mercredi 28 février - par C’est Nabum

Où trouvez-vous tout ça ?

 

Il suffit de chercher la petite bête…

 

Pas plus tard qu'hier, dans une pharmacie même, une fidèle lectrice qui m'y croisa par hasard, m’interpela à haute voix devant une préparatrice dubitative : « Où trouvez-vous tout ça ? » La question me semble-t-il ne suppose qu'une seule réponse : « Il suffit de chercher la petite bête ! » ou bien alors un long développement.

Il est du reste indispensable de préciser au préalable que l'écriture relève d'une discipline analogue à celle du musicien qui quotidiennement fait ses gammes. La pratique et les rituels de mise en route suppléent parfois l'absence d'inspiration. Les autres fois, un curieux miracle a lieu durant la nuit, dans les mystères d'un sommeil qui a la judicieuse fonction d'installer le décor du prochain billet.

Dans pareil cas, il ne me reste qu'à me réveiller en tentant de ne rien perdre de ce qui m'apparaissait de manière limpide. Il faut bien admettre qu'il y a des perditions et c'est sans doute les limites d'un passage de l'inconscient au conscient, avec sans doute, une mise en branle des barrières et des protections du sur-moi.

Ce sont les autres jours, beaucoup plus fréquents, qui méritent examen d'inconscience. Car telle est la meilleure manière de définir cette assuétude rédactionnelle qui en outre, use de l'outrecuidance de proposer aux autres ce que les experts en littérature jugent sans valeur. Que se passe-t-il dans ce cerveau fissuré pour déclencher un processus créatif ?

Il y a des complices involontaires qui méritent ici mes plus sincères remerciements. Les nouvelles radiophoniques du matin mettent souvent en scène ces héros de l'absurde et de l'ignominie que sont nos élus. Avec eux, c'est un régal, non pas pour tenter de décrypter l'incompréhensible, je n'ai pas cette prétention, mais pour saisir la pirouette, le nouvel élément de langage, la belle expression soufflée par leurs officines de communication qui est jeté en pâture pour cacher l'essentiel.

Alors, je tombe à pieds joints dans le panneau pour tirer les ficelles de ce nouveau colifichet que ces hauts responsables agitent devant les gogos. La dérision, le contre-sens, la farce servent ainsi de catharsis pour supporter cette guignolade permanente. Bien sûr, ça n'a d'autre intérêt que d'amuser les rares personnes qui ne sont plus dupes tout en conservant le sens du second degré.

Il arrive parfois que les Bonimenteurs professionnels soient en panne sèche. Il me faut alors aller chercher ailleurs. N'ayant pas l'exclusivité du burlesque ou de l'odieux involontaire, ils sont relayés par les sportifs et les notables de tous acabits. C'est moins brillant mais il convient de faire avec.

Puis il y a les commandes, les attentes, les requêtes. Je n'en manque pas. Je suis même parfois attendu pour évoquer un spectacle alors que curieusement, je ne suis pas bon à être au programme de la place. Je me résigne à n'avoir d'intérêt que pour ce seul aspect de mon travail auprès de gens qui n'ont d'ailleurs même pas la délicatesse de se passer totalement de moi.

Ce que j'aime par-dessus tout ce sont les rencontres et les témoignages qui alimentent un imaginaire qui a besoin d'un coup de pouce pour se mettre en branle. C'est alors un plaisir que de prendre un biais pour jouer l'observateur au regard torve. Le souci de l'exactitude n'étant nullement ce qui me guide, répondant souvent que je ne suis pas journaliste.

Enfin, il me reste parfois notre langue, riche en expressions qu'il convient de revisiter, remettre à l'honneur ou simplement travestir. Et pour elles comme pour tout le reste, il s'agit tout simplement de regarder autrement, de sortir des sentiers rebattus pour aller sur les chemins de traverses. Bonne route à vous tous.



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