jeudi 30 juillet - par rosemar

Pour le plaisir des mots : le navire !

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Pour le plaisir des mots : le navire !

 

C'est le moment de voyager, de prendre la mer sur des navires élégants, fiers coursiers qui traversent les ondes...

 Baudelaire évoque, souvent, dans son oeuvre, des rêves de voyage et d'évasion : il imagine des traversées sur des mers houleuses, vers des pays lointains. Dans un de ses poèmes, Le voyage à Cythère, on retrouve cette thématique :

"Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux 
 Et planait librement à l'entour des cordages ; 
 Le navire roulait sous un ciel sans nuages ; 
 Comme un ange enivré d'un soleil radieux."

 

Le mot "navire" nous emporte sur des mers, aux flots sans cesse mouvants et ondoyants, des étendues infinies de bleu où le ciel et la mer se rejoignent et se confondent...

Il nous fait chavirer, avec ses voyelles bien distinctes, le "a" bien ouvert, le "i" plus aigu, la fricative "v", pleine de douceur, la gutturale "r", plus âpre...

 

Le mot nous fait goûter des embruns virevoltants, des odeurs d'écumes et de liberté, des envolées de mouettes sur la crête des vagues, des senteurs d'algues marines.

Envie de voyages et de découvertes, aventures sur les ondes, mystères... le navire, c'est, d'abord, l'épopée d'Ulysse, histoire fondatrice qui nous emmène sur les rives de la Méditerranée.

 

Le mot est issu, d'ailleurs, d'un ancien terme grec : "ναῦς, naus", "le navire". Homère utilise ce nom, maintes fois, dans l'Odyssée.

On y voit des navires emportés par des vents favorables sur le "vaste dos des mers", "ἐπ᾽ εὐρέα νῶτα θαλάσσης", belle image qui sert à diviniser et personnifier l'étendue marine.

 

Le mot nous fait voir des voiles chahutées, aux teintes éclatantes sur le bleu des vagues, des cahots, des lumières éblouissantes de reflets sur les ondes...

Des chaloupes fragiles emportées par les flots, des tempêtes, des apaisements, le flux et le reflux, les paroles ondoyantes de la mer, ses fureurs...

 

Le mot semble révéler élégance et fragilité, il était, ainsi, féminin aussi bien en latin qu'en grec, avec les formes "navis" et "naus".

Le terme ancien "la nef" avait gardé cette marque pleine de charme.

On perçoit une sorte de délicatesse, de finesse, dans ce nom, plus que dans le terme "bateau", issu, lui, de l'anglais "bat", "boat".

 

"Le navire, la nef, naviguer, navigation, nautique, nautisme, nautonier, navette, internaute", de nombreux mots sont dérivés du nom "navis".

De là vient, aussi, le nom du "Nautilus", le sous-marin de l'oeuvre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers.

On perçoit des mots variés dont certains sont anciens, d'autres évoquent des réalités pleines de modernité : l'internaute est celui qui "navigue" sur internet.

 

On voit que ce radical, issu du grec ancien, "naus" a connu une belle continuité, il a traversé les siècles, nous est parvenu presque intact, avec, parfois, des évolutions de sens intéressantes.
 

Voilà un mot venu du passé qui nous fait voyager vers des îles lointaines, des paysages éblouis de soleils, des images d'étendue marine aux reflets étonnants...

Voilà un terme "homérique", par excellence, qui nous fait remonter à l'épopée primitive : l'Odyssée, les sources mêmes de notre littérature...

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Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/07/le-navire-roulait-sous-un-ciel-sans-nuages.html

 



45 réactions


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 juillet 14:03

    Article bateau.


    • Fergus Fergus 31 juillet 08:49

      Bonjour, Aita Pea Pea

      Où rosemar, obnubilée par ses horribles « fricatives » et « gutturales », a oublié de préciser que,,jusqu’à un passé récent, on n’embarquait jamais de femmes dans les équipages. Dans les chansons de marin, on parle, concernant celles-ci, de « poulies coupées ».


