mardi 16 juillet - par rosemar

J’ai le coeur qui taille la zone...

Qui n' a jamais rêvé de changer de vie, de "tailler la zone", comme le dit de façon imagée et familière Alain Souchon, dans une de ses plus célèbres chansons ?

La zone symbolise, bien sûr, la ville et ses faubourgs pauvres et tristes...

La chanson s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre amoureuse qui permet d'échapper, justement, à la monotonie de la vie, et de rêver à d'autres univers.

N'est-ce pas l'espoir de beaucoup de gens ?

Cette rencontre se concrétise avec une "vendeuse de glaces", personnage d'origine modeste, auquel chacun peut s'identifier, d'autant que la jeune fille est "belle", "sous sa bâche".

L'oxymore "le sourire un peu triste" traduit bien une forme de mélancolie, et déjà une envie d'échapper à un monde morne et peu attrayant.

Et l'espoir de vivre autre chose conduit les deux personnages à aller contempler un coucher de soleil... L'évocation est pleine de gaieté, le poète amoureux évoque des parfums de "fraise-cassis" et de "vanille-fraise", qui illuminent soudain sa vie.

C'est comme si la jeune femme, vendeuse de glaces, parvenait, soudain, à embellir la vie, gâce à ces allusions à des parfums et des couleurs pleines de gaieté.

Le texte, empreint de vie, nous permet d' entendre le discours direct de la jeune fille : "Vendre des glaces m'ennuie, on laisse tout, on taille la zone".

Pourtant, la vie des personnages s'accommode d'un "deux pièces à Paris", d'habitudes inlassables, comme le suggèrent les verbes, à l'imparfait itératif :"elle répétait, je lui disais" "et l'expression au pluriel :"toutes les nuits"...
La jeune femme rêve de fuir l'hexagone, et lui temporise, affirmant que ce rêve va se réaliser.
Mais la vie quotidienne semble prendre le dessus, avec "l'ordinateur, le bureau, l'aspirateur, et des envies de mobil home".

Ultime concession à la vie ordinaire : le personnage masculin s'est "abonné au câble" !

Le langage familier utilisé par la jeune femme restitue le milieu simple auquel appartiennent les personnages "déconne pas, déconne pas".

Elle affirme une soif de liberté et de nature, loin de la ville :"je veux des fleurs jaunes, des prairies", et elle refuse ce monde de l'argent qui nous domine.

Le décalage entre les deux personnages se perçoit dans des pensées opposées : "voyages, paysages, grosses Harley", d'un côté, et "portable, calmants, plan d'épargne logement" pour l'autre.

Et finalement, c'est l'amour qui taille la zone, l'amoureux se retrouve, soudain, seul, dans son lit, et le petit "kim cone" a disparu... expression pleine de tendresse qui traduit, aussi, le désarroi de l'amoureux.

La chanson s'achève sur ces mots désabusés : 

"Y a plein de filles sur la terre 


Mais quand je vois une planisphère 
J'ai le cœur qui taille la zone."

On perçoit un désespoir, l'envie de retrouver un bonheur perdu, avec, à nouveau, cette volonté de tailler la zone : la chanson tourne, ainsi, en boucle, traduisant une impossibilité d'échapper au monde de la ville...

Et la mélodie égrène des notes remplies d'espoir, comme un désir irrépressible de fuir la routine du quotidien.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2015/10/j-ai-le-coeur-qui-taille-la-zone.html

 

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