lundi 12 octobre 2020 - par Robin Guilloux

Hannah Arendt, Le mensonge en politique

Hannah Arendt, Du mensonge à la violence
Hannah Arendt, Du mensonge en politique (questions sur un extrait)

L'auteur :

Née en Allemagne, dans une famille juive, Hannah Arendt (1907-1975) s'inspire des bouleversements du XXème siècle pour fonder sa réflexion. Fuyant in extremis l'Allemagne nazie, exilée en France, puis aux Etats-Unis, influencée par Heidegger et Jaspers, liée à Walter Benjamin, cette femme, que l'on redécouvre aujourd'hui en France, nous a laissé une œuvre puissante, où le politique reprend ses droits.

L'oeuvre :Hannah Arendt propose une réflexion générale sur le politique, à travers ses concepts fondamentaux. Elle étudie le rôle du mensonge et des techniques d'intoxication, et la manière de les combattre. Elle développe sa réflexion sur la notion de violence, sur les relations entre une structure étatique et les formes de contestation qui peuvent s'y opposer : la désobéissance civile, dont elle montre le développement aux Etats-Unis, et son importance à côté des voies classiques de recours et de contestation ; la violence des révoltes, dans les pays gouvernés par un régime totalitaire où se développe la bureaucratie.

Quatre textes majeurs, proposant des analyses qui s'appuient aussi bien sur la tradition philosophique que sur l'actualité de notre temps - y voisinent Platon et un rapport du Pentagone -, enracinent ainsi une réflexion brillante dans le terrain des préoccupations contemporaines.

Extrait : 

"Il faut nous souvenir, quand nous parlons de mensonge, et particulièrement du mensonge chez les hommes d'action, que celui-ci ne s'est pas introduit dans la politique à la suite de quelque accident dû à l'humanité pécheresse.

De ce fait, l'indignation morale n'est pas susceptible de le faire disparaître. La falsification délibérée porte sur une réalité contingente ; c'est-à-dire sur une matière qui n'est pas porteuse d'une vérité intrinsèque et intangible, qui pourrait être autre que ce qu'elle n'est. 

L'historien sait à quel point est vulnérable la trame des réalités parmi lesquelles nous vivons notre existence quotidienne ; elle peut sans cesse être déchirée par l'effet de mensonges isolés, mise en pièces par les propagandes organisées et mensongères de groupes, de nations, de classes, ou rejetée dans l'oubli.

Pour que les faits soient assurés de trouver durablement place dans le domaine de la vie publique, il leur faut le témoignage du souvenir et la justification de témoins dignes de foi. Il en résulte qu'aucune déclaration portant sur des faits ne peut être entièrement à l'abri du doute - aussi invulnérable à toute forme d'attaques que, par exemple, cette affirmation : deux et deux font quatre.

C'est cette fragilité qui fait que, jusqu'à un certain point, il est si facile et si tentant de tromper. La tromperie n'entre jamais en conflit avec la raison, car les choses auraient pu se passer effectivement de la façon dont le menteur le prétend. 

Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le menteur possède le grand avantage de savoir d'avance ce que le public souhaite entendre ou s'attend à entendre. 

Sa version a été préparée à l'intention du public, en s'attachant tout particulièrement à la crédibilité, tandis que la réalité a cette habitude déconcertante de mettre en présence de l'inattendu, auquel nous n'étions nullement préparés."

(Hannah Arendt, "Du mensonge en politique", 1971)

Commentaire de l'extrait :

Le thème du texte est le mensonge en politique. Selon l'auteure, il est facile et tentant pour les hommes politiques de tromper parce qu'aucune déclaration portant sur des faits ne peut être entièrement à l'abri du doute.

Elle avance les arguments suivants :

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a) Le mensonge ne s'est pas introduit par hasard dans la politique.

b) L'indignation morale ne peut pas le faire disparaître.

c) Le mensonge porte sur des réalités contingentes et non sur des réalités nécessaires.

d) Les réalités dans lesquelles nous vivons sont vulnérables.

e) Cette fragilité fait qu'il est facile et tentant de tromper.

f) La tromperie n'entre jamais en conflit avec la raison.

g) Le mensonge est souvent plus plausible, et donc plus tentant, que la réalité.

L'auteure ne donne pas d'exemples.