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 juillet 14:28

    « On perçoit une sorte de délicatesse, de finesse, dans ce nom, plus que dans le terme »bateau« , issu, lui, de l’anglais »bat« , »boat« .  »

    Sauf que le mot « bateau » a la même origine que le mot « bateleur », manipulateur habile, car le « batel » était une barque de rivière nécessitant une certaine habileté pour éviter écueils et bancs de sable. On retrouve le terme dans de nombreux parlers régionaux et langues :

    •  Bourguiguignon : baiteà
    • Provençal : batelh
    • Catalan ancien : batell
    • Espagnol : batel
    • Portuguais : bote
    • Italien : batello, battello, batto.

    En ancien français, un « bastel » (au singulier, li batels, li batiaus au nominatif, le batel au régime ; au pluriel, li batel au nominatif, les batels, les batiaus au régime) était un instrument d’escamotage..

    Si le mot est en effet apparenté au vieil anglais « bat », ou au vieux norrois « bátr », boat en anglais, Boot en allemand, båd en danois, issus d’un du radical germanique « baitaz », l’étymologie est à la fois germanique, celtique et latine : kymri, bâd ; irlandais bàd. Batel est un diminutif. Le terme primitif a été conservé dans l’italien batto, et le bas-latin batus. Dans l’ancien français, et il faut remonter à la racine commune indo-européenne beyd (« briser, fendre ») pour déterminer le cheminement de ce mot.


  • Clocel Clocel 30 juillet 14:46

    Pour le plaisir des mots, j’aurais causé de la Pinasse !

    En voilà un mot rond en bouche ! Comment !?

    OK, je sors...


  • rosemar rosemar 30 juillet 14:58

    Du latin « pinus » Apparenté [1] au grec ancien πίτυς, πίττα, pítus, pítta (« pin, résine »)


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 juillet 15:02

      @rosemar

      Pinocchio : l’oeil du pin


    • rosemar rosemar 30 juillet 15:09

      @Séraphin Lampion

      « Pinocchio » signifie en toscan : « pignon » (« pignolat » en provençal, « pinolo » en italien). C’est la graine comestible du pin parasol (ou « pin pignon » — Pinus pinea) dont l’amande protégée par une fine coquille, se trouve à l’intérieur du cône ou pomme de pin (ou encore la pigne en provençal, pigna en italien). Une adaptation allemande de Pinocchio du début du siècle dernier s’appelle ainsi Zäpfelkerns Abenteuer (Les Aventures de Pignon, Zäpfelkern traduit littéralement donne noyau de pomme de pin). Ce mot toscan du xixe siècle est tombé en désuétude et n’est plus utilisé de nos jours.

      Le Toscan Fernando Tempesti, chercheur en littérature et un des meilleurs spécialistes de Pinocchio, précise que dans la langue de Geppetto, le toscan du xixe siècle, « pinocchio » signifie « petit pignon » qui voudrait dire également dans la langue secrète de Collodi : « petit crevard ». Cette expression renvoie à l’Arlequin de la commedia dell’arte florentine qui se nomme Stenterello, tout aussi famélique que Pinocchio.

      Avant de s’appeler Pinocchio, il s’était appelé Arlequin, Polichinelle, ou Stenterello. Il fait partie des personnages, des caractères immuables qui ont, de tout temps, servi de point fixe à l’improvisation. Nous retrouvons ici le statut populaire et pauvre de ce personnage fait non pas dans du bois « noble », mais dans « une simple bûche prise dans le tas de bois à brûler, de celles que l’on met en hiver, dans le poêle ou dans la cheminée pour allumer un feu et réchauffer les chambres.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pinocchio# : :text=et%20en%20os.-,Origines%20du%20nom,%C2%AB%20pinolo%20%C2%BB%20en%20italien).&text=Cette%20expression%20renvoie%20%C3%A0%20l,tout%20aussi%20fam%C3%A9lique%20que%20Pinocchio.


  • cevennevive cevennevive 30 juillet 15:22

    Bonjour rosemar,

    Lorsque j’évoque les bateaux, c’est pour me rappeler, ou relire, les récits de voyage de Bernard Moitessier ou les traversées épiques de la Mer Rouge par Henri de Monfreid.

