Commentaire de njama
sur Diogène, le cynique, ou la mauvaise conscience du monde


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

njama njama 2 octobre 2013 23:51

Bonjour Jack Mandon

[les mêmes personnages nous fascinent ; Simone Weil, Diogène ...]

Top ou pas Top l’illustration dans l’article (Diogène vu par Jean-Léon Gérôme, 1860) ? de l’Art, ou de la tête de lard (ou de cochon) ?

le cynique, ou la mauvaise conscience du monde ?

D’un point de vue étymologique, je crains que « cynique » n’ait rien absolument à voir avec le sens « moderne », c’est à dire aucune allusion à un esprit « railleur », une ironie grinçante, à de la provocation ... à un homme sans principe, sans « morale » ni convenances.

Tout « bêtement » (c’est le cas de le dire) cynique vient du grec kuôn, kunos, chien ; le kunégetikos, étant celui qui « conduit les chiens ».
D’où dérive cynocéphale par exemple (kunocéphalos), « à tête de chien ». Ou « cynodrome », pour les courses de lévriers.
Ou cynanthropie (gr. α ́ υ θ ρ ω π ο ς « homme »), subst. fém.« Maladie au cours de laquelle les patients se croient changés en chien »
Cynographe , subst. masc.« Celui qui écrit (ou s’occupe de) l’histoire du chien ».
cynophilie , subst. fém.« Intérêt porté aux chiens ». 

Personnellement je crois que ce terme cynique était particulièrement relatif par analogie au mode de vie des adeptes de cette école philosophique, et non pas aux propos ou jugements que l’un ou l’autre pouvait avoir.

Jean-Léon Gérôme ne se trompe donc pas tant (à mon avis) dans son tableau assez simplet.

Qui est au fond raillé dans cette histoire ? et qui sont en réalité les « railleurs », les « cyniques », ces insolents sans impudence ?

Diogène (dit de Sinope) fut le disciple d’Antisthène - considéré en milieux académiques autorisés comme le fondateur de cette école dite « cynique », bien que ce dernier réfuta fermement d’avoir un quelconque disciple -.
L’histoire (ou la légende) raconte qu’un jour où Antisthène menaçait Diogène d’un bâton pour qu’il s’en allât, Diogène tendit sa tête et lui dit : « Frappe, tu n’auras jamais un bâton assez dur pour me chasser, tant que tu parleras ! ».

(il est des gens qui ne savent se passer d’avoir un maître ... avant longtemps)

Ici je ne partage pas de trop votre perspective quand vous dites : « 
Diogène se promenant sur la place publique avec une lampe, au milieu d’une foule d’hommes, « Je cherche un homme » : il dénonce le caractère fallacieux de l’appellation « homme », au regard de ce qu’il estime être, lui, un homme : l’appartenance à une classe conceptuelle et linguistique est de l’ordre du paraître ; seul l’individu cynique accède à l’être. »

Permettez-moi de vous conter ce que j’entrevois :.

La scène, si l’on veut qu’elle aurait un tant soit peu un caractère didactique à la façon « soufi » ne peut se dérouler qu’en plein jour. Diogène n’est pas le porteur d’un réverbère, et son très moindre souci est (j’imagine) de s’éclairer lui-même.

J’aime à voir qu’avec sa petite lanterne, il vient avec l’humilité qui sied au (vrai) philosophe, ajouter (par facétie, à la façon soufi) sa petite lumière à celle du soleil, qui, elle est universelle, et qui peut être perçue par tous.

Il suffit parfois vraiment d’un p’tit rien pour que tout change, et sa petite loupiote (« chandelle de résine », faible lumière d’une lampe ou d’une bougie) qu’il baladait sur l’Agora on en parle encore aujourd’hui ... sur Agoravox ...

De fait, derrière la dérision de cette petite lampe, que je perçois sans aucun cynisme, ou mépris de sa part - bien au contraire - , le message n’était-il pas de (nous) dire, que ... nous éclairons tous les uns, les autres.

Merci Jack Mandon pour les petites lumières de votre article.
Au plaisir de vous lire encore


Voir ce commentaire dans son contexte