Commentaire de Séraphin Lampion
sur Course aux trésors : On recherche l'original de l'icône achéropite de la Ste Vierge attribuée à St Luc


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Clark Kent Séraphin Lampion 11 août 09:01

L’écrit le plus ancien affirmant que saint Luc aurait peint les traits physiques de Marie est dû à Theodorus le lecteur, clerc Bizantin à Sophie de Constantinople et date de 520 environ. Il a écrit : « Eudoxie envoya à Pulchérie, de Jérusalem, l’image de la Mère de Dieu qu’a peinte l’évangéliste Luc ».

Eudoxie était l’épouse de l’empereur régnant d’Orient Théodose II. Pulchérie était la sœur de cet empereur et elle avait fait construire trois églises à Constantinople et avait fait installer le portrait envoyé par sa belle-sœur dans la plus importante, celle des Hodigoi, d’où le nom de ce portrait : Hodigitria.

Dans son livre "II Primato della Chiesa di Roma" publié en 1991, l’archéologue Margherita Guarducci a expliqué que cette image était peinte à l’encaustique sur une planche de bois et qu’il s’agissait d’une imago clipeata, pièce de bois ronde portant la tête seule, peinte plus grande que nature, complétée par des artistes locaux qui auraient inséré ce visage dans un tableau plus important comprenant aussi l’enfant Jésus.

Vénérée par des foules venues même de Russie, d’Egypte ou de la Péninsule Ibérique, elle a été l’objet de rites particuliers jusqu’en 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs qui auraient détruit l’image à coups de hache et l’auraient jetée dans les eaux du Bosphore. Des copies en avaient été faites, et l’une d’elles, « la Vierge de la Passion », vénérée à Moscou aurait été l’objet de miracles, mais la plus célèbre est l’image connue sous le nom de « Notre Dame du Perpétuel Secours » conservée l’église Saint Alphonse à Rome.

Cette copie aurait été exécutée par le moine saint Lazare qui a eu les mains brûlées par ordre de l’empereur iconoclaste Théophile. Mais la plus ancienne copie et sans doute la plus proche de l’original a été découverte à l’église de Françoise Romaine sur le Forum par Pico Cellini en 1950. Elle se trouvait sous plusieurs autres madones peintes en superposition à différentes époques.

Pour Margherita Guarducci, cette icône peinte à l’encaustique serait la copie sur empreinte directe de l’Hodigitria exécutée entre 438 et 439 à Constantinople puis envoyée à la fille de l’Empereur Théodose II et d’Eudoxie qui avait épousé l’empereur d’Occident Valentinien III et qui résidait avec son mari à Ravenne.

Le couple l’aurait apportée à Rome sur le Palatin où l’image serait restée au moins jusqu’à la moitié du cinquième siècle, pour être transférée d’abord à Marie Antique puis avec une des « retouches », à Marie Nouvelle ensuite appelée Françoise Romaine.

Mais du tableau original, de cette Hodigitria de Constantinople, il ne reste plus rien, plus rien que des copies, même si une rumeur qui remonte au début du dix-neuvième siècle prétend que le dernier empereur d’Orient Baudouin II, fuyant Constantinople en 1261, avait emporté avec lui la tête de l’Hodigitria et que la famille d’Anjou, l’ayant obtenue par héritage, avait créé, pour elle et avec elle, la grande icône du Sanctuaire de Montevergine près d’Avellino : le bois sur lequel est peinte la tête de la Vierge serait de nature différente, et des traces de peinture plus ancienne seraient apparues sous la peinture médiévale de l’icône.

Or, aucun élément factuel ne vient étayer cette rumeur.


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