    Je déteste ces gros navires qui ressemblent à des villes et qui transportent des imbéciles qui appellent « voyage » les fêtes des écervelés milliardaires, ou à ces énormes containers qui véhiculent des marchandises inutiles parfois et qui polluent.

    Les voiliers sont si beaux, ils ressemblent à des mouettes posées sur l’onde. Mais les tempêtes les rendent fragiles. Ils transportent des mystères et des espoirs.

    Et même la pauvre barque du « vieil homme et la mer » m’apparaît comme une vie à part entière.


    • rosemar rosemar 30 juillet 15:31

      @cevennevive

      MERCI pour ces jolies références, et ces belles évocations...


    • Clocel Clocel 30 juillet 15:34

      @cevennevive

      En tête de liste vous auriez pu mettre joshua Slocum, « Seul autour du monde », et ne pas rater la chère Annie Van de Wiele et Nicole Van de Kerchove...


    • cevennevive cevennevive 30 juillet 16:36

      @Clocel, bonjour,

      Oui ! En effet. J’ai les livres de Josua Slocum : Seul autour du monde« , »navigateur en solitaire« , celui de Shaeckleton : »l’odyssée de l’Endurance« , etc 

      Un rayon entier de ma bibliothèque est occupé par des ouvrages tels que ceux, de
      Bougainville : »Voyage autour du Monde« , d’Alain Bombard »les grands navigateurs« , de Francis Drake : »Récit des voyages", et toute l’oeuvre d’Henri de Monfreid bien entendu.

      Je n’oublie pas aussi ceux d’Ella Maillart bien qu’elle n’ait pas été une grande navigatrice, mais une grande voyageuse, comme Alexandra David Neel.

      Je rêve et voyage par procuration. Car, lorsque j’ai voyagé au loin, j’ai toujours pris l’avion...


    • JC_Lavau JC_Lavau 30 juillet 17:57

      @cevennevive. Quand j’ai racheté ce petit croiseur, je ne soupçonnais pas à quel point je jouais le même jeu qu’Antonius Block, le chevalier qui joue aux échecs contre la mort. Mais c’est quand même la Camarde qui gagnera, ne serait-ce qu’à l’usure.

      D’origine, il n’était conçu que pour des sauts de puce à la journée, avant de redevenir une petite caravane pour petite famille nucléaire sitôt un port ou un abri rejoint. J’avais une autre idée de la croisière côtière, avec une ou deux couchettes occupées sous voiles. Beaucoup, beaucoup de travail... Tic tac tic tac...


    • rosemar rosemar 30 juillet 23:07

      @cevennevive

      MERCI pour toutes ces références littéraires...


    • rosemar rosemar 30 juillet 23:10

      @cevennevive

      Le livre : une invention révolutionnaire...

      http://rosemar.over-blog.com/2015/07/une-invention-revolutionnaire.html


    • cevennevive cevennevive 31 juillet 08:25

      @rosemar,

      Superbe vidéo ! Merci !
      Elle me touche d’autant plus que je pense exactement la même chose.
      J’aime mes livres. Je les garde et les soigne. Parfois même je les caresse comme s’ils étaient des êtres vivants.
      Ils me racontent tant d’histoire !


  • Slipenfer 1er Slipenfer 1er 30 juillet 16:42

    superbe peinture grec ,une scène incroyable de la vie antique

    https://storage.canalblog.com/79/88/1679409/127336260_m.jpg?120809


    • cevennevive cevennevive 30 juillet 16:53

      @Slipenfer 1er, bonjour,

      Ulysse, lui, s’était fait attacher au mât de son navire pour ne pas entendre le chant des sirènes. C’était un sage...
      Aujourd’hui, peu de gens agiraient ainsi. Pourtant le chant des sirènes est toujours aussi tentant.


    • Slipenfer 1er Slipenfer 1er 30 juillet 19:36

      @cevennevive
      Il y a un age ou il est impossible de résister aux chants des sirènes,mais c’est pas possible de s’attacher à un mat au milieu du désert en plus,peut-être un parc mètre, en ville.Pauvre de nous soumis aux hormones,phéromone qui nous aveuglent et nous font courir dans tous les sens comme un lièvre fou.


