mercredi 25 mars - par C’est Nabum

Paulette, une femme dans le vent

 

Éole dans tous ses états

 

 

 

Quand on a que le vent


Pour aller de l'avant

L'espace d'un instant

Ou encore plus longtemps


Quand on n’a que la voile

Pour suivre une étoile


Un rêve qu'on dévoile


Au milieu de la toile


 

Éole, dieu du vent montre l’importance de cette force motrice jadis avant que les éoliennes d’aujourd’hui ne viennent rappeler son bon souvenir aux humains en mal d’électricité. Le vent avant que de faire tourner d’immenses pâles, permettait aux moulins de tourner, aux bateaux de voguer. Quant aux éoliennes d’antan, elles permettaient de faire monter l’eau des nappes phréatiques. Rappelons à ce titre la magnifique création des frères Bolet, les célèbres fondeurs de cloches abraysiens.

Les girouettes se contentaient si on ose dire ainsi de montrer la direction du vent pour la simple et bonne raison qu’elles informaient du temps à venir. Le bulletin météorologique n’existait pas tandis que les humains, proches de la nature, avaient grand besoin d’établir des prévisions fiables sans le sourire d’une jeune femme qui n’a sans doute jamais enfilé des bottes en caoutchouc. C’était un temps où le ciel ne faisait pas des caprices ; en examinant le ciel et en connaissant la direction du vent, les anciens pouvaient prédire le temps de manière fiable. Notre territoire était donc couvert de girouettes et celles-ci se trouvaient placées sur un hangar de manière à être visible de la ferme.

« La girouette de ma maison, c’est surtout mon voisin qui en profite. Moi, il faut que je sorte pour la voir ! » Certains moulins disposaient d’un système astucieux : un témoin fixé sur une tige, rendait compte à l’intérieur de l’habitacle, des déplacements de la girouette sur le faîtage.

Le vent était tout particulier l’allier des mariniers de Loire. Le vent de soularne ; celui qui venait d’Est leur assurait une avalaison tranquille quand ils se dirigeaient vers l’Océan. À contrario, pour la remonte, les vents favorables étaient le Galarne ou le Surois. Les vents venant de l’ouest permettaient enfin de revenir au foyer tandis que les femmes des mariniers allaient prier Notre Dame de Recouvrance pour que le vent leur ramène sans encombre leurs époux. La girouette montrait si leurs prières avaient été exhaussées.

Le marin découpait lui-même sa girouette représentant son propre bateau. Le musée de la Marine de Loire de Châteauneuf sur Loire possède une magnifique série de ces petits chefs d’œuvre. La plus remarquable sans doute est ce grand Girouet * sculpté dans le bois représentant un chaland surmonté de l’aigle impérial. Hissé en haut du mât les jours de fête, ce girouet était garni de banderoles de couleur qui flottaient au vent.

 

* Les mariniers avaient besoin de girouettes sur leurs embarcations. Pour détourner l'interdiction de la girouette pour les manants, ils avaient transformé le mot et le prononçaient « guirouet » pour montrer leur indépendance d’esprit. Les girouets étaient également destinés à conjurer le sort avec par exemple ce monstre marin représenté sur l’une d’elles afin d’intimider les dieux maléfiques responsables des naufrages.

 

Quand les mariniers allaient jusqu’à Nantes, ils voyaient de superbes goélettes en partance pour des destinations lointaines. Influencés par ces bateaux, désireux eux aussi de faire de grands voyages, nombreux sont ceux qui établirent sur leur demeure des girouettes représentant des navires hauturiers. Une manière d’influencer leur destin peut-être …

 

Histoire de Girouettes.

Une passion dans le vent


 

Ma petite girouette
Rien qu'un brin de vent
Te fait tourner la tête.
Ma petite girouette

N'as-tu dans la tête
Que du vent ?


 

Georges Chelon


 

Placées sur leur perchoir, elles ont été témoins de tant de scènes qu’il est bon de venir interroger nos belles girouettes sur le comportement de ces êtres si versatiles que sont les humains.

Une femme, isolée dans son exploitation nous raconte : « J’ai été si heureuse dans la ferme où travaillaient mes parents quand j’étais petite que j’ai voulu la même girouette placée sur le toit de mon enfance dans ma ferme afin qu’elle m’apporte autant de bonheur ! » C’était une jolie gerbière tirée par deux chevaux. Les deux fois où Paulette s’est rendue sur place, la girouette était entourée de colombes …

Certaines girouettes sont si naïves que l’on les croirait dessinées par des enfants ! Les détails sont certes scrupuleusement respectés mais avec un tel manque de proportion qu’on en vient à s’interroger. Ainsi une très ancienne girouette vendéenne représente un paysan chouan qui mène une charrue. L’homme est imposant, le bœuf tout petit et que dire de la fillette apportant son repas ? L’imagination des artisans traduit en ce domaine désir et poésie tout aussi que leur rancœur vis-à-vis du pouvoir, de la situation, des contraintes du métier.

