jeudi 31 août - par C’est Nabum

Une vie en chanson…

Les chants de ma Mémoire.

La chanson Française a accompagné mon chemin, elle a jalonné mon existence de milliers de refrains qui sont autant de bornes, d'indicateurs du bonheur ou de marqueurs des heurts de l'existence. Il est des rengaines qui se sont insinuées avec toutes leurs paroles, elles peuplent mon imaginaire, ma nostalgie, ma vison du Monde.

Quand j'ai une histoire de vie à raconter, des chansons s'imposent comme autant d'évidences. Elles font danser les yeux, les conduisent immanquablement vers ces temps de jeunesse où elles furent écoutées pour la première fois. Des phares immenses seront à jamais mes guides sublimes, Brassens, Brel, Vian, Aznavour, Trenet, Ferré, Perret, Lapointe, Dassin… et combien d'autres encore, parfois pour une seule chanson, merveille fugace qui sera toujours mienne. Ce panthéon n’a eu de cesse de se gonfler de nouveaux venus, de chanteurs laissant de merveilleux cailloux sur la route d’une vie.

Ils sont auteurs surtout car ils m'ont élevé dans le culte des mots. Combien de fois, admiratif, jaloux, j'ai prononcé cette phrase stupide mais oh combien sincère « : « On peut mourir quand on a écrit un joyau pareil ! ». Car la chanson est une extraordinaire alchimie magnifique et magique. Elle est la fusion de paroles simples, d'une petite histoire qui est un film, un roman, un conte et d'une mélodie qui la sublime pour lui donner son habit d'éternité.

C'est simple et si complexe, c'est si efficace que rien ne parvient à vous investir aussi durablement la mémoire. Je me souviens d'une femme âgée, touchée par cette abominable maladie qui vous prive de votre propre passé, de la mémoire de votre vie et qui retrouva la joie de vivre l'espace d'une soirée autour des chansons de son autrefois retrouvé à travers une anthologie de la chanson.

La chanson est cette incroyable vertu de réunir longtemps après, ceux qui l'avait partagée en son temps. La fortune, la culture, la santé ne sont plus ces frontières infranchissables : quelques paroles simples sont cures de jouvence et réconciliation enthousiasme. Les paroles surgissent ainsi du fond des mémoires, le texte peu à peu se reconstitue et chacun retrouve alors son enfance ou un moment particulier de son existence.

J'ai toujours constaté qu'elle a aussi ce mérite immense de ne point connaître l'illettrisme. Jamais je n'ai vu un enfant ne pas savoir lire les paroles d'un air qui accompagne la mélodie. J'ai souvent usé de ce support pour travailler en classe, pour ouvrir les esprits, aborder des thèmes délicats, emmener les élèves loin de leurs difficultés supposées. La musique balaie l’impossibilité de vocaliser, elle entraîne le lecteur vers une diction assurée et un déchiffrage parfait.

J'ai alors espéré que les karaokés allaient redonner la joie qui manque à ce pays. Je suis si attristé d'entendre dans nos tribunes cette Marseillaise guerrière qui monte des travées pour exprimer la joie d'un peuple vainqueur. Ailleurs, les nations ont des chants traditionnels que tous connaissent encore et entonnent en chœur. Nous n'avons point de répertoire commun et ça ne semble affliger nul ministre de l'éducation nationale.

Hélas, ces Karaokés furent l'occasion de briller en société, d'établir un jeu de dupe, une micro société de spécialistes qui se gaussaient des petits dérapages des malhabiles. Notre Monde ne supporte pas la maladresse, il faut être parfait pour avoir le droit de chanter en public et si possible, jeune, jolie, mince et bien habillée. L'animateur à ses manettes ridiculisent encore plus le pauvre chanteur d’occasion qui n'a pas la voix ni la tête de l'emploi.

Alors, en France on ne chante plus en public ou seulement cet hymne si réducteur. Même au Rugby, je déplore le recul de cette belle tradition ovale. Pourtant lorsque quelqu'un organise une soirée avec textes pour soutenir les hésitations et guitare pour donner le « La » ou toute autre note utile à la fête, le miracle se reproduit et les yeux brillent d'une flamme jubilatoire.

Tout a commencé, pour moi, avec Henry Salvador et Ce lion qui se mourait sur les ondes 'crachotantes' d'une TSF d'alors. Je me revois, emporté par les paroles, rêvant d'un ailleurs que je ne connaissais pas. Nous n'avions alors ni télévision ni voiture et pourtant qu'est ce que je suis parti loin avec cette chanson simple. J’étais ailleurs, transporté par un imaginaire qui s’offrait le luxe de se satisfaire de ses propres images.