Les "hommes d'action" sont les responsables politiques. Le mot "action" se distingue (sans forcément s'opposer) au mot "réflexion". "Que de choses il faut ignorer pour agir !", disait Paul Valéry.

Certains hommes d'action sont (heureusement) aussi des hommes de réflexion qui réfléchissent avant d'agir, savent s'entourer conseillers compétents, ce qui implique qu'ils ont l'humilité de ne pas se croire infaillibles, ont un code moral qui leur interdit d'obéir à la maxime "qui veut la fin veut les moyens".

D'autres, au contraire, qui ne sont peut-être pas les plus nombreux, mais sont souvent malheureusement les plus influents agissent sans penser aux conséquences de leur action, n'ont pas de conseillers ou ne les écoutent pas, suivent une idée fixe, à une idéologie, obéissent à des convictions personnelles. Jules César, Napoléon Bonaparte (l'ambition personnelle), Adolf Hitler (l'antisémitisme, la pureté de la race) étaient des hommes d'action. De nos jours, on peut qualifier d'hommes d'action des gens comme le président du Brésil Jair Bolsonaro, le président des Etats-Unis, Donald Trump, ou encore le président de la Turquie, Recep Erdogan.

"Le mensonge ne s'est pas introduit dans la politique à la suite d'un accident dû à l'humanité pécheresse" : Hannah Arendt refuse de donner au mensonge en politique une explication théologique.

Selon certains théologiens, le mensonge est lié au péché originel et à la chute de nos premiers ancêtres, Adam et Eve qui ont désobéi à Dieu en mangeant de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Avec la mort, la souffrance de l'enfantement, la domination de l'homme sur la femme et le dur travail, le mensonge est entré dans le monde. Le tentateur, le diable est appelé dans la Torah et dans les Evangiles "le père du mensonge" ("Vous serez comme des dieux"). Hannah Arendt refuse de faire du mensonge une essence métaphysique. Elle se montre ici fidèle à Machiavel et à la tradition humaniste : le mal ne vient pas du diable, mais des hommes et si une part vient du diable (de forces surnaturelles), nous ne pouvons en saisir que les effets humains et faire la part de la responsabilité humaine.

L'indignation morale n'est pas susceptible de faire disparaître le mensonge parce qu'elle intervient après coup (et souvent trop tard) quand le processus déclenché par le mensonge est déjà entamé. On peut dire aussi que l'indignation morale est le fait d'individus isolés, par exemple les lanceurs d'alerte comme Julian Assange, et fragiles par rapport aux puissants intérêts auxquels ils s'attaquent. L'indignation morale relève de l'éthique, parfois du droit, mais, comme l'a remarqué Pascal dans les Pensées, la justice et la vérité sont sans force, alors que le mensonge a la force de son côte.

"Contingente" est le contraire de "nécessaire". Une réalité contingente est une réalité qui aurait pu ne pas être". Certains pensent que les événements qui se déroulent dans la vie des nations et des individus sont nécessaires, qu'ils n'auraient pas pu ne pas se produire et tendent vers une fin (Hegel par exemple), d'autres qu'ils sont "contingents", qu'ils auraient pu ne pas se produire ou se produire autrement.

Duns Scott, théologien du Moyen-Âge qu'Hanna Arendt connaissait bien explique que nous avons tendance à croire que les événements historiques sont nécessaires parce que nous nous situons après leur réalisation et non avant. Prenons par exemple l'attaque terroriste sur les tours jumelles à Manhattan (New-York). Les uns prétendent que cette attaque était contingente, qu'elle aurait pu ne pas se produire, mais d'autres prétendent qu'elle s'est produite nécessairement, en vertu d'un enchaînement de causes et d'effets soumis à un strict déterminisme.

Nous disons que les événements historiques sont "contingents" parce que nous ne connaissons pas toutes les causes de ces événements et que nous ne prenons pas en considération la "fatalité" de leur enchaînement.

Cependant, pour Hannah Arendt, comme pour Duns Scott, dire que les événements se produisent nécessairement revient à décharger les individus et les peuples de leurs responsabilités.

