mardi 3 avril 2018 - par Orélien Péréol

B.Traven

B. Traven, de Frédéric Sonntag, avec Simon Bellouard, Julien Breda, Romain Darrieu, Amandine Dewasmes, Florent Guyot, Sabine Moindrot, Malou Rivoallan, Fleur Sulmont, Paul Levis, Gonzague Octaville ; Création vidéo Thomas Rathier ; Création musicale Paul Levis ; Création lumière Manuel Desfeux ; Scénographie Marc Lainé

Nouveau Théâtre de Montreuil Salle Maria Casarès Montreuil

19 & 20 avril 2018 Grand R, Scène nationale de la Roche-sur-Yon

Du théâtre comme une fête. Les lieux, les personnages, les époques se répondent à grande vitesse. Les genres aussi. Musique permanente d’un grand bonheur, avec deux musiciens poly-instrumentistes et parfois quelques comédiens, instrumentistes en « suppléments ». Tout cela vibre très fort, beaucoup d’humour, beaucoup d’informations, un spectacle léger et profond, d’une grâce pleine d’énergie.

Nous partons à la recherche de B. Traven. C’est un écrivain qui a fait beaucoup d’efforts pour se cacher. Il a écrit nombre de romans fondamentaux du début du XXème siècle, et sa vie est un mystère. Il a changé de nom souvent et on n’est jamais sûr qu’un nom qui porte quelques doutes soit bien le sien. Il cacherait un gros secret, le secret d’actes qui lui vaudraient la prison s’il était retrouvé, mais aussi il veut aussi que la littérature parle d’elle-même et ne soit pas portée par une réputation de l’écrivain, avec ses contraintes publicitaires (interview… etc.) qui débutaient ; mais également, il se donne une vie ou des vies d’aventurier, comme les héros de ses romans. Une des hypothèses les plus stables est qu’il serait Ret Marut, militant anarchiste qui prit part à la République des conseils ouvriers de Bavière en 1919, et qui aurait fui en Europe puis en Amérique ne se sentant pas assez en sûreté sur le vieux continent.

La pièce a cette même forme de multiplicité : on croise plusieurs histoires, certaines vraies et d’autres créées par l’auteur Frédéric Sonntag, vécues par plusieurs personnages, qui traversent des époques et des continents différents : le poète boxeur Arthur Cravan, arrivé en Amérique en 1916 ; un scénariste américain victime du maccarthysme (années 50) ; un squat parisien situé dans un ancien cinéma en 1994 ; une documentariste qui travaille, en 2014, sur l’histoire de ce squat et de ses occupants ; et deux journalistes sur les traces de B. Traven à Mexico en 1977, qui font le lien. On y croise aussi Trotski et son assassin, le sous-commandant Marcos...

Les éléments des décors volent dans les bras des acteurs, s’envolent ou se posent, avec élégance et les changements ne pèsent pas. De la vidéo aussi pour figurer des espaces plus vastes, la jungle par exemple…

Les comédiens passent d’un rôle à un autre avec cette aisance et cette fluidité qui est la marque si agréable de ce spectacle.

Tout cela, avec le brillant spectaculaire si réussi, brasse le problème toujours très actuel de la confrontation de l’individu ou des individus à l’institution ou aux institutions. Doit-on se conformer aux chemins préparés de la société et les emprunter ou peut-on faire sa vie et y poser son expression singulière sans s’en préoccuper, voire en s’y opposant ?

Tout le monde est excellent dans ce spectacle fin et robuste, drôle et sérieux. A ne pas manquer.



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