Beaucoup plus tard, elle fut reprise et je ne puis vous décrire l'émotion et le bonheur de la retrouver aussi vivace, de me retrouver au plus profond de mon enfance avec ce petit air de bien. Puis ce fut le miracle de mes premières chansons. J’avais osé quelques textes maladroits qu’un petit bonhomme avait repris et mis en musique. La première fois que je l’entendis chanter, j’en pleurai.

Rien n’est plus beau que d’entendre un groupe d’enfants reprendre votre texte. Ce n’est d’ailleurs plus tout à fait votre œuvre, le mélodiste a une part considérable dans cette étrange alchimie. C’est de la conjonction des deux que naît ce petit rien qui fait du bien, qui pénètre dans les têtes, qui s’installe pour longtemps. Rares sont les chansons qui parviennent ainsi à faire leur trou, à toucher au plus profond des mémoires. Mais quand c’est le cas, quel bonheur, quel enchantement ! Mon complice Casimir m’a fait cet incroyable cadeau, d’autres également, en me faisant l’honneur de me prendre un texte que je leur donnais avec grand plaisir. Je les en remercie tous.

Enchantement leur.



33 réactions


  • Mélusine7 Mélusine7 31 août 11:11

    Toutes mes histoires d’amour ou d’autres évènements de vie sont associés à une chanson. Olivier, c’est : https://www.youtube.com/watch?v=SiOMjzNUPvs. Emily loizeau, l’autre bout du monde,...


  • Aristide 31 août 11:19

    Le conteur révolutionnaire transformé en Didier Barbelivien. C’est touchant de le voir pleurnicher sur son oeuvre.


    Et pis, il ne craint vraiment rien : il appartient à la caste des « Brel, Brassens, .... ».



  • juluch juluch 31 août 11:35

    Je chante en voiture ou chez moi mais c’est souvent des chants mili que j’aime bien....


    Quand vous écrivez et chantez un texte de votre cru et que se sont des gosses qui la chante....ça fait plaisir...

    Ici une chanson de Gainsbourg revue et corrigée


  • Taverne Taverne 31 août 11:54

    Ah des chansons ! Ilen manquait cet été des articles sur la chansonnette (parole de parolier !)

    Je me sens inspiré. Petite impro sur le thème de l’article.

    Tant qu’il y aura des fleuves,
    Y’aura des chansons neuves
    Pour nous faire naviguer
    Sans trop nous fatiguer.
    O gué o gué !

    Tant qu’il y’aura des flots,
    Il y aura des matelots
    Qui chanteront des rengaines
    C’est pas du « twist again ! »
    Oh yeah oh yeah !

    Avec Bobby Lapointe,
    J’vais à la pointe du Raz.
    Avec Léo Ferré
    Je vais au Cap Ferret.

    Je suis un de ces thuriféraires
    Qui aiment Ferrat, Ferré, Ferrer,
    Moi je suis de ceux qui préfèrent
    La voile au vieux chemin de fer.


    • C'est Nabum C’est Nabum 31 août 13:49

      @Taverne

      J’aime beaucoup


    • L'enfoiré L’enfoiré 31 août 14:25

      @Taverne, Bonjour,

      A un certain âge (et je vais passer demain à la décennie suivante), on écoute plus Radio Nostalgie.

      France3 présente actuellement un documentaire sur les années yéyé en plusieurs épisodes avec le journal « Salut les copains » comme symbole et signe de ralliement du style de vie de la jeunesse des sixties.

      1. Les années yéyé : Johnny Halliday Elvis Presley, Françoise Hardy, Richard Anhony, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Claude François, Sylvie Vartan, France Gall, Sheila, Ray Charles et des groupes comme les Chats sauvages, les Shadows, les Beatles, les Rolling Stones, The Animals en ont fait partie
      2. Les années cactus : réussissant à concilier le rock anglo-saxon à un esprit français souvent pas la traduction en français d’une musique sous d’autres paroles.
      3. Les années libertés : avec Bob Dylan, Jacques Dutronc, Julien Clerc, Eric Charden, Les Charlots, Joe Dassin... mais de lourds nuages s’amoncellent à la radio avec la concurrence des chaînes.
      4. Les années variétés : La concurrence devient féroce..

      Le Paris-Match parlait des années seventies en deux phases :

      1. "Les années 70 incarnent la jeunesse du 21ème siècle qui avait pour projet d’arracher le corset d’une société rigide de ses clichés. Aucune décennie ne sera plus jamais aussi jeune« . 
      2.  »Les hippies cèdent la place aux punks au son du rock psychédélique. La crise est là après les 30 glorieuses. Il faut se réinventer pour que la créativité explose« .

