Commentaire de Pierre-Marie Baty
sur Le conclave de 1958, prélude du concile Vatican II


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Pierre-Marie Baty Pierre-Marie Baty 8 août 12:03

@Et hop !
Oui, c’était indubitablement une société fondée sur les trois ordres sociaux traditionnels mis en lumière par Georges Dumézil.

Nous sommes globalement d’accord, mais je vous trouve excessivement lyrique en décrivant l’époque. Personne n’a besoin de changer un système qui marche et qui assure la prospérité à tous. Or il y avait des problèmes, et d’abord des problèmes d’argent. Turgot (un libéral) et Necker (un banquier protestant) n’auraient pas été appelés à la rescousse si l’état des finances du royaume n’avait pas été désespéré. C’est pourquoi je dis que le colbertisme avait fait son temps. On ne pouvait plus sauver une France dans cet état-là avec les méthodes de Colbert. Il fallait autre chose, mais on ne savait pas quoi, alors on se prenait à rêver d’une théorie financière miraculeuse, sorte de martingale pseudo-scientifique et la théorie anglaise était la bonne candidate. Maintenant, que ce déficit des finances ait été creusé par le gouffre de la guerre, ou par la gestion inique des fermes générales est un autre débat ; mais ce déficit existait et le Royaume a passé les dernières décennies du XVIIIe siècle constamment au bord de la banqueroute (toute comparaison avec une situation actuelle serait, bien entendu, parfaitement fortuite).

Je ne sais pas si le système d’alors était préférable à l’actuel ; mais il n’était économiquement plus tenable. Pendant cinquante années les meilleurs esprits du Royaume (et nous n’en manquions pas) ont tout tenté pour le sauver. Cela n’a pas suffi, et une caste d’imbéciles endoctrinés aux idées « philosophistes », exploitant le mécontentement populaire, en a profité pour jeter hardiment à bas l’édifice vacillant. Seulement, ils se sont aperçus un peu tard que ce n’est pas tout de déclencher une révolution ; encore faut-il savoir la piloter vers un but clair avec une adéquation de moyens, évidence qu’ils n’avaient absolument pas anticipée. C’est ce que Lénine a compris en étudiant la Révolution Française et en visitant la Vendée ; c’est de notre expérience française qu’a découlé sa théorie révolutionnaire.

Mais nous nous sommes quand même assez écartés du sujet de l’article. Pour y revenir, je continue de soutenir que voir un complot sophistiqué revient souvent à sous-estimer la bêtise humaine, et que la consultation des documents d’époque m’a permis de revenir de bien des théories de ce genre. Il a existé et il existe encore des complots dans l’Histoire du monde ; mais ce sont les plus insignifiants qui réussissent. Plus leur enjeu est grand (étendue dans le temps, étendue dans l’espace, nombre de personnes impliquées...), plus leur échec est assuré. C’est une corrélation statistique difficilement réfutable. Et pour conclure, faire l’effort de se renseigner par soi-même sur ces sujets permet de lever bien des doutes et n’est jamais une perte de temps.

Bien à vous


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