Commentaire de mahsomeh raouf
sur Iran : 30 ans déjà que le crime fut commis


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Massoumeh raouf mahsomeh raouf 10 août 2018 14:33

@kader @Dom66

Je suis une ancienne détenue politique et sœur d’une victime du massacre des prisonniers politiques de l’été 1988 en Iran. J’ai été arrêtée en septembre 81 et condamnée à 20 ans de prison en 10 minutes dans un simulacre de procès. Mais au bout de 8 mois j’ai réussi à m’échapper.

Quand les pasdaran ont compris mon évasion,toutes les filles de la cellule ont été torturées et transférées dans diverses prisons.  Beaucoup d’entre elles   ont été exécutées dans le massacre de 88. 

Le régime s’est aussi vengé sur ma famille.Il a arrêté ma mère qui avait un cancer. Elle est décédée peu après sa libération.

Mon frère cadet Ahmad Raouf-Bachari-Doust qui avait été arrêté avant ma fuite a été accusé de complicité dans mon évasion, et de nouveau a été interrogé et torturé.

Mon petit frère Ahmad n’avait que 16 ans, quand il a été arrêté chez nous dans un raid des gardiens de la révolution . Ce n’était pas la première fois. Déjà entre 80 et 81, il avait été pris et torturé plusieurs fois pour avoir participé à des meetings des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), l’opposition démocratique aux mollahs. 

A la fin de 82, après plusieurs séries d’interrogatoires et de torture, Ahmad a été condamné à 5 ans de prison à Racht.

Le 12 mars 83, les pasdarans ont incendié cette prison et ont ouvert le feu sur les prisonniers politiques qui tentaient d’échapper aux flammes.

7 prisonniers des Moudjahidine du peuple ont péri dans l’incendie. Mon frère qui avait perdu connaissance a été sauvé par un prisonnier.

Mais quelques mois plus tard, en juin 83, le procureur de Racht, incapable de briser la résistance dans la prison, a décidé d’exiler quarante prisonniers dont mon frère. Il a été transféré à Evine à Téhéran, puis à Gohardacht à Karaj. Je me souviens qu’en 84, j’ai reçu une lettre de ma famille qui disait :  « j’ai enfin réussi à obtenir une petite visite. Ahmad portait des traces de tortures et de coups. Il m’a raconté très vite ce qui s’était passé  et comment ils l’avaient torturé pendant le mois de ramadan alors qu’il jeûnait. Ahmad m’a demandé de rapporter leur grève héroïque à l’organisation des Moudjahidine. »

Ils avaient fait une grève de la faim pour protester contre les conditions inhumaines en prison  et la sauvagerie du régime.

En mars 88, pour la première fois, j’ai reçu une lettre d’Ahmad. Il avait écrit :

« si je voulais te raconter tout ce que j’ai vécu durant ces années, je pourrais écrire des volumes. Laissons donc le récit de ce voyage forcé et de ces douleurs endurées à un autre moment. » 

Ahmad avait été libéré et cherchait à quitter le pays pour rejoindre la résistance. Mais à mi-chemin, il a de nouveau été arrêté et torturé.

J’attendais son arrivée. Des jours d’attente qui n’en finissaient pas.

Quand j’ai lu les nouvelles sur le massacre, j’ai décidé d’appeler mon père. Et mon père est allé de prison en prison à la recherche d’Ahmad. Mais il n’a rien trouvé, ni nom, ni trace, ni tombe. 

Ahmad avait été pendu comme les 30.000 prisonniers politiques exécutés sur ordre de Khomeiny dans ce massacre.

En 91, les agents du renseignement ont dit à mon père qu’ils l’avaient exécuté dans la prison d’Oroumieh,   dans le nord-ouest de l’Iran, mais ils n’ont pas dit où il était enterré. 

En tant que victime de ce régime, au nom du sang versé des innocents, je veux que justice soit faite. Il faut briser le silence sur ce massacre


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