Commentaire de Pascal L
sur Du prêcheur pacifique au chef de guerre, Mahomet n'a jamais dit ou pensé que les musulmans devaient islamiser le monde...


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Pascal L 24 février 16:36

@Emile Mourey
« 590 (550 + 40) . C’est la date qu’il faut donner à deux feuillets coraniques anciens récemment découverts »
Quels feuillets ? Où sont les articles qui en parlent ? J’espère que vous ne parlez pas des deux feuillets de Birmingham. Ces feuillets font partie du même ensemble que le Coran de la BN à Paris qui est daté de beaucoup plus tard. La datation au carbone 14 ne fonctionne pas sur ces feuillets à cause des pollutions multiples qu’ils ont reçus depuis leur rédaction. Par ailleurs, même si cela fonctionnait, on ne mesure que l’âge du support qui est souvent effacé et réutilisé. La peau coûte cher. Personne ne sait mesurer l’âge de l’encre. Enfin, le format du document et le type de l’écriture le rapproche indéniablement de la période omeyyade. Il n’y a donc rien de nouveau dans ces feuillets et le sujet est maintenant fermé jusqu’à ce que quelqu’un découvre des éléments nouveaux.

Je suis d’accord pour dire que les isnad ne tiennent pas la route, mais ce n’est pas ce que disent les exégètes de l’islam. C’est grâce à ces isnad qu’ils jugent de l’authenticité d’un Hadith. Ces isnad sont partout et si ils ont été mis sur chaque verset, c’est justement pour expliquer comment la transmission orale s’est passée avant la mise par écrit. Donc, même les Musulmans pensent que la Sirah est une tradition orale jusqu’à ibn Ishâq. Si vous pensez le contraire, il faut apporter des éléments de vraisemblance.

« les initiales les initiales énigmatiques de mḥmt » mais nous n’avons que celles-là qui soient attestées. mḥmd n’existe pas avant l’année 684 et les ambitions politiques de ʿAbd Allah ibn Al-Zubayr, gouverneur de Petra. 
« Mahomet n’a jamais existé, c’était un conseil » C’est votre thèse, mais elle n’est pas étayée. Le textes de l’époque, ceux que je vous ai cité et d’autres parlent d’une seule personne à la tête des armées arabes. 

« impensable qu’ils n’aient pas été recopiés... d’où Tabari » Al-Tabari est probablement un bon écrivain, c’est ce qu’on lui demandait, mais si il a existé d’autres sources que la Sirâh et les ambitions des califes, on devrait en retrouvé la trace, ce qui n’est pas le cas.

« Mme Chabbi, qui est une historienne, maintient La Mecque » J’ai lu Mme Chabbi, mais cela ne prouve pas qu’elle ait raison. Elle n’a jamais démontré ce point et reconnaît qu’elle l’a pris dans la Sirâh sans se poser plus de question. Il est vrai que quand elle a commencé à travailler, les islamologues du début du XXème siècle faisaient encore autorité. Ce n’est plus le cas. Mme Chabbi n’est d’ailleurs pas historienne mais sociologue et la remise en cause de ce point aurait remis en cause la plus grande partie de son travail de sociologue. En effet, elle est partie du principe d’une naissance de l’islam en milieu polythéiste isolé, alors qu’il s’agit d’un milieu chrétien pas du tout isolé. Lisez plutôt la collègue de Mme Chabbi à la Sorbonne : Françoise Micheau qui elle, est historienne.

« Je souligne « on disait » » Vous pouvez, mais une une inscription seule n’est jamais la vérité. En histoire, il n’y a jamais de vérité mais une vraisemblance qui s’obtient par la convergence des sources. Nous avons au moins 4 textes différents qui nous parlent de ce sujet dans les quelques années qui suivent la bataille de Gaza et aucun texte qui nous dit autre chose. Il n’y a aucun texte musulman de l’époque et cette absence est également un indice de vraisemblance des textes restants. Pour les sources, on peut se référer à Alfred-Louis de Prémare « les fondations de l’islam ». J’ai entendu parlé d’autres sources mais je n’ai pas d’infos pour le moment. Peut-être quand j’aurai fini de lire « Le Coran des historiens » récemment paru (3000 pages...)

« en dehors du Hedjaj, l’existence de Mahomet en tant qu’individu ne reposait que sur des « on dit » » C’est le matériau des historiens... Les « On-dit », mais aussi les écrits, les traces épigraphiques, les fouilles archéologiques et les licences des textes musulmans... Dans le Hedjaz, c’est bien pire, personne ne parle de Muḥammad.

« Le nom de Mahomet n’apparait que dans la première Sîra, celle que, dans ma thèse, Abou Becker prêchait, celle que Tabari a recopiée » Comment vous expliquer qu’il n’existe aucun indice permettant de supposer qu’une Sirâh ait pu exister à cette époque ? Il n’y avait encore que des fragments du Coran qui auraient pu exister et ces fragments ont été déformés par la suite.

« comment expliquer la fraicheur et la clarté du livre de Tabari ? » Un bon romancier ?

« Comment expliquer enfin que dans cet islam que l’on dit cultivé, qu’il faille attendre le livre d’Ibn Hichâm qui date du IX ème siècle pour y voir clair » Parce que Ibn Ichâm est également un bon romancier. Nous savons qu’une bonne parti de ce qu’il a écrit ne correspond pas à la réalité connue de la naissance de l’islam. Plus aucun scientifique aujourd’hui ne donne de valeur à la Sirâh d’Ibn Ichâm. Il peut y avoir des vérités, mais personne ne sait où.

« une oeuvre originale que j’attribuerais aux moines de Bahirâ » Quels indices avez-vous pour soutenir votre thèse en dehors de la qualité du style, ce qui me semble peu probant ?

« un peu dans le même style hermétique dans lequel les évangiles ont été rédigés » Pour les Evangiles, ce n’est que l’accomplissement de la parole de Jésus : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Luc 10, 21)


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