mardi 26 mars - par Le Vautre Oméga

Heidegger et la Dysfonction de l’Outil

 

Heidegger parlait naguère de l'Outil, l'idée de fonctionnalité par excellence servant ici à souligner le Problème, pour ce que les hommes en seraient à bien des égards. Il s'agira donc de soupeser la négativité d'une telle indiquation. Prenons du recul : qu'est-ce à dire que « fonction » ? Je trouve ça facile, d'autant plus qu'on ne s'étonne pas de la racine – car je compte rebrancher l'âme intuitionnante à ce sentiment supérieur du choc intuitif de la vérité. 

L'Outil d'Heidegger dysfonctionne au malheur du monde, serait-ce seulement de sa pointe éclairée. En quoi, d'ailleurs, ça en constitue un progrès. À savoir que si Heidegger ne l'entendait pas de cette oreille à troubler les encéphales en poussant à la reconstitution de l'authenticité, reste qu'une interrogation de cette sorte peut être (en l'occurrence) un véritable outil. 

Sachez d'abord que pour Heidegger la dysfonction de l'Outil a fait philosophie.

À ce titre au moins imagine-t-on que l'Outil dit fonction, entendre que concevoir l'outil comme un moyen en dehors du champ de l'instinctuel, c'est un progrès. Auquel cas l'outil dysfonctionnant et l'outil dit fonctionnant (ambiguïté : dit-il qu'il fonctionne, ou est-il réputé telle une fonction ?), c'est admirable combien grâce à lui nous faisons force progrès à jouer sur les mots. 

Car je suis bien réduit à là, moi philosopheur, à vous faire des jeux de mots, ainsi qu'il appert : la philosophie étant un espèce de luxe de questionnement et donc (aussi) d'amusement. Or, s'il y a amusement, c'est qu'il y a assurément ennui, à en conclure donc que les hommes s'ennuient. Par quoi ils (les hommes) prennent possession de l'idée de l'outil Dysfonction (la Dysfonction comme outil), l'Outil Dysfonctionnant puis, enfin, l'Outil dit « fonctionnant »...

Les tribaux, les druides par exemple, eux, n'ont pas d'outil, même s'ils frappent les arbres à coup de hache, ça reste une moindre conception, pourrait-on dire, une conception minimale de l'outil non encore détaché de l'instinctif. 

Les animaux, mon Dieu, ont-ils l'idée de défaut ?

Alors ils n'ont pas davantage l'idée d'outil.

Ce que les primates-nos-ancêtres ont par conséquent découvert au fond de leurs cavernes, ça n'est pas (ainsi qu'on le croit à tort) l'outil banal, le silex taillé ou que sais-je encore, mais la philosophie. Au nom de quoi Cioran a raison de supputer quelque atroce souffrance de s'être rendus compte, ces singes-là, d'être perfectibles et en contrecoup sujets au sacrifice. 

La religion démarre ici. Lisez-moi bien : je vous dis que, quand les hommes ont eu comme un « trou » (pour ainsi dire), ayant soudain l'impression qu'un je-ne-sais-quoi d'universel leur glissait sous le nez, ils se sont aussitôt découverts nus comme des vers.

La Pomme de l'Arbre, je ne vous fait pas de dessin, vous pouvez aisément en conclure qu'il s'y trouve (dans ce mythème) un troglodyte malcontent dont Heidegger représente une part de la postérité.

Ce pourquoi Adam & Ève ratent la pomme. Ils ne pouvaient que la rater. Et pour cause : qu'est-ce qu'un homme sinon celui qui, par essence, rate sans cesse ce qu'il fait ? D'où vient que j'ai parlé de progrès au sujet de la Dysfonction, en quoi Heidegger l'a peut-être conçu à s'en faire une belle coquille philosophique, une coquille d'escargot – c'est-à-dire : protectrice. 

C'est admirable une telle coquille. Mais à Claudel de craindre qu'on y reste à jamais. 

L'article n'a pas d'autre but de vous faire conscientiser le phénomène.

