mercredi 9 octobre - par rosemar

Du Caravage à Cartier-Bresson...

 

JPEG Hugues Romano est un ophtalmologiste, spécialiste de l'imagerie médicale : il pratique depuis longtemps la photo, la peinture et la gravure... il a donné à Nîmes une conférence passionnante intitulée : "Il a tué la peinture ? Du Caravage à Cartier-Bresson..."

 

Hugues Romano est né à Arles, il était adolescent au début des rencontres Photos d'Arles, un ami de son père était un des créateurs, une des petites mains de ces rencontres.

Cet ami connaissait bien Cartier-Bresson, le célèbre photographe et Hugues Romano s'est intéressé assez tôt à la photographie, aux images et bien sûr à l'oeuvre de Cartier-Bresson.

Plus tard, il a même rencontré le célèbre photographe...

 

Il nous montre au cours de sa conférence que Cartier-Bresson faisait des photos comme on dessine... cadrer, faire des perspectives, construire l'image comme un graphiste, un peintre...

D'ailleurs, Cartier-Bresson a commencé à faire du dessin et de la peinture, il avait une culture classique picturale vraiment solide...

 

Et Hugues Romano en voyant certains clichés de Cartier-Bresson n'a pu s'empêcher de penser aux oeuvres du Caravage...

 

Car Le Caravage représente souvent de manière spectaculaire un temps particulièrement court, un instant, il peint des tranches de vie... comme peut le faire un photographe... ce qui fait songer à "l'instant décisif" de Henri Cartier-Bresson.

Une chose étonnante : dans une lettre adressée à un de ses clients et ami, Fréart de Chantelou, Nicolas Poussin avait écrit à propos du Caravage : "Il va tuer la peinture !"

Pourquoi un tel jugement si radical ?

Difficile de l'expliquer... peut-être parce que Le Caravage bouscule les codes picturaux de son époque, il peint avec une technique très moderne.

 

Sur de nombreuses photos de Cartier-Bresson, les personnages sont en mouvement, en action, ils ne sont que de passage, on a l'impression qu'ils se déplacent et vont sortir du cadre.

 

On retrouve ce mouvement dans les toiles du Caravage : ainsi, dans la vocation de Saint-Mathieu, le Christ et Saint Pierre sont au bord du tableau et viennent d'entrer dans la pièce où se trouve Saint-Mathieu, en train de compter son argent avec d'autres acolytes.

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L'Arrestation du Christ représente un épisode du Nouveau Testament au cours duquel Judas vient à la rencontre de Jésus et l'embrasse afin de le désigner aux soldats qui viennent pour l'arrêter. Sept personnages sont représentés à mi-corps, au sein d'une composition très dense qui joue sur les expressions, les mouvements et les jeux d'ombre et de lumière. Parmi ces personnages apparaît un homme porteur d'une lanterne : il s'agit vraisemblablement d'un autoportrait du peintre lombard.

Dans ce tableau, on retrouve cette même impression de mouvement, le Christ est poussé vers la gauche par des hommes en armes, le porteur de lanterne vient de rentrer dans l'espace de la toile, un autre s'apprête à en sortir...

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Dans une autre toile Judith décapitant Holopherne, au bord du tableau, se trouve une suivante, une vieille dame, prête à recueillir la tête avec un sac dans les mains : elle rentre dans l'image, elle va en ressortir.

On n'est pas dans un espace global, à l'inverse des peintures de Nicolas Poussin.

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Dans une autre toile, Saint-Mathieu et l'ange, on voit l'ange qui vient souffler à l'évangéliste ce qu'il fallait qu'il écrive... l'ange rentre dans l'image et lui explique ce qu'il faut faire... et Saint-Mathieu n'a même pas le temps de s'asseoir, il faut aller vite, c'est vraiment l'inspiration du moment.

 

Autre caractéristique : Le Caravage représente souvent ses personnages avec des habits contemporains : on est dans une dynamique théâtrale.

 

On l'a vu : Le Caravage représente souvent des moments, des instants de vie...

Chez les Grecs, le dieu Kairos est un petit dieu ailé de l'opportunité, qu'il faut saisir quand il passe. Il a des ailes, il a un toupet de cheveux : au moment où il passe, on tend la main pour saisir sa touffe de cheveux et on saisit alors l'opportunité... Parfois, on ne le voit pas car il est tout petit, parfois, on le voit, mais on ne fait rien.

Le kairos est le temps du moment opportun. Il qualifie un moment.

Dans le langage courant, on parlerait de point de basculement décisif, avec une notion d'un avant et d'un après.

Ainsi, dans une oeuvre de jeunesse, Le garçon mordu par un lézard, Le Caravage peint le moment où le garçon est agressé, on est bien dans l'instant décisif.

 

Dans Le Souper à Emmaüs, le peintre représente le moment où les pèlerins d'Emmaüs réalisent brutalement qu'ils ont face à eux le Christ ressuscité. Les trois compagnons sont figés dans un effet de surprise...

 

Si le peintre Poussin est dans une narration, Le Caravage, lui, s'intéresse plutôt au visible : des images choc, des instants, il développe un nouveau sens de la réalité lié à ce qu'il voit. Les corps sont ceux de ses modèles, beaux ou laids, les détails sont ceux de la vie quotidienne, les sentiments sont ceux de la douleur et de la violence... un nouveau langage pictural se met en place, questionnant le concept de beauté.

Et bien sûr, les tableaux du Caravage font songer à ce que sera la photo de reportage.

Réalisme, force dramatique, cadrage, effets de surprise, l'oeuvre du Caravage est d'une modernité absolue.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2019/09/du-caravage-a-cartier-bresson.html

 

 



10 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 octobre 10:19

    Chacun son truc, certains disciples du Caravage choisissent la photo, et d’autres choisissent le fromage.


  • Clocel Clocel 9 octobre 10:43

    Tout est bon chez Caravage, même ses larmes.

    https://www.youtube.com/watch?v=GrO2va4SBlc


  • mmbbb 10 octobre 10:35

    Le Caravage a aussi inspire les cinéastes italiens . Ceux ci prenaient les gens du peuple et les montraient en gros plein , la trogne , l expression de leur visage , leur regard . Par ailleurs lors de l age d or de cette période, les prises de vue etaient aussi soignées .«   Fellini le dit 

    Caravage : »Il va tuer la peinture !«   » non il fut oublié pendant pres de 2 siecles, et ce n est qu au XIX , que ce génie fut ressorti de l obscurité .

    D ailleurs il connu , comme beaucoup d artistes , une sombre fin en s echappant des prisons de Malte apres avoir tombe en disgrace . Il fut retrouve mort sur une plage 

    Quant aux artistes a cette epoque , ils n avaient pas l aura que l on leur accorde aujourd hui. 

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