mardi 17 janvier - par C’est Nabum

Fallacieusement …

 

Et pourtant ce fut un enchantement !

 

Une invitation dominicale comme il s'en fait parfois afin de découvrir un ou une artiste chez un particulier. Un nom que je n'ai jamais entendu, l'envie de découvrir cette personne qui mérite l'invitation d'une hôtesse qui a toujours un excellent jugement ; il n'en fallait pas plus pour que je me rende à l'invitation de France Léa.

Loin de moi l'idée saugrenue d'aller quérir sur Youtube des extraits de la dame en spectacle. La découverte suppose d'avoir l'esprit totalement disponible quand on n'a pas été victime de la terrible ablation de la curiosité qui touche tant « l' homo televisus. » J'arrive même à sa rencontre persuadé que c'est un tour de chant qui va enchanter mon dimanche après-midi.

Une guitare à la main, une petite femme malicieuse, arrive pour confirmer implicitement mon idée erronée. Elle pose l'instrument sur une chaise, équilibre fragile qui symbolisera l'ensemble de son merveilleux spectacle, entre farce, humour, poésie, philosophie, tranches de vie, jeux de mots et délires absurdes ou surréalistes.

Elle parle, elle ne chante pas souvent quoique de ci de là se glissent quelques paroles fredonnées. Elle se raconte, nous entraîne dans un univers qui ne cessera jamais de nous faire rire, réfléchir, nous émerveiller. Elle dépeint son univers, c'est du moins ce que je pense au début avant que de comprendre qu'elle nous entraîne fallacieusement dans le monde des merveilles. Nous passons de l'autre côté du miroir, nous entrons de plain pied dans des propos qui rebondissent, s'entrechoquent non pas comme le ferait une jongleuse de mots, mais comme une conteuse facétieuse.

La légèreté côtoie la gravité, le sérieux se coudoie au futile, le magique tient la main au pathétique, le tragique a la délicatesse de se passer discrètement sur la pointe du cœur, sans vouloir nous contrarier. Les rires fusent avant de laisser la place à quelques anges qui s'insinuent dans ce spectacle en apesanteur. L'émotion est si grande !

Parfois, pour quelques notes, une respiration ou bien une chanson, France Léa prend sa guitare semblant vite l'abandonner pour nous replonger dans son numéro d'équilibriste. Sur un fil ténu, elle nous invite à une réflexion sur notre société, nos travers, le temps qui passe, l'amour qui se dérobe, le pouvoir des mots et la vacuité de nos prétentions à paraître à défaut d'être.

Le texte est ciselé, admirablement restitué avec une émotion rare, une finesse et cette manière délicate de vouloir rester dans le registre de la confidence. Nous sommes pris à témoin d'une confession intime, d'un récit si personnel qu'il en devient universel. Nous sommes subjugués et chacun de comparer la dame à Raymond Devos, car il en va ainsi de notre besoin de coller des étiquettes.

Il est pourtant évident que là encore, cette comparaison est fallacieuse. France Léa a les deux pieds dans le réel qu'elle habille, qu'elle embellit, qu'elle transfigure au gré des sentiments qu'elle veut faire émerger. Les jeux de mots ne se succèdent pas pour le plaisir de la dextérité, ils ouvrent des voies à la réflexion.

Ses personnages nous deviennent familiers. Nous pourrions ainsi évoquer Fred Pellerin même si la parenté est lointaine. France Léa ne doit rien à personne, elle propose un spectacle inclassable certes mais de ceux qui ne s'oublient pas, qui laissent une trace profonde dans le cœur et l'esprit. Elle sème des tranches de vie, elle est tout simplement sublime dans sa fragilité.

C'est une saltimbanque qui aime à se rendre chez l'habitant ou dans les petites salles non pas par manque d'ambition mais parce qu'elle sait que ce qu'elle propose ne peut toucher des programmateurs frileux et standardisés. Nonobstant, il ne faut absolument pas passer à côté de ce voyage magnifique que constitue son spectacle. N'hésitez pas à la contacter, je vous promets un moment hors du temps et des médiocrités de l'heure.

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à regarder absolument



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