vendredi 12 juillet - par rosemar

Ma pincée de tuiles...

Pour le plaisir des mots : la tuile !

Dans un extrait du roman de Giono, Le hussard sur le toit, on voit le héros de l'histoire se réfugier sur les toits des maisons de la ville de Manosque : menacé par la population qui le prend pour un empoisonneur, Angelo Pardi n'a pas d'autre solution pour échapper à la vindicte populaire...

La chaleur est écrasante, et l'évocation des toits de la ville est saisissante :

"La chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps ; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon."

Le héros perçoit l'ardeur de la chaleur qui se répercute sur les tuiles, et il décrit un paysage saturé de soleil...

La tuile nous fait admirer des toitures de Provence, sous un soleil de plomb, des ruissellements d'ocres sur les maisons du sud...

La tuile protectrice recouvre les toits d'ondulations aux teintes variées d'ocre, de rouilles, de bruns...

Le mot fait rayonner des voyelles aiguës, une dentale éclatante "t" qui suggère des couleurs, des formes chaleureuses...

La tuile s'empare du soleil, fait miroiter ses ondoyances, ses enroulements, ses coulées d'embruns rougeoyants...

Ce mot évoque des toitures pleines de charmes, des argiles aux teintes de roux...

Ce terme se pare d'origines anciennes, puisqu'il remonte au latin "tegula", "la tuile", issu d'un verbe "tego", qui signifie "couvrir, protéger".

Les mots "toit" et "tuile" sont issus de ce même radical verbal...

Ce nom revêt une dimension symbolique, il représente le faîte d'une maison, il suggère une idée de protection, de sécurité...

Et, pourtant, dans un emploi familier, la "tuile" fait, aussi référence à un accident imprévu, nous montrant une tuile qui tombe d'un toit et qui peut produire bien des dégâts...

Terme ambivalent, la tuile peut évoquer, curieusement, une idée et son contraire...

La tuile suggère, aussi, les maisons d'autrefois, aux toits pittoresques et charmeurs, les immeubles modernes, ayant laissé la place au béton, ne se couvrent plus de ces carreaux de terre séchée...

Le mot me rappelle cette "pincée de tuiles", que souhaite revoir Claude Nougaro, à la fin de sa chanson Toulouse.... Opposant la modernité à la ville qu'il a connue, autrefois, Claude Nougaro montre son attachement à ces vieux toits de tuiles...

"Aujourd'hui tes buildings grimpent haut
À Blagnac tes avions ronflent gros
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles


Ô mon païs, ô Toulouse, ô Toulouse..."

"Ma pincée de tuiles" ! Quelle poésie et quelle tendresse dans cette expression quasi -culinaire !

Les tuiles qui recouvrent les maisons ne sont-elles pas l'expression même de la vie, du mouvement ? Elles font penser à des vagues sur les toits, des roulis de teintes variées...

Les tuiles des maisons de Provence dessinent des camaïeux de rouilles, des motifs ondoyants, elles confèrent aux paysages un charme inoui.

Elles donnent aux vieilles maisons une douceur, une poésie particulières...

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/04/ma-pincee-de-tuiles.html

 

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