      France2 ce soir revient sur les eighties avec le titre »Les copains d’abord" avec Julie Piétri, Lio et Patrick Fiori. 

      Que reste-t-il comme chanteur sur les planches ?


    • Taverne Taverne 31 août 14:33

      @L’enfoiré

      Le yéyé a fait baisser la qualité au plus bas tout en donnant de l’air neuf aux chansons. C’est Gainsbourg qui a réussi le mieux la synthèse.


    • Taverne Taverne 31 août 14:37

      @C’est Nabum

      Je l’ai refaite avec trois couplets et j’ai ajouté ce refrain naïf que le compositeur-interprète, mon ami Sylvain, conservera ou pas. Le pauvre, mes textes sont trop durs à mettre en musique. Alors, j’essaie de simplifier sans baisser trop en qualité :

      Refrain

      On s’offre une fugue avec Fugain.
      Bien au frais avec Hugues Auffray.
      Léo Ferré : les gars souquez
      Tenez bon jusqu’au Cap Ferret !
      Bobby Lapointe : hardi les gars !
      On s’en va pour la pointe du Raz !*


    • L'enfoiré L’enfoiré 31 août 14:57

      @Taverne
      Salut Paul,
       Je suppose que tu n’as pas connu.
       Quand j’ai écouté les émissions, je me suis rappelé de beaucoup d’entre elles.
       Ce n’est pas une question de qualité, mais de savoir ce qu’on fait.
       Gainsbourg a en effet, changer les choses, mais il a eu son époque Gainsbarre beaucoup moins géniale pour en faire la synthèse.
       Les chansons et l’originalité, un duo qui mérite parfois du temps avant d’exploser dans le public.
       Les chansons qui réussissent, sont celles qui reviennent à l’esprit et qui sont interprétées par d’autres chanteurs récents et plus jeunes.
       Quelles sont les candidates de la génération actuelle, d’après toi ?


    • L'enfoiré L’enfoiré 31 août 15:01

      A l’occasion de mon transfert dans une autre décennie, je me suis payé ce billet en 2 phases dans lequel j’en avais parlé.
      Une humoristique et une autre de souvenirs


    • L'enfoiré L’enfoiré 31 août 15:08

      Paul,
       Une autre question : quels sont les plus grands paroliers d’après toi ?
       Souvent, ils ne chantent même pas leurs propres chansons.
       Ils ne font que les signer.
       


    • Taverne Taverne 31 août 17:12

      @L’enfoiré

      Je n’ai plus le temps pour les chansons depuis quelques années. Je travaille en autres choses sur un second essai philosophique. J’ai tout juste le temps d’écrire quelques textes. Mais j’avais écrit il y a quelque temps 4 articles sur les paroliers connus (liens ci-dessous).

      https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/paroliers-de-toujours-99930
      https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/paroliers-de-toujours-no-2-100130
      https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/paroliers-de-toujours-no-3-100298
      https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/paroliers-de-toujours-no-4-et-fin-100448


    • Taverne Taverne 1er septembre 01:09

      @L’enfoiré

      Bon septantième anniversaire !

      On vient au monde en pleurant. Alors il ne faut pas s’étonner si on ne sait pas faire un monde heureux...


    • C'est Nabum C’est Nabum 1er septembre 07:53

      @L’enfoiré

      Radio France demeure le refuge de la Chanson française même si les trahisons sont multiples


    • barbarossa 8 septembre 10:59

      @Taverne

      « Moi je suis de ceux qui préfèrent
      La voile au vieux chemin de fer. »


      Donc si je comprends bien, tu es à voile mais pas à vapeur ????

      Amitiés

  • Taverne Taverne 31 août 12:09

    A l’EHPAD, je t’ai pas dit,
    Y’a comme un goût de paradis.
    Même Fleur qui a l’Alzheimer
    Se met à chanter « La Mer ».

    Un de ces airs qui traînaient
    Dans sa pauvre mémoire en fuite.
    Ses compagnons prennent la suite
    Et se mettent à chanter Trénet.

    A l’EHPAD, je t’ai pas dit,
    Y’a comme un goût de paradis.
    John est atteint de Parkinson :
    Il s’prend pour l’amiral Nelson.