Note : Dans La Vie de l'Esprit, Hannah Arendt consacre un chapitre entier, le chapitre 12, à Duns Scot "le philosophe de la contingence", auquel elle rend un hommage appuyé. L'enjeu pour Duns Scot est de "sauvegarder la liberté" et l'on sent bien qu'elle partage le souci du "docteur subtil". A propos des deux dernières guerres, elle s'étonne par exemple que la plupart des historiens évoquent ces événements comme s'ils n'eussent pas pu ne pas se produire, "chaque théorie sélectionnant une cause unique". Or, remarque Hannah Arendt "rien n'est plus plausible que la coïncidence de plusieurs causes, auxquelles une dernière est venue s'ajouter ; dans la "cause contingente" des deux explosions." (p. 446)

L'illusion de la nécessité vient du fait que nous considérons les événements une fois qu'ils se sont produits et nous avons du mal à nous débarrasser de l'idée qu'ils eussent pu ne pas se produire ou se produire autrement. "Tout ce qui est passé est absolument nécessaire." affirme Duns Scot, mais ce n'est pas pour autant que tout ce qui s'est passé s'est produit nécessairement : "Tout ce qu'on peut dire de l'actuel c'est que, de toute évidence, il n'était pas impossible ; on ne pourra jamais prouver qu'il était nécessaire, pour la seule raison qu'il se révèle maintenant infaisable d'envisager un état de fait dans lequel il ne s'était pas produit." (p. 447)

Exemple de vérité intrinsèque et "intangible" : les vérités mathématiques, comme 2 + 2 font 4 (exemple donné par Hannah Arendt) et peut-être, dans une certaine mesure, les vérités scientifiques établies, bien qu'elles puissent être remises en cause à l'avenir.

La trame des réalités dans lesquelles nous vivons notre existence quotidienne est vulnérable parce qu'il y a, comme disaient les stoïciens une quantité de choses qui ne dépendent pas de nous, par exemple la guerre et la paix, les traités commerciaux, les armes de destruction massives, les intérêts économiques (pétrole, industrie d'armement, etc.) les décisions de ceux qui nous gouvernent, etc.

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L'historien est particulièrement bien placé pour le savoir parce qu'il vit à deux niveaux différents : celui de l'homme ordinaire qui existe dans le présent. Ses regrets, ses espoirs et ses soucis portent habituellement sur des réalités personnelles et concrètes et son métier d'historien, qui l'oblige à considérer l'universel et à insérer le particulier dans l'universel et donc à dépasser le particulier. Ayant étudié par exemple les causes de la Première Guerre mondiale, il est bien placé pour constater la vulnérabilité des réalités dans lesquelles les hommes vivent leur existence quotidienne. L'homme de la rue qui vaquait à ses occupations ordinaires, le futur poilu, la future ouvrière d'une usine d'armement n'avaient aucune prise sur le déroulement des événements (les système d'alliance, l'attentat de Sarajevo, etc.)

Les différentes formes de mensonges sont :

a) Les mensonges isolés, par exemple certains "tweets" du président Trump sur de prétendues fraudes électorales à venir, les "fake news", etc.

b) Les propagandes organisées et mensongères. Hannah Arendt fait allusion aux deux grands phénomènes totalitaires qui ont marqué le XXème siècle : le nazisme et le communisme, mais aussi à la propagande américaine pendant la guerre du Vietnam.

c) l'oubli, la négation des faits, le négationnisme, par exemple l'effacement sur une photographie de Léon Trotski, à côté de Lénine durant la révolution d'octobre par les services de propagande de Staline ou l'affirmation selon laquelle "les chambres à gaz n'ont jamais existé".

Selon Hanna Arendt, les deux conditions pour que les faits soient assurés de trouver durablement place dans le domaine de la vie publique sont : a) le témoignage du souvenir ; b) la justification de témoins digne de foi. Ces deux conditions sont elles-mêmes vulnérables, par exemple le souvenir peut s'estomper, les témoins des événements disparaissent progressivement, d'où la nécessité de ce que l'on appelle le "devoir de mémoire". Les faits ne sont pas assurés de trouver durablement place dans le domaine de la vie publique ; risquent de sombrer dans l'oubli si les "hommes d'action" le souhaitent et si nous ne faisons pas l'effort de nous souvenir. L'enjeu n'est pas seulement le souvenir des événements passés, mais d'éviter que certains phénomènes ne se reproduisent plus dans l'avenir, comme le totalitarisme, les persécutions antisémites, etc.

Aucune déclaration portant sur des faits ne peut être à l'abri du doute parce que nous n'avons pas la possibilité de vérifier l'authenticité des faits ; nous sommes souvent obligés de croire les hommes politiques sur parole et nous ne sommes pas toujours capables de discerner entre le vrai et le faux.