Dans ce registre, la girouette de ce fils dont les parents ont refusé l’héritage suite à un remariage qui leur a fortement déplu. Le bafoué a découpé dans la tôle les effigies de sa famille et couvrant ces personnages, il a découpé le texte suivant : « Au déshérité ». Ainsi tout le monde savait le mauvais tour qu’on lui avait joué, il suffisait de lever la tête. L’expression : « On l’a crié sur les toits ! » trouve dans pareil cas sa plus parfaite illustration. Le vent se voit confier ressentiment et colère par le truchement d’une expression qui remplace bien des médications. Le Nivôse supplée à la névrose !

Un maréchal ferrant équipa son toit d’une girouette quelque peu suggestive représentant des fers et un cheval en pleine forme. Nommée « Au cheval gaillard » cette enseigne à tous les vents indiquait à qui voulait bien le comprendre que l’artisan non seulement ferrait les chevaux mais que de surcroit il pouvait aussi les castrer. La période contemporaine n’échappe pas à ces pratiques. Ainsi un employé EDF de Saint Laurent des Eaux a coiffé sa demeure d’une girouette représentant les tours de refroidissement de la centrale. Un ferronnier bien connu dans l’Orléanais a représenté sur son toit toute sa petite famille par des silhouettes découpées à contre-jour. Un artiste peintre quant à lui, se représente près de son chevalet, admirant la Loire sous les différents angles que lui offre le sens du vent. Bel hommage au grand fleuve.

Au cours d’une promenade au bord du Lien (un affluent de la Charente) notre chercheuse à découvert la girouette : « La Belle carriole ». Elle représente une voiture avec cheval et chien évoquant directement la toile du Douanier Rousseau. Dessiné et découpé par son propriétaire, cet équipage a procuré maintes promenades agréables si bien que la photo de la girouette figure dans l’album de famille entourée d’un cœur. L’œuvre de ferronnerie se trouve sur le toit d’une belle maison du XVIIe siècle.

 



13 réactions


  • San Jose 25 mars 13:04

    Le virus aboie, la Loire passe. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 25 mars 13:22

      @San Jose

      Cette remarque est absolument abjecte


    • San Jose 25 mars 14:10

      @C’est Nabum
      .
      Je me demande si vous n’en étendez pas le sens en fonction d’une sensibilité exacerbée. 
      Je voulais dire que le tragique de la situation rend bien peu de chose des articles si secondaires. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 25 mars 16:52

      @San Jose

      Il faut que les gens pensent aussi à autre chose

      Pardon pour cette réaction comme souvent excessive


  • Loatse Loatse 25 mars 14:41

    merci pour le partage, c’est nabum.. on a tout de même un joli patrimoine (girouettes, clochers, vieilles enseignes de commerces.. et encore bien des talents.

    La « revanche du déshérité » c’est pas mal, ca... il a dû y en avoir des soupes à la grimaces chez les ratchous ! :)


    • C'est Nabum C’est Nabum 25 mars 16:56

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Prémonitoire oh combien

      Mille ans auront passé et l’homme aura gagné le fond des mers et des cieux
      et il sera comme une étoile au firmament.

      Il aura acquis la puissance du soleil et il se sera pris pour Dieu,
      bâtissant sur l’immense terre mille tours de Babel. (6)

      Il aura construit des murs sur les ruines de ceux qu’avaient élevés les Empereurs de Rome, et ils sépareront une nouvelle fois des Légions et des Tribus Barbares.

       
      Au-delà des grandes forêts sera un Empire.
      Quand les murs s’effondreront l’Empire ne sera plus qu’une eau boueuse.
      Les peuples seront une nouvelle fois mêlés. (7)

      Alors commencera l’An Mille qui vient après l’An Mille.

      Je vois et je sais ce qu’il sera.
      Je suis le scribe.

      Lorsque commencera l’An Mille qui vient après l’An Mille l’homme sera devant la bouche d’ombre d’un labyrinthe obscur.
      Et je vois au fond de cette nuit dans laquelle il va s’enfoncer les yeux rouges du Minotaure.

      Prends garde à sa fureur cruelle, toi qui vivras l’An Mille qui vient après l’An Mille.


  • Jjanloup Jjanloup 25 mars 17:58

    Bonjour Nabum.

    Merci pour cette balade « déconfinante »... smiley


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