Commentaire de Gollum
sur L'outil du cogito et ses limites


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Gollum Gollum 7 avril 2019 14:40

@tiers_inclus

Nous voila bien avancé. Vous pourriez dire la même chose d’un mirage dans le désert, même si cette saisie relève d’un méta mirage.

Ben oui c’est un progrès. Cela relativise par là même la « réalité » du monde dit, et supposé, extérieur. Et ça c’est fondamental. Car la vision naïve, partagée par tous, c’est précisément l’incapacité à remettre en cause la « réalité » du monde extérieur.

À partir de là un cheminement peut commencer. Quant au mirage je prends bien soin de faire la différence entre la perception elle-même, qui est vraie, du contenu de cette perception qui elle est support de fantasmagorie.

Il y a pourtant plein de situations dans la vie où l’oubli de ce je est patent.

Ben oui et alors ? Là encore vous ramenez le Je d’Husserl au je naïf de l’homme de la rue. Or ce ne sont pas les mêmes. Car celui d’Husserl est bien plus conscient. Cela se rapproche d’ailleurs de la notion d’éveil du Bouddha. Que le Je d’Husserl soit difficile à maintenir dans sa qualité cela me semble une évidence. Mais cela n’enlève rien à sa force.

Ensuite vous privilégiez les relations. Je vous suis cela va de soi. Sauf que il ne peut y avoir de relations que s’il y a des « choses » à relier. Bref, ne pas faire des relations la seule réalité exclusive.

Sur la physique moderne je vous suis également.

mais il est concevable que le Tout soif figé et ses parties changeantes

Oui si le Tout comprend l’ensemble de l’espace et du temps c’est forcément figé. 
À l’inverse dans une partie du Tout, soumis au temps, le mouvement est la règle.

Une autre façon de le voir c’est qu’il n’y a pas de Je possible sans le monde extérieur, les deux relatas sont coproduits. Ceci relève de la notion bouddhiste d’interdépendance.

Oui, c’est ce que dit Husserl. Toute conscience est conscience de quelque chose. C’est l’intentionnalité de la conscience. Il suffit donc de remplacer la conscience naïve qui est conscience des « objets » « extérieurs » par la conscience de la conscience elle-même. C’est la conscience transcendantale qui se prend elle-même comme objet de conscience. Par là même elle s’intensifie considérablement.

comment lui attribuer une identité, comment lui attribuer une forme, des limites, une différenciation ? 

Pourquoi le faire ?

Cette tentative de faire toucher du doigt la vacuité est en fait vaine par le langage et la pensée.

Là dessus je suis d’accord. Mais on est sur un forum et il est difficile de se passer de mots. D’autre part on peut utiliser des mots pour approcher au plus près tout en sachant que ce n’est pas forcément la meilleure approche et qu’au moins il ne faut pas en être dupe. La théologie apophatique a toute ma préférence pour ces choses là.

Alors elle s’appelle vacuité. Mais la vacuité n’est pas une réalité.

On joue un peu avec les mots là. La vacuité n’est pas une réalité au sens de réalité du monde extérieur mais c’est la seule réalité le reste étant ramené à l’état de mirage. Vous préférez vous débarrassez des mots je préfère me reposer quelque peu sur eux même si je sais que cela peut être piégeur.

Cette saisie consiste justement en l’attachement primordial. Après on ne peut plus que faire appel à ce pseudo moi transcendantal pour s’en détacher et c’est bien évidemment contradictoire.

Marrant car le premier poison du bouddhisme c’est la torpeur. Autrement dit une absence de conscience. Or le Je d’Husserl est exactement l’inverse.

Le lâcher prise étant le remède.

Des remèdes il peut y en avoir une infinité. Le lâcher prise en est un à condition qu’il soit effectué correctement et que ce ne soit pas un avachissement plus proche du sommeil qu’autre chose..

Pour finir sur Husserl : certes il n’a pas atteint l’éveil ultime. Sa démarche reste intéressante malgré tout dans un contexte occidental obsédé par la réalité des choses et l’objectivité maladive..

Il faut savoir tirer parti de tout. Enfin je pense que nous ne sommes pas si éloigné, plutôt des problèmes de vocabulaire et d’incompréhension dus à nos parcours respectifs..

Sur la méditation bouddhiste : elle consiste à se calmer tout en ayant une conscience aiguë de toutes les perceptions en les laissant filer sans opérer de jugement dessus et sans s’y attacher. Les agitations mentales cessent n’étant plus entretenues. Reste la lucidité. Le phénoménologue en mettant de côté le monde extérieur fait quelque peu la même chose, il ne porte pas de jugement dessus et n’en supporte plus la tyrannie.. Je pense qu’il y a plus en commun entre les deux approches que vous ne daignez admettre.


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