vendredi 18 novembre - par C’est Nabum

La station des sens …

 

La queue comme seule certitude.

 

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Jamais la station n'aura aussi bien mérité son nom. On y fait la queue en une longue chaîne qui serpente parfois jusque sur la chaussée voisine. Les automobiles s'accumulent les unes derrière les autres, les conducteurs attirés par la perspective de remplir le réservoir. Certains, viennent ici, chaque jour, craignant d'être pris au dépourvu quand la cuve sera vide. Tous poirotent tandis que des incorrigibles, laissent tourner leur moteur, démontrant ainsi qu'ils ne sont pas disposés à la sobriété.

D'éventuels passagers se sont mis en branle afin d'aller tuer le temps dans la boutique aux mille tentations. Il y a de tout dans cette curieuse caverne, de la fripe aux bouquins incertains, des outils ou sandwichs en triangle, des boissons aux spécialités régionales et même pour enfoncer le clou : des pompes ou des chaussons. La liste du reste est impossible à tenir, la station des sens se détermine par une diversité sans pareille.

Après avoir flâné parmi ces tentations si peu convaincantes, le quidam par solidarité avec son pilote englué, va lui aussi faire la queue. Il a pour se faire deux options, l'une étant certainement le passage obligé avant la seconde, même si la simultanéité n'est pas de mise. Il convient donc de faire un choix déterminant : les toilettes puis la machine à café ou l'inverse.

L'alternative ne concerne pas les individus en situation d'urgence qui se repèrent aisément. Ceux-là pénètrent dans cette aire commerciale, le regard désespérément à la recherche de l'indication sanitaire et salutaire. Ils n'ont pas le temps de se laisser corrompre par les envies diverses, la seule qui les tenaille, exige une précipitation qui se fracassera parfois à deux écueils redoutables.

Le plus sournois consiste en la saturation des édicules. Ceci arrivant bien plus souvent du côté des dames, dont la spécificité en la matière exigerait une surface plus grande que chez les hommes. Hélas, la parité du mètre carré est ici, scrupuleusement respectée ce qui entraîne une fâcheuse inégalité au niveau des lieux d'aisance.

L'autre risque de se casser le nez et de devoir différer ce qui ne se peut aisément car surgit la petite pancarte jaune et noire représentant un obstacle infranchissable tant que les toilettes en question se refont une beauté. C'est alors l'occasion d'un examen de conscience qui pousse certains à oser franchir la porte d'à-côté. Fermons les yeux sur cette nécessité impérieuse qui casse les codes.

Devant les machines à café, l'attente est d'une nouvelle nature. La multiplication des distributeurs aurait dû éviter les bouchons mais quand dans le même temps, leur complexité et leur mystérieuse sophistication imposent de passer de longues minutes avant de comprendre véritablement leur fonctionnement et leur offre de service.

Les consommateurs en puissance s'interrogent sur les nuances qui se présentent à eux dans l'univers du café qui depuis quelque temps, est devenu le plus complexe qui soit. À l'impossible, nul n'est tenu quand il est question de soutirer des sous aux naufragés des stations. Il est même permis de se retrouver devant un service rendu, le bandit manchot gardant les pièces sans la moindre contrepartie liquide. Dans pareil cas, n'espérez pas prouver votre bonne foi devant un caissier débordé.

Pour les plus habiles, pour les plus persévérants, le godet finit par sortir de sa boîte avec sa promesse de saveur nouvelle. Rassurez-vous, en dépit des innombrables options, le résultat est toujours aussi décevant ce qui donne du grain à moudre pour les conversations qui se tiennent debout, autour des tables hautes et rondes.

Vous avez parfois la possibilité d'aller vous insérer dans la file d'attente des estaminets alimentaires. Vous ne serez pas déçus. La station des sens y atteint ici son paroxysme. Le mou, l'insipide, le gras, le trop sucré sont à l'ordre du jour tandis que vous aurez peut-être le désagrément de tomber sur des vendeurs à bout de patience. Bon courage à vous.

Une fois que ce parcours du combattant est achevé sans que vos papilles en soient satisfaites, le désir de fuir cet endroit aseptisé à l'environnement musical incertain, vous n'avez qu'une envie : reprendre au plus vite la route ! Hélas, le pilote qui a enfin rempli sa mission, entend lui aussi jouir de tous ces plaisirs. L'attente sera ainsi doublée sans que votre expérience ne serve à ce pilote qui entend bien conduire à sa manière son aventure stationnaire.

À contre-sens.



12 réactions


  • juluch juluch 18 novembre 12:55

    les stations d’autoroutes....tout un poème......à éviter !!! 

     smiley

    Je prends tout avec moi sauf les WC !!!!

    Là je m’arrête au petites sans tout le bord** qui va avec.


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 novembre 15:21

      @juluch

      Je préfère moi aussi les petites aires et si possible j’aime mieux fuir es autoroutes et ce racket d’état


  • Clark Kent Clark Kent 18 novembre 15:25

    Mais on ne trouve pas de station-service quand on ne peut plus sentir personne, qu’on est sourd aux recommandations, muet comme une carpe sans avoir l’air d’y toucher, qu’on s’aveugle sur les réalités, et qu’on n’a même plus goût à la vie.

    C’est pourtant ça la vraie panne des sens.


  • mosel 18 novembre 18:08

    Faire tourner son moteur a l’arret est passible d’une amande de 130 euros apparement cela ne Gene pas certain pas plus que la pollution ni le prix du carburant quant a l’autoroute il y a belle lurette que je ne la prends plus.


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 novembre 18:32

      @mosel

      Vous avez raison, il convient de fuir cette arnaque honteuse, preuve éclatante de la corruption de nos élites
      Quand au moteur qui tourne, les imbéciles sont légions


  • troletbuse troletbuse 19 novembre 00:11

    Prochain article : la station dégaze  smiley


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