Si, avec Thomas d'Aquin, l'on définit la vérité comme l'adéquation entre le jugement et le réel (adequatio rei et intellectus), nous n'avons pas toujours prise sur le réel. Nous sommes quotidiennement bombardées d'informations souvent contradictoires dont n'avons pas la possibilité de vérifier l'authenticité. Ce phénomène est amplifié par les moyens modernes de communication comme Internet et les réseau sociaux (Facebook, Tweeter).

L'exemple que donne l'auteur de déclarations invulnérables à toute forme d'attaque sont les énoncés mathématiques. Mais le problème est que les énoncés mathématiques sont formellement vrais, mais ne correspondant à rien de réel (quand je dis 2+2=4, il peut s'agir indifféremment de 2 hommes ou de deux fourmis).

Les mathématiques sont sans doute des modèles de rigueur, mais il n'est pas sûr qu'ils puissent nous servir à nous orienter dans le monde des faits. Le monde des nombres est en effet "invulnérable à toutes forme d'attaque", du moins à certaines conditions (adhérer aux vérités mathématiques), mais le monde de la nature (la physique) l'est déjà un peu moins et les événements historiques encore moins.

L'assertion : "Neil Armstrong a posé le pied sur la lune le 21 juillet 1969" n'est pas du même ordre que "2+2=4" et elle a d'ailleurs été contestée, comme l'attaque du 11 septembre sur les tours jumelles et sur le Pentagone et bien d'autres "faits" historiques. La raison en est que nous ne pouvons pas être personnellement témoins des événements qui sont "médiatisés" par les livres d'Histoire et les documents d'archives et que nous sommes obligés de croire les témoins sur parole.

C'est la raison pour laquelle il est si facile et si tentant de tromper. Il est facile de tromper parce que nous n'avons pas toujours la possibilité de vérifier l'exactitude, l'authenticité, la réalité des faits et il est tentant de le faire parce que la manipulation des faits peut permettre aux "hommes d'action" d'assoir leur pouvoir.

La tromperie n'entre jamais en conflit avec la raison parce que les faits allégués sont souvent vraisemblables et argumentés. Les menteurs prennent soin de donner des "preuves" de ce qu'ils avancent et de ne pas avancer des faits et des arguments qui paraitraient totalement aberrants pour la majorité des gens dotés d'un minimum de bon sens.

On peut donner comme exemple les allégations de Staline selon lesquelles le massacre des officiers polonais dans la forêt de Katyn avait été perpétré par les nazis. Ces allégations étaient fausses (le massacre fut perpétré par les soviétiques), mais vraisemblables (les armes étaient allemandes).

Plus près de nous, les allégations du gouvernement américain, à la veille de la deuxième guerre du Golf et pour justifier l'intervention en Irak, selon lesquelles l'Irak était doté d'armes de destruction massives. Les Américains ont fourni de prétendues "preuves" qui ont convaincu de nombreux Américains et d'Européens de la vérité de ces allégation parce que, à défaut d'être vraies, elles étaient vraisemblables.

En réalité, le président des USA, George W. Bush, savait parfaitement que l'Irak ne disposait pas d'armes de destruction massive, mais il avait besoin du soutien de l'opinion public pour légitimer l'invasion de l'Irak pour abattre le régime de Saddam Hussein. On voit bien ici comment le mensonge sert à légitimer la violence et l'idée d'une "guerre juste".

Hannah Arendt affirme que le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison, que la réalité. Le mensonge est souvent plus plausible que la réalité parce que "la réalité dépasse (souvent) la fiction", elle n'est pas toujours vraisemblable. Par exemple, la plupart des hommes du début du XIXème siècle aurait jugé invraisemblable qu'un homme marche un jour sur la Lune. Un homme de notre époque dont la raison et l'expérience seraient restées semblable à celle d'un homme du début du XIXème siècle pourrait effectivement être tenté de nier qu'un homme ait posé le pied sur la Lune.

C'est pourquoi aussi la réalité, selon l'auteur est moins plausible que le mensonge. Selon elle, "la réalité a cette habitude déconcertante de mettre en présence l'inattendu, auquel nous n'étions nullement préparés". Nos parents, nos grands-parents, nos arrière grands-parents n'étaient pas préparés à l'attentat de Sarajevo, à la rupture des accords de Munich, à la "Blitz Krieg", pas plus que nous n'étions préparés aux attentats du 11 septembre 2001.

"Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité. L'avantage du menteur est qu'il connaît les désirs du public et sait ce qu'il souhaite entendre. Sigmund Freud distingue entre l'erreur et l'illusion. L'erreur vient de l'entendement, de la raison, on peut la dissiper par des arguments rationnels (2+2=4), mais l'illusion, vient du désir, du monde obscur de l'affectivité, des sentiments, des intérêts, des émotions. Elle est beaucoup plus difficile à extirper.

Les menteurs ont l'habileté de flatter les illusions du public, tout en ayant soin de rester "plausibles". Un grand nombre de gens ne croient qu'à ce qu'ils ont envie de croire, n'écoutent que ce qu'ils ont envie d'entendre. Les "hommes d'action", les démagogues, en tant qu'experts dans la manipulation des masses le savent parfaitement et ajustent leurs discours aux attentes du public.

 



17 réactions


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 12 octobre 2020 13:29

    D’où l’importance de développer son intuition,... qui est le fruit de notre histoire personnelle. Cela sent le truqué ou l’authentique. Parfois certains mensonges en apparence ont un fond de vérité.... Ils ont aussi quelque chose à nous apprendre. Si on ment c’est qu’l y a quelque chose à cacher...


    • Ruut Ruut 13 octobre 2020 10:01

      Le mélange de faits et de contre vérité de cet article est assez dommageable a l’ensemble.
      Surtout pour un article qui traite du mensonge.

      Un gâchis.


  • rogal 12 octobre 2020 13:31

    « Selon certains théologiens, le mensonge est lié au péché originel »

    Péché originel qui, en tant que fable, est lui-même un mensonge de théologiens.


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2020 13:41

    Hannah Arendt est à l’origine du concept de « totalitarisme » qui a permis à des idéologues de tous poils de faire l’économie d’analyse réelle en mettant dans le même sac nazisme et stalinisme par la magie d’un mot.

    Si cet amalgame est contestable, il reste que pour elle, un « système totalitaire » n’est pas un des régime fixe, mais un mouvement, une dynamique pour détruire la réalité et les structures sociales, un mouvement "international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques". Et, contrairement au régime autoritaire classique qui se limite à un territoire déterminé, un régime » totalitaire » est à la recherche d’une domination totale et sans limites.

    L’offensive « sanitaire » du réseau mondialiste rentre-t-elle dans cette catégorie ?


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 15 octobre 2020 10:30

      @Séraphin Lampion
      Hannah Arendt déverse des platitudes, c’est surtout pour ça qu’elle jouis d’une telle renommée. Si on devrait juger les intellectuels par leur degré de subversion des institutions bourgeoise, Arendt serait dans la catégorie « caniche à sa mèmère »


  • Gollum Gollum 12 octobre 2020 14:14

    Cependant, pour Hannah Arendt, comme pour Duns Scott, dire que les événements se produisent nécessairement revient à décharger les individus et les peuples de leurs responsabilités.


    Ce que dément totalement le comportement de tous les tenants de l’absence de libre arbitre de Spinoza à Abellio en passant par Nietzsche. La phrase plus haut est une fable colportée par les tenants du libre-arbitre pour diaboliser ceux de l’autre bord... En bref, un mensonge.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 12 octobre 2020 14:40

      @Gollum

      Votre point de vue m’intéresse parce que je suis en train réfléchir en ce moment sur le sujet et je trouve d’un côté Hannah Arendt (et Duns Scott), Spinoza et Abellio de l’autre. Si j’ai bien compris, il serait possible de concilier le déterminisme et la liberté humaine (la capacité de changer les choses, de se changer soi-même, de changer les (mauvaises institutions), on pourrait ajouter Freud et son fameux « Là où c’était (le déterminisme de l’inconscient), je dois advenir ». J’ai trouvé, parmi les partisans du déterminisme, un philosophe américain contemporain, Thomas Nagel. Je ne faisais que donner l’avis d’Hannah Arendt qui se place plutôt du côté de la contingence. En ce qui me concerne, je serai plutôt partisan du déterminisme. Mais j’essaye de concilier le déterminisme avec la liberté (vaste problème !). La solution kantienne de placer la liberté du côté des noumènes pour dépasser les antinomies de la raison pure ne me satisfait pas trop. 

