Commentaire de Elliot
sur Vers la troisième guerre mondiale ?


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Elliot Elliot 20 février 2016 15:24

Je pense que Erdogan a caressé à un moment donné le rêve de rendre à la Turquie sa splendeur ottomane : tant que le peuple a pu bénéficier des fruits de la croissance, il a été fort apprécié dans son pays pour avoir réussi à le transformer en quelques années : 7e économie d’Europe et 17e mondiale.

Mais plutôt que de s’occuper à gérer en bon père de famille les instruments de la croissance économique, Erdogan – comme tant d’autres avant lui - a été saisi du vertige de la toute puissance et il s’est senti investi d’une mission pseudo-religieuse : reconstituer la zone d’influence de l’empire ottoman. 

Une utopie assez saugrenue pour qui connaît le haut niveau de scepticisme religieux qui règne dans les grandes villes turques, poumons des activités économiques et bénéficiaires de l’industrialisation.

 

En reconnaissance du bond en avant que sa gestion passée a permis à la société turque Erdogan a encore réussi à gagner de toute justesse les dernières élections.
Et ce, malgré ses lubies islamisantes dont la société turque sécularisée est au fond assez peu imprégnée et où il conviendrait de voir davantage d’opportunisme que de réelle conviction tant il pensait et pense encore – malgré le sort contraire - se faire ainsi écouter ( et accessoirement respecter) de tous ces pays sur lesquels il avait porté ses ambitions impérialistes.

Ces pays, Egypte, Syrie, Tunisie Libye sont traversés de courants centrifuges très divers ; les plus voyants sont sans conteste ceux qui sont gangrenés par le fondamentalisme islamique sous des obédiences au demeurant rivales mais dont le but avéré est de rendre acceptables au nom de la foi des sociétés de pénurie, ce qui répond par avance aux échecs économiques qui ne manquerait pas d’accompagner un avènement au pouvoir de ces illuminés.

Plus éduqué, nourri au lait de la laïcité, le peuple turc acceptera difficilement de voir ruinés ses espoirs de développement économique et d’enrichissement matériel que l’implication irréfléchie d’Erdogan et de ses conseillers dans des conflits qu’il a suscité en sous-main avec ses complices européens et américains risque de produire s’il venait à perdre encore un peu plus le contrôle de la situation.

La population turque est réticente à troquer les chemins de la prospérité pour s’engager sur le sentier de la guerre et il n’est pas du tout assuré non plus que l’armée ( où l’esprit kémaliste est encore vigoureux ) s’engage avec enthousiasme dans des aventures qui risquent de tourner à sa confusion.

Erdogan et sa clique ne sont en fait que des colosses aux pieds d’argile recouverts d’une mince couche d’airain : leurs seuls véritables alliés sont les couches nationalistes non kémalistes de la société, ce qui ne fait pas non plus un nombre insensé de divisions.
Depuis la fin des négociations avec Òçalan pour trouver en faisant taire les irrédentismes une solution au problème kurde , la colère monte et l’insécurité grandissante dans les grandes villes turques sonne comme autant de défaites ... 


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