plus grandes réserves mondiales).

En ce qui concerne le paradigmatique Kouchner, il est vrai qu’il faisait partie de ces médecins de la Croix-Rouge française mais qu’il n’y avait pas que lui. Il convient de rappeler que l’acte de naissance de MSF se situe donc dans cette lignée idéologique consistant à introduire du politique là où la Croix-rouge internationale se voulait neutre et refusait que les médecins s’expriment dans les médias. De cette volonté de médecins français naitra MSF puis la controverse au sein de MSF qui aboutira à sa scission comme vous le rappelez.
Lire dans le corps de l’article dans le passage sur le Biafra :
 »A MSF, deux visions de l’humanitaire vont s’opposer jusqu’à se déchirer, il y aura celle des « Biafrais »groupés autour de Kouchner interventionniste et soutenant l’idéologie du droit d’ingérence et celles des « soixante-huitards » et autres anciens militants « gauchistes » rassemblés par Claude Malhuret puis Brauman.« ainsi que les échanges et les noms d’oiseaux que s’envoient Brauman et Kouchner. Assez passionnant quant on s’intéresse à la petite histoire de l’humanitaire. De toute évidence le Biafra est une période et une expérience fondatrice pour l’humanitaire moderne. Et vous en rappelez certains travers concernant le Darfour et MDM...

Mais la question se pose, comme vous le signalez à juste titre, du caractère fondamentalement non politique de MSF qui essaye dans la mesure du possible »de rester dans les clous d’une « éthique » initiale qui avait présidé à la Fondation de MSF en 1971« . Or avec l’action en Syrie, leur déclaration intempestive et imprudente (compte tenu du contexte) lors de l’attaque chimique, apparait comme une rupture avec cette ligne de conduite.

C’est ce Sylvia Cattori interroge lorsqu’elle écrit de manière véhémente à MSF (et non à MDM uniquement) : »Vous n’avez pas aidé le peuple syrien, contrairement à ce que vous prétendez ; le fait est que vous prenez le parti de ceux qui vous financent. Par extension je me permets de croire que c’est le cas dans toutes vos interventions ; il n’y a pas de raison que vous soyez loyaux ailleurs, et si malhonnêtes dans le cas de la Syrie." http://www.silviacattori.net/article4300.html

La question qui se pose in fine est dans quelle mesure MSF ne renoue-t-elle pas avec un certain droit d’ingérence ? Ou bien, si celui-ci a toujours été présent en filigrane malgré son éthique de pseudo-neutralité affichée haut et fort ?


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