      http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/2020/09/thomas-nagel-reflexion-sur-le-le-libre-arbitre-questions-reponses.html

      Vous remarquerez que Thomas Nagel analyse la question du choix dans des termes diamétralement opposés à ceux d’Hannah Arendt. Il est vrai qu’il évoque le choix individuel et non le choix collectif.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2020 15:02

      @Robin Guilloux

      Le « libre-arbitre » ne s’oppose pas au « déterminisme » (qu’il soit divin ou naturel), mais à d’autres réalités autrement plus contraignantes, comme l’éducation et le grégarisme, coercitions qui conditionnent les êtres humains. La loi, la société, les contraintes physiques et le mimétisme de groupe, voilà le véritable déterminisme.


    • Gollum Gollum 12 octobre 2020 16:15

      @Robin Guilloux

      Bonjour. Je ne peux que souscrire aux réflexions de Nagel sur cette alternative : fruit ou gâteau... Du reste, ce sont les arguments de Spinoza comme c’est noté à la fin.

      Pour Scott comme il s’agit d’un religieux il est déjà prédéterminé (lol) à choisir le libre-arbitre car le libre-arbitre permet le moralisme donc avalise la thèse du péché originel librement consenti.

      D’une façon générale il y a deux catégories d’esprit. Ceux qui supposent un arrière fond psychique conséquent et qui choisit au fond à notre place et sont donc pour l’absence de libre-arbitre et les autres qui valorisent à outrance le moi libre et souverain sans s’apercevoir de tout l’arrière monde qui permet cette illusion.

      Les premiers sont souvent des introvertis, les autres des extravertis. La notion de personne ou d’individu n’est pas fondamentale pour les premiers et ils sont plutôt globalistes, la personne étant débordée de toute part par des forces qui la dépasse, les autres valorisent le local par rapport au global et croient à l’indépendance des phénomènes entre eux... et valorisent la personne comme lieu de toutes les libertés.

      Pour les premiers la liberté c’est d’accepter la dynamique des choses et donc la lucidité est fondamentale. Dire oui au destin. Pour les autres le destin n’existe pas et je suis « libre » de le choisir et donc ils privilégient l’action. Sans s’apercevoir que s’ils privilégient l’action c’est parce qu’au fond ils ont l’énergie pour cela avec le besoin physiologique et au fond non contrôlé d’agir...

      Les premiers chercheraient à s’affranchir de l’ego, les autres à l’affermir. Les premiers sont de tempérament oriental, porté à la contemplation, les autres sont des occidentaux.. portés à l’action (on est arrivé d’ailleurs sur ce point à un extrême quasi pathologique)

      Les premiers sont Yin féminins, les autres Yang masculins.

      Etc, etc, etc... 

      Quoiqu’il en soit il s’agit de deux polarités contradictoires et complémentaires qui ont toutes les deux raisons dans leur champ propre de vécu. Mais il y en a un qui a un peu plus raison que l’autre, vous devinez lequel.

      Le Lao Zi proclame : connais le masculin mais choisis le féminin.


  • amiaplacidus amiaplacidus 12 octobre 2020 16:35

    Hannah Arendt, enamourée du nazi Heidegger, cela me laisse songeur.

    Il est vrai que je ne suis pas philosophe.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2020 17:50

      @amiaplacidus

      « Nous sommes confrontés à une conception hautement aristocratique et sélective du politique, où ce qui seul importe, c’est de savoir “choisir ses compagnons”. (…) Pour s’être résolument et sciemment mise dans les traces de Heidegger, elle en est venue à faire sienne sa vision dévastatrice de la modernité et sa déshumanisation de “l’animal laborieux”. » -Emmanuel Faye - Arendt et Heidegger. Extermination nazie et destruction de la pensée.