On souffre pour sûr, ça n'est pas douteux. C'est un béton sur lequel on s'écorche. Un ami en a perdu quelques dents. Mais si je suis confiant, c'est parce qu'à mon tour je dis la fonction de l'outil. Je ne dirai pas en revanche qu'il y en a dix. 

À l'homme d'ex-ister, d'être excentré et de faire feu de tout bois. À rebours du doctrinalisme, pour ainsi dire, il faut nommer la philosophie : sacrifice. La notion de sacrifice recèle l'ex-istence à ce titre que, moralement, c'est un pur dynamisme fluidique. Le sacrifice se décale sans cesse au fil du temps. D'ici cent ans, par exemple, cette notion sera scientifiquement renouvelée. Il est bien évident que la notion de sacrifice est rapportable à l'inconscient, où Heidegger rejoint Jung.

Faites ensuite les déductions du bric à brac : vous en avez tout une philosophie existentielle, sur quoi Heidegger laissait peu de doutes...

Si l'Outil veut qu'on ex-iste, alors ex-istons, soyons à tous les égards « ravagés par le Verbe » (Lacan).

C'est très difficile de mettre des mots là-dessus, y compris pour un philosopheur. Car nous sommes tellement confinés à la folie de la division dyadique Bien & Mal (ce qui n'est pas un mal en soi, c'est le cas de le dire) qu'on ne saurait faire culminer notre pensée dans aucun paradoxe. Pourtant, darwinisme spirituel oblige, on se doit de penser comme ça.

Qui dysfonctionne le plus sinon le saint qui fait le déchet ? La voilà, la sortie de votre discours capitaliste, pour laquelle on pointe la philosophie ainsi qu'un étai. Et pourquoi pas ?

En quoi le malheur est un progrès.



7 réactions


  • Christian Labrune Christian Labrune 26 mars 22:28

    S’il fallait évoquer la mémoire du philosophe nazi, je préfèrerais qu’on se penche sur cette phrase de l’Introduction à la métaphysique où il parle de « la grandeur historiale du mouvement national-socialiste ».

    La phrase est restée en place dans les éditions postérieures à la guerre, sans la moindre petite note qui fasse allusion à la « grosse bêtise » avoué dans ces années-là à Jean Beaufret, grand crétin de l’Université française voué jusqu’à la fin de sa lamentable carrière à la dévotion du philosophe nazi.


  • Jean De Songy Jean De Songy 27 mars 09:28

    une espèce de luxe

    instinctuel , mythème, malcontent, dynamisme fluidique... : quel jargon pontifiant ridicule qui révèle qu’on a rien à dire !!!

     

    « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé,
    Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé... »

    le club des femmes savantes a étendu son champ membruel smiley


  • Eric de Trévarez 27 mars 15:58

    Spinoza disait : la fin d’un mal est un mal, le début d’un mal est un bien, la fin d’un bien est un bien et le début d’un bien est un mal…

    La dysfonction de l’outil est un bien… L’hominisation est, comme vous le dites, la prise de conscience de l’adaptation toujours partielles à son contexte, de l’Homme et de l’outil qui fut le prolongement de son bras… La philosophie est surtout question, la réponse est, elle-aussi, toujours partielle par dysfonctionnement. Cette dysfonction est toujours plus forte dans la réponse que dans la question, du moins beaucoup plus visible.

    La prise de conscience d’une dysfonction, porte, potentiellement, une dynamique, disons positive …


  • Eric de Trévarez 27 mars 16:10

    C’est sûr que la conscience de la dysfonction est venu avec l’outil, durant le processus d’hominisation… Cette prise de conscience a été simultanée avec celle de l’imperfection.

    La dysfonction se retrouve comme socle sous-jacent au Transhumanisme…


  • pipolo 3 avril 15:24

    ce personnage est et sera , ses écrit seront en référence s comme d’ autres hommes de pensée la recherche de la vérité n’est pas une route tranquille et je m’étonne de voir les commentaires alambiqués de ce forum qui se perdent dans des propos de rhétorique et frôlent le sophisme 


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