    Jacques a la voix qui tonne
    Il ressemble à Buster Keaton.
    Et voilà qu’on n’a pas dit « ouf » !
    Roger se prend pour Surcouf


  • hervepasgrave hervepasgrave 31 août 14:58
    • Bonjour,belle article,mélangeant art ,culture et éducation.
    •  La chose a retenir c’est que tu as donné tes paroles ,ouf ! l’honneur d’artiste intègre est sauf.
    • Tu ne les a pas vendu et sont libre de droit.Je reste sur le cul.
    • Maintenant souligner qu’heureusement l’art est un partenaire de combat contre l’illettrisme c’est certainement osé.
    • Car s’il y avait une chose malheureuse a retenir cela serait que tout art véritable ne peux que se transmettre qu’oralement car libéré des contraintes de l’argent et de la possession.
    •  Un petit rappel tout à la gloire des vrais artistes qui en plus d’être doués dans leur art ,ont laissé cela a disposition de l’humanité .
    • Et pourtant quand ces êtres là disparaissent . Ne voyons nous pas que l’artiste aussitôt enterré les autres reprennent les chansons et textes sans perdre de temps, pour se faire quelques menus monnaie.L’hommage mon cul ,je le sais mon art est vulgaire dans tous les sens littéraires
    • Et en plus quand ces idoles que nous aimons enfantes ,leur descendants aussitôt deviennent des cannibales des droits d’auteurs pour chier et gras et se mettre a l’abri leur flemmardise et de leur nullité.
    • Maintenant pour l’éducation ,il suffit de devenir adulte surtout a notre époque pour s’apercevoir qu’il n’y a qu’une culture imposée par ceux qui possèdent les moyens d’expressions ,qu’ils monopolisent a leur aise et convenances. C’est beau de chanter l’amour ,la justice ,mais il ne faut pas que cela deviennent de l’intox vendu par des marchands.
    • Alors pour défendre l’art ,la culture c’est peine perdu a l’heure actuelle ,car elle n’est jamais gratuite et libre.
    • Et pour info ,tu es privilégié déjà de pouvoir l’exercer, même sans gloire ni reconnaissance.Alors Je voudrais comprendre en dehors des belles phrases ce que tu voulais faire comprendre et partager ?
    • cestpasgrave !

    • C'est Nabum C’est Nabum 1er septembre 07:54

      @hervepasgrave

      Je veux que mes textes fassent leur route en dehors des circuits mercantiles

      Il suffit de m’en demander et je les donne


    • barbarossa 8 septembre 11:40

      @hervepasgrave

      .« Alors Je voudrais comprendre en dehors des belles phrases ce que tu voulais faire comprendre et partager ? »


      Un petit moment d’émotion peut - être ?

      « tout art véritable ne peux que se transmettre qu’oralement »

      C’est ainsi qu’à cause d’un malentendant vœu de charité est devenu voeu de chasteté- et malheureusement il n’y a pas que les intéressés qui l’ont eu dans ..
       baba :-> 


  • Mélusine7 Mélusine7 31 août 19:59

    et aussi : https://www.youtube.com/watch?v=IInoIB1V1LU.

    The Highwayman starring Guy of Gisborne and Marian of Knighton

  • Mélusine7 Mélusine7 31 août 20:08

    Si vous avez le bonheur mélancolique :https://www.youtube.com/watch?v=euUCPPi0LPA


  • olivier cabanel olivier cabanel 1er septembre 10:06

    bravo d’avoir défendu la chanson dans son ensemble,

    que l’on soit célèbre, ou un modeste artiste, on a tous besoin d’être entendus
    voici une de mes créations... smiley

    • C'est Nabum C’est Nabum 1er septembre 10:19

      @olivier cabanel

      Je me précipite à votre écoute


    • barbarossa 8 septembre 11:17

      @olivier cabanel


      très appréciée, merci !
      dommage, et ce n’est pas de ta faute, que le titre de ta chanson suscite en moi des sentiments gênants car ils me renvoient au titre homonyme de ce film de Benigni, oscarisé et encensé dans le monde entier, qui est pour moi l’expression la plus abjecte d’une volonté de manipulation de la sensiblerie à des bas fins commerciaux. 
      (Dans ce film après une première partie qui voudrait nous faire rire avec des gags qui étaient déjà éculés du temps du muet et d’une séquence entière copiée d’un film de Pierre Richard - à qui physiquement par ailleurs Benigni ressemble vaguement - nous voila lancé dans une seconde partie qui utilise tous les poncifs possibles pour faire pleurer Margot. Et où les critiques lui pardonnent toute invraisemblance au titre de licence poétique).

      Excusez-moi tous la digression. 

  • barbarossa 8 septembre 11:27

    La photo qui illustre cet article me fait penser à la dame accordéoniste qui joue dans une très belle version du « petit bal perdu » de Bourvil, cette chanson entêtante par son refrain qui suscite un profond vague à l’âme.


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