  • Decouz 30 juillet 16:55

    Les cathédrales et les églises ont une nef, navire inversé, navigation céleste.

    La navette du tissage semble avoir la même origine, toujours navigation, aller-retour.

    Hindi (donc sanskrit je présume), le noyau (?) est bien antérieur au grec : naawa.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 juillet 18:12

      @Decouz

      c’est surtout que seuls des charpentiers de marine étaient capables de réaliser une structure aussi importante : ils construisaient tout simplement un vaisseau renversé
      L’église de Honfleur (toute en bois) est une vraie démonstration de ce point de vue : on voit très bien de l’intérieur que le toit est un bateau.

      lien


    • Decouz 30 juillet 19:25

      @Séraphin Lampion
      oui mais toutes les églises n’étaient pas au bord de la mer.
      A ce propos une émission d’Arte sur Londres Amsterdam et New York dit que l’essor de la construction navale aux Pays Bas a été rendue possible par l’utilisation de scies mécaniques actionnées par les moulins à vent, la vitesse de sciage était multipliée.
      Dans les autres pays je ne sais ce qu’ils ont utilisé comme force motrice, si c’était manuel ou mécanique, et il y a la question du bois (les Néerlandais se servaient en Suède).


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 juillet 19:42

      @Decouz

      Les polynésiens et mélanésiens ont conquis tout le Pacifique longtemps avant la navigation occidentale. Comment ? Des bateaux géniaux...catamarans er trimarans.. La navigation ? Mystère lorsque les marquisiens faisaient des allers retours avec Hawaï...4000 bornes.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 juillet 20:47

      @Decouz

      dans les Vosges, le Jura ; les Alpes et les Pyrénées, les « moulins » actionnés d’abord par une roue à aube, puis par une turbine, permettaient de faire fonctionner toutes sortes d’ateliers, manufactures et artisanats : scieries, minoteries, tissages, etc.
      pour les scieries mécaniques, le « haut-fer » était une lame verticale qui ne coupait qu’en retombant : un système de cames soulevait l’ensemble qui retombait bruyamment. Les vallées étaient assourdissantes. Ensuite est venue la bielle, et enfin les turbines fabriquaient de électricité qui permettait plus de souplesse et un éloignement de la source d’énergie.


    • Fergus Fergus 31 juillet 11:30

      Bonjour, Séraphin Lampion

      Le haut-fer, si bien illustré dans le très beau film de Robert Enrico « Les grandes gueules ». 


  • Decouz 30 juillet 17:24

    Et gouverner (gouvernail) , c’est diriger le navire du pouvoir, utiliser les vents (autrefois, mais toujours) ou les courants (d’opinion), les idées, en évitant les écueils, l’échouage, d’ailleurs les politiciens nous bassinent souvent avec le cap à tenir, les voilures à réduire etc


  • J.Peiper 31 juillet 08:24

    « comme diriger c’est donner la bonne direction et non pas commander »

    si vous arrivez a faire comprendre le distinguo à l’acariâtre sachante , la tournée est pour moi 


  • il fut un temps où j’aurais bien aimé embarquer Delphine Navire sur mon« Batho » comme figure de proue ....mais pas que ! smiley


  • Decouz 31 juillet 09:42

    Les Chinois avaient la même idée pour le gourvernement : « Le mandarin est un bateau, le peuple est l’eau », récupéré par le Grand Timonier. La Chine étant le « grand navire du désert asiatique »


  • Rincevent Rincevent 31 juillet 14:34

    La vision de Rosemar sur les croisières est très… idyllique. La réalité est toute autre actuellement : des monstres inutiles, véritables HLM flottants (plus de 5 000 passagers !) https://generationvoyage.fr/plus-grands-bateaux-croisiere-monde/#1-harmony-of-the-seas, avec un bilan écologique assez désastreux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Navire_de_croisi%C3%A8re#Impact_environnemental

    Ajoutez à ça la dernière mode en cours : les croisières boréales qui vont aller polluer des régions qui n’ont vraiment pas besoin de ça actuellement : https://www.consoglobe.com/fonte-des-poles-scenario-catastrophe-scientifiques-cg


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