Commentaire de Julien Esquié
sur Liberté pour Ahed !


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Julien Esquié Julien Esquié 3 janvier 2018 09:40

@jaja

Quoi qu’on pense de lui par ailleurs, et de sa politique, Macron est quelqu’un qui a un sens politique très aiguisé. Il a compris une chose : l’opinion publique, au sens de Voltaire, disséminée, individualisée, est mûre pour une libéralisation. A mon sens, elle était mûre depuis quelques années, mais les trois derniers présidents n’auront pas brillé par leur audace.
Il convient donc de penser ce phénomène, ce qui présuppose de ne pas le nier. Et la solution n’est pas dans le Programme de transition. A mon avis, les gens sentent, même de manière confuse, que des bouleversements vont se produire. Ils se disent que s’ils lâchent un peu de lest, ils seront sans doute sauvés. Je suis très sceptique.
Quoi qu’il en soit, Macron applique son programme, et cela ne suscite aucune opposition sérieuse. Les mesures qui ont été prises auraient pourtant déclenché, dans les années 70 ou 80, un mouvement social de très grande ampleur. Il n’a pas eu lieu. C’est terminé.
Les journées d’action isolées ne sont pas très populaires, j’en conviens. Mais qui voudrait se lancer, aujourd’hui, dans une grève reconductible jusqu’à satisfaction des revendications ? Personne. Si : les salariés de l’usine A, quand elle est menacée de fermeture. Mais eux-mêmes, si l’usine B était menacée, ne bougeraient pas le petit doigt.

* * *

Il ne s’agit pas de tirer le bilan de 1917, c’est de l’histoire ancienne, mais celui de 1989. L’état actuel de la CGT et du fameux « mouvement social » ne peut pas être pensé indépendamment de 1989. Pour le dire vite : le patronat et l’état avaient peur, avant 1989. Le patronat n’a plus peur du tout. L’état est en train de suivre le même chemin.
Je vois très bien d’où viens le développement sur la « bureaucratisation de la société » et le Thermidor russe. C’est passé de mode, il serait temps de l’admettre... ne serait-ce que parce que les analyses de Trotsky, tout comme celles de Bruno Rizzi, de Socialisme ou Barbarie, etc., sont antérieures à la révolution numérique. Nous vivons dans un autre monde, désormais, et c’est dans ce monde qu’il convient d’agir.
Comment ?
Je ne sais pas. Une chose est sûre : pas comme hier, encore moins comme avant-hier.


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