jeudi 13 février - par Eliane Jacquot

Van Gogh en Provence au sommet de son art

Une vie brève et tragique, marquée par la solitude et une grande quête d'absolu. Une œuvre lumineuse, incandescente, véritable déclaration d'amour à la nature. Le néerlandais Vincent Van Gogh (1853-1890) précurseur des fauves et des expressionnistes se destine tardivement à la peinture et ce grâce au soutien financier de son frère Théo avec lequel il a partagé une abondante correspondance. Visionnaire parce que subjugué par la beauté de son modèle il écrit dans une de ses lettres : 'J'ai une lucidité terrible par moments, lorsque la nature est si belle de ces jours-ci, et alors le tableau me vient comme dans un rêve.'

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L'appel du Sud et l'explosion de la couleur

Durant l'hiver 1888, après un bref séjour à Paris, il gagne la Provence, ponctué par un paysage minéral et où se trouve, dit-il 'l'avenir d'un art nouveau'. A son arrivée à Arles il s'enthousiasme face à une nature éclatante, soufflée par le mistral, où jaillissent des couleurs exaltées par le soleil, souvent violentes, palette aux multiples nuances, qui l'enivrent littéralement. C'est incontestablement à Arles, ensuite à Saint- Rémy de Provence que le génie de Van Gogh atteint sa pleine maturité, sa puissance solaire de par la vitalité hors du commun qu'il déploie au cours de cette courte période. Ce lieu de bouleversement créatif dans lequel il n'a pas cessé d'ouvrir les yeux signe le sommet de son art. Ici, nulle économie, mais dans un jaillissement, une force incroyable sourd de ses toiles et la couleur y explose. De larges aplats de bleus, de carmin, d'orangés, de vert mais surtout de jaune du 'Semeur' à 'La terrasse de café la nuit' en passant par 'Les Iris' s'étalent sans retenue. Il refuse la douceur des dégradés et choisit la dynamique des contrastes. Il n'y a dans ses tableaux que la lumière et la couleur dont la violence rend vaine toute ombre ; 'Je cherche maintenant à exagérer l'essentiel.' dit -il à son frère Théo. C'est le cas de 'La Chambre' qui décrit dans des gammes chromatiques franches, selon une étrange perspective, un intérieur rustique et simple, où l'on voit dans le fond une fenêtre close. Au cours de cette période, l'artiste travaille ardemment, persuadé qu'il faille établir dans le sud de la France un 'atelier du Midi' pour les impressionnistes d'aujourd'hui qui ne verra pas le jour. Sa rupture avec Paul Gauguin, venu le rejoindre à Arles, scelle son échec à s'entourer d'une communauté d'artistes et l'enferme dans une solitude créatrice.

La série de ciels étoilés

Pour ce protestant convaincu, ancien évangéliste, la présence du divin dans la nature est une évidence. Ici, il se recueille devant le sacré des lieux et la lumière qui luit dans les ténèbres.'La Nuit Étoilée, cyprès et village, 1889' réalisée à l’aube, représente un paysage qu'il entrevoit depuis sa chambre du monastère de Saint – Paul de Mausole. Les Alpilles et le village de Saint-Rémy y palpitent dans un halo mystique, emportées par de grands tourbillons, les étoiles se meuvent dans une nuit éclairée par le dernier croissant de lune dans un concert cosmique. Sa série de ciels étoilées, ponctuée de dessins préparatoires, avait commencé un an auparavant, lorsqu'il résidait à Arles. Dans 'La nuit Étoilée sur le Rhône, 1888' les lumières artificielles du bord du fleuve se mêlent à celles du firmament. Les éclairages publics se reflètent sur l'eau, alors que les étoiles piquées en mosaïques dans le ciel y scintillent en myriades de petits soleils. Dans ces instants, la trame de son œuvre ne se déroule plus sur terre,mais, la tête dans les étoiles, il tente d'exprimer en images sa quête d'infini.

De par la trace qu'il a laissé dans l'histoire de l'art, sa mélancolie flamboyante omniprésente est sans doute moins un déni du principe de réalité, une fuite hors du monde, qu'une communion trop intense avec celui-ci. Sa quête d'absolu l'a conduit au plus grand dépouillement. Il ne vit que pour sa peinture qui est son seul moyen d'expression.En cherchant une projection totale de lui-même dans ses toiles, il donne un sens non seulement à sa peinture, mais aussi à sa vie de par 'l'intense clarté de sa lumière intérieure'. De son vivant,rattaché à aucune école et non reconnu par ses pairs, il n'aura vendu qu'un tableau.

 

 Un très beau reportage à propos du séjour de Van Gogh dans les Alpilles :

https://www.arte.tv/fr/videos/086608-000-A/les-alpilles-refuge-de-van-gogh/



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