Commentaire de lunatique
sur Les mauvais calculs ferroviaires de la région PACA


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lunatique 11 septembre 13:32

J’avais publié ce texte (un peu long pour un commentaire) sur un blog.

Je crois qu’il a sa place ici.

A la fin, c’est quand même assez cocasse.

Je prends très régulièrement la ligne POLT, c’est à dire Paris - Orléans - Limoges - Toulouse. Une grande ligne Nord Sud qui entrait en Espagne par Portbou. Je dis « entrait » car aujourd’hui cette ligne bien longue s’arrête à Brive, quelques fois à Cahors, depuis que l’on rejoint Toulouse par la ligne TGV de Bordeaux.

Cette ligne était devenue tellement secondaire que la SNCF l’avait pratiquement laissée à l’abandon. Il a fallu l’accident de Brétigny-sur-Orge dans l’Essonne, le12 juillet 2013 qui fit 7 morts et plusieurs blessés pour que des travaux d’envergure soient lancés.

Longtemps la ligne a affiché des retards dus à sa vétusté, et à celle des trains, puis à cause des travaux. Mais depuis quelques temps les choses s’étaient améliorées.

Cette ligne, comme sans doute toutes les lignes, fait circuler des « Intercités » et des « TER ». Les Intercités sont les trains de la SNCF et les TER sont des trains gérés par la SNCF pour le compte des régions.

Les Intercités s’arrêtent dans les gares les plus importantes, et quelques fois dans les petites gares. Mais les dessertes des petites gares étant plus rares on peut les rejoindre en s’arrêtant à la grande gare précédente et en empruntant un TER qui, lui, fait l’omnibus. Pour mon compte, je m’arrête à Châteauroux et prend le TER qui suit et qui m’amène à Argenton-sur-Creuse.

Je prends mon billet sur le site de la SNCF qui propose les voyages Intercités plus TER. Mon billet est enregistré sur ma carte voyageur. Jusque là, aucun souci. Mais à mon avant dernier voyage, au moment de montrer ma carte à la contrôleuse du TER pour la dernière partie du parcours, j’apprends que le billet TER n’est plus sur la carte voyageur, car ce ne sont plus les mêmes sociétés. Bien entendu la contrôleuse a la tenue de la SNCF, puisque c’est la SNCF qui opère pour le compte des régions. Elle semble désapprouver cette nouvelle organisation mais m’explique que je dois imprimer mon billet TER à part.

Mais le plus invraisemblable s’est produit au voyage suivant. J’avais pris cette fois-ci un Intercité qui faisait l’arrêt d’ Argenton-sur-creuse et dont le terminus était Brive-la-Gaillarde. Nous étions partis avec quelques minutes de retard, mais tout se passait bien, or voilà qu’en pleine Champagne berrichonne, nous heurtons un sanglier. Le train s’arrête, le mécanicien regarde les dégâts, puis on nous annonce que l’on va à marche réduite jusqu’à Châteauroux. Là, arrêt prolongé sans que les techniciens puissent dire si l’on pourra repartir ou pas.

Un TER est annoncé qui vient d’Orléans et qui desservira toutes les gares jusqu’à Limoges. Le chef de bord de l’Intercité invite donc les passagers à emprunter ce TER qui les mènera au moins jusqu’à Limoges, qui est certainement le terminus de plus de la moité des voyageurs. Joyeusement les naufragés du rail montent dans la chaloupe, elle est pleine à craquer, mais semble prête à convoyer tout ce beau monde. Hésitations, allers et venues des uniformes, on sent que quelque chose grippe. Et on redemande aux gens de regagner le train d’origine, leurs correspondances ne pouvant, soi-disant, pas être assurées si ils arrivent par le TER. Je rappelle pour plus de précision, qu’on ne sait pas si l’Intercité va pouvoir repartir. En prenant le TER, les Limougeauds étaient sûrs d’être chez eux une heure et quart plus tard. En fait, ce dont se sont aperçus les responsables du premier train, c’est qu’il mettait sur le réseau régional une centaine, peut-être plus, de voyageurs sans billet, puisque le billet Intercité permettant de se rendre à Limoges n’était pas valide sur le réseau des régions.

En ce qui me concerne, je restai dans le TER, la gare d’Argenton n’étant qu’à vingt minutes de celle de Châteauroux. Bien m’en prit, car arrivés à Argenton nous avons appris que l’autre train était toujours à Châteauroux et aucun contrôleur ne s’est avisé de demander les billets.

Pourquoi cet incroyable imbroglio, cet incroyable non sens ? A cause simplement de l’ouverture à la concurrence. Il faut que dès que celle-ci sera en vigueur les régions puissent faire intervenir d’autres prestataires. La chose est amusante, quand on pense que la décision de faire rouler un train Orléans-Limoges devra être prise de concert par les édiles d’Orléans et ceux de Bordeaux, car deux régions sont impliquées. A moins qu’un accord fasse que des trains affrétés par la région Centre aillent jusqu’à Limoges avec une compagnie et ceux affrétés par la région Nouvelle Aquitaine aillent jusqu’à Orléans sous une autre bannière.

De toutes les manières, l’opérateur SNCF-région doit se distinguer de la Société Nationale des Chemins de Fer pour pouvoir facilement être remplacé.

Voilà donc la dislocation d’un système qui ne marchait pas si mal. Et ce n’est pas la privatisation anglaise, ni la privatisation allemande qui ont démontré une amélioration substantielle par rapport au service public.

Non, il s’agit seulement de donner au capital en manque de placements des possibilités de rendement financier. Que le système public disparaisse pour offrir au capital des affaires qu’il n’est plus capable de créer lui-même. C’est juste du dépeçage.


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