vendredi 31 janvier - par Robin Guilloux

Alain Demouzon : la poésie du réel

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Alain Demouzon, Mouche - Le premier-né d'Egypte - Un coup pourri - Adieu, La Jolla - Le complot du café rouge - Assomption pour les Charlots, présentation de Jacques Baudou, Librairie des Champs-Elysées, collection Le Masque, Tome 1.

L'auteur : 

Né à Lagny-sur-Marne le 13 juillet 1945, Alain Demouzon est un romancier, scénariste, nouvelliste, reporter et essayiste, auteur de romans policiers et de littérature d'enfance et de jeunesse. Il a publié, depuis 1975, une quarantaine d’ouvrages. Par deux fois récompensé par le prix Mystère de la critique (en 1979 et 2001), il a reçu en 1992 le prix Paul-Féval de littérature populaire pour l’ensemble de son œuvre.

Extrait de la présentation de Jacques Baudou :

"Alors au bout du voyage, l'angoisse devient terrible, car on avoue s'être trompé, alors qu'il fallait tromper les autres ; ceux qui lisent et sont prêts à croire nos merveilleux mensonges." (Alain Demouzon, Le Gendarme des barrières)

"L'oeuvre d'Alain Demouzon brille d'un éclat tout particulier. Par la qualité de son écriture, par le poli inhabituel du texte dans une littérature de genre. Par la variété, la diversité de l'inspiration, la faculté de l'auteur de se mouvoir avec aisance du roman noir au suspens, du roman d'enquête traditionnel au réalisme poétique. Par sa volonté d'explorer son propre territoire romanesque en poussant jusqu'à la limite incertaine, floue qui sépare littérature policière et littérature "blanche". Par sa formidable dextérité de constructeur d'intrigues qui est particulièrement évidente dans ses tous premiers titres. A relire Mouche ou Le premier-né d'Egypte aujourd'hui, on peut comprendre la chaleur de l'accueil critique qui leur fut réservé, surtout si on les compare aux polars français des années 90 et à leur structure invertébrée... L'épreuve du temps n'a pas entamé les fictions policières d'Alain Demouzon qui n'ont rien perdu de leur puissance, de leur pouvoir d'envoûtement, ainsi que le lecteur pourra l'éprouver. Elles se sont même, comme le vin, bonifiées !"

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Extraits :

"Pourquoi avait-il fallu qu'ils se connussent dans d'aussi mauvaises conditions - un bar à marins dans un port triste - alors qu'elle venait de tomber dans la prostitution et que lui, débarqué une heure plus tôt d'un pétrolier, était déjà presque ivre mort ? C'était sans doute ce qu'on appelle le destin, pour éviter de se poser trop de questions. Dans d'autres circonstances, peut-être auraient-ils pu franchement se regarder en face et décider de vivre ensemble ? Maintenant, ils ne pouvaient qu'être amis et amants.

Flécheux s'allongea sur le lit et, les bras croisés derrière la tête, regarda le plafond. La machine à coudre scandait le silence avec une régularité qui donnait envie de dormir. Flacheux se sentit envahi d'une torpeur dangereuse. Pour ne pas se laisser aller au sommeil, il raconta à Michèle pourquoi il était venu à Paris. La machine ne s'arrêta pas pour autant et Michèle ne releva pas un seul instant le nez de son ouvrage.

Mais Flécheux savait qu'elle écoutait et qu'elle était contente.

Lorsqu'il avoua à quel point il était étrangement fasciné par la jeune inconnue dont il était à la recherche, elle jeta un regard rapide vers lui et comprit sans doute la réalité de son émotion." (Mouche, p.76)

"Les circonstances de la mort de Rozan, ce qu'il savait de Mouche, l'origine indéterminée du carton d'invitation, autant que la bizarre attitude de Sonia, se conjuguaient pour faire de cette enquête une des plus étonnantes que Flécheux ait jamais menée. La vieille dame n'avait pas menti : c'était vraiment une affaire exceptionnelle !

Pourtant, l'excitation passionnée n'était pas le sentiment dominant du détective. C'était plutôt l'angoisse. Une angoisse sourde et indéfinissable, comme s'il se fût lui-même trouvé menacé par la suite des événements. Ce qui le remplissait le plus d'appréhension, c'était qu'à côté de sa propre quête s'organisait, il le sentait bien, une autre chasse, plus complexe et plus illogique, du moins en apparence, comme si des esprits habiles et malfaisants étaient à l'affût dans l'ombre, prêts à se servir de lui comme d'un rabatteur avant de le considérer à son tour comme un gibier.

Certes, ce n'était qu'une impression, vague et lancinante, une douleur prémonitoire, dont l'irréalité lui semblait masquer de grands dangers. Bien que conservant extérieurement l'apparence du calme le plus complet, il ne doutait pas de l'imminence du déclenchement d'une action brutale - qu'il espérait autant qu'il la redoutait. C'est l'esprit plein de confusion qu'il descendit du bus au coin de la rue du Fief, à deux pas des studios." (p.105-106)

A propos de Mouche :

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Depuis douze ans qu'il est enquêteur privé dans une petite ville de province, Robert Flécheux s'entend régulièrement proposer une affaire qui n'est "exceptionnelle" que pour ses clients...

... Jusqu'au jour où on lui demande de retrouver Mouche, une jeune fille à la personnalité insaisissable, disparue dans les bas-fond du cinéma parallèle à Paris. D'abord réticent, le détective à la quarantaine désabusée cède peu à peu à l'envoûtement du mystère de Mouche.

Flécheux a raté pas mal de choses dans sa vie, il a rompu avec son passé, prétend ne plus croire à l'aventure et s'accorde un retour d'innocence que cette descente dans les ténèbres va malmener, bien au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer... (d'après babelio)

Mon avis sur l'auteur et sur l'oeuvre :

Dans sa préface aux œuvres policières complètes d'Alain Demouzon dans la collection du Masque, Jacques Baudou décerne des éloges mérités à cet auteur talentueux qui domina le paysage du roman policier français, avec deux ou trois autres comme Pierre Magnan, Pierre Siniac ou Georges Arnaud...

Ses romans réunissent en effet tous les ingrédients d'un bon policier : une intrigue solidement charpentée, une enquête relativement traditionnelle, du moins dans les premiers romans, un suspense savamment distillé, des rebondissements imprévus, un personnage de privé atypique et attachant, une écriture de haute tenue, à la fois nerveuse et ciselée, qui ajoute de nouvelles lettres de noblesse à un genre sottement dédaigné par les puristes... 

A cette savoureuse (et savante) recette, Demouzon ajoute un secret qu'il partage avec un autre grand chef, Georges Simenon, quand il évoque, notamment dans Mouche, les intérieurs de province, les rues, les cafés, le métro et les endroits étranges de Paris : l'art de faire partager la poésie du réel.

 



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