      Peu de gens ont lu Hannah Arendt et ne connaissent de son œuvre que ce que ses exégètes coreligionnaires ont bien voulu en faire. Elle a fait des bourreaux et des victimes de l’extermination les rouages presque interchangeables d’une machine de mort qui les dépassait, ce qui recoupe ce que Heidegger a appelé la « fabrication de cadavres » mise au compte de la technique comme « l’agriculture mécanisée ». Elle a aussi, en fait, sous-estimé la responsabilité des dirigeants nazis avec le concept de « banalité du mal » appliqué à Eichmann, et la disculpation quasi totale de celle des intellectuels qui avaient soutenu le régime. Sa conception du « vivre ensemble » se recoupait avec celle du « Dasein » heideggérien, soit l’aventure partagée de la communauté, du peuple, comme il est dit dans Être et Temps, et qui serait au fond « la grandeur interne » du nazisme que Heidegger ne cessera de revendiquer. Si Arendt ne va pas jusque-là, elle n’en partage pas moins avec lui une vision antidémocratique et élitaire, à l’opposé du marxisme qu’on lui a souvent attribué à tort.


    • amiaplacidus amiaplacidus 12 octobre 2020 18:07

      @Séraphin Lampion

      Décidément, Séraphin, après que j’aie vu que vous avez de saines lectures ( O. Mirbeau), vous me plaisez de plus en plus.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2020 19:10

      @amiaplacidus

      je suis hétéro !


    • amiaplacidus amiaplacidus 13 octobre 2020 10:55

      @Séraphin Lampion
      Rassurez-vous, moi aussi !


  • vraidrapo 12 octobre 2020 18:07

    Je ne pense pas qu’Hannah Arendt aurait gobé la VO 911.

    De manière générale, elle ne se faisait pas d’illusion sur la « générosité » de la politique US...


  • velosolex velosolex 13 octobre 2020 00:27

    Votre article est brillant. toutefois j’ai du mal à adhérer aux différents points de vue philosophiques, tant chacun me semble incomplet, et ne représente qu’un face de la vérité qui se dérobe, à propos du mensonge. Le monde idéal où nous ne pourrions mentir, en premier à nous mêmes, serait désespérant. La vérité la plus terrible étant la mort. Voilà peut être le secret de nos évitements envers elle, une beau marbre ressemblant à un gisant. 

    Nous naissons avec le mensonge. L’enfant s’en amuse, vérifie son pouvoir de manipulation. La vérité est moins facile à tenir, et nous fait moins de grâce. De plus nous ne savons jamais si nous la détenons, contrairement au mensonge, qui se déguise, et nous fait de l’œil, pour nous aider à séduire. C’est un marché de dupe qui laisse insatisfait, comme le jour où nous pouvons danser avec une jolie fille, grâce à un beau masque de carnaval vénitien.

    Il arrive que les menteurs, se doublent de paranoïaques, et soi assez infatués pour croire eux même à leur mensonge. . C’est ainsi qu’on passe de Casanova à Trump. Est encore un menteur, ou un fou ? Le mensonge me semble reposer sur un socle de probabilités hypothétiques élégantes. C’est ainsi que nous les acceptions. Ils nous disent ce que nous voulons entendre. Quand les foules écoutent le discours délirant d’un fou, c’est qu’il a décidé de se mentir à lui même, enivré par le discours de la force, le fascisme, qui fait corps entre le chef et le substrat. 

    J’en arrive peut être enfin à parler de votre sujet, qui est de traité le mensonge dans la politique. Le problème est qu’il est substantielle à la politique, comme le verbe l’est au sujet. 

    Quand à l’histoire je doute qu’elle est un déterminisme absolu. Nous sommes de l’essence des rêves, comme disait Shakespeare...Un navire qui suit les flux de courants de hasard, livré à une embuche éventuelle. Philipp Roth avait écrit un bon livre « le complot contre l’Amérique ». Il imaginait que le résultats des élections de 40, ou Roosevelt l’avait emporté sur Lindbergh, pro nazi notoire, était inversé...Les usa alors auraient été alors allié de l’Allemagne...Avec toutes les conséquences qu’on imagine. Quelle va être le sort de ce pays, et le notre, selon le sort de quelques bulletins de vote. Quand le Traffic est possible, alors on arrête le déterminisme de l’histoire de façon clair, on en revient à l’histoire évènementielle, dépendant de quelques hommes, comme on l’avait appris au cours élémentaire. 

    Sans cesse nous passons d’une théorie à une autre, à une système de pensée comme une lunette astronomique, dans laquelle nous regardons la course des astres, et la loi morale de Kant, qui avait banni le mensonge


  • zygzornifle zygzornifle 13 octobre 2020 11:09

    Un politique qui ne ment pas est la risée de ses confrères, on lui demande d’aller consulter rapidement ....


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