mercredi 19 février - par Robin Guilloux

Le principe d’humanité

 

Kant : considérer autrui comme une fin et non comme un moyen (Texte + Questions)

L'auteur :

Emmanuel Kant, né le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse-Orientale, et mort dans cette même ville le 12 février 1804, est un philosophe allemand, fondateur du criticisme et de l'idéalisme transcendantal. Grand penseur de l'Aufklärung (Lumières allemandes), Kant a exercé une influence considérable sur l'idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général. Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques – à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger - fait ainsi l'objet d'appropriations et d'interprétations successives et divergentes.

L'oeuvre : 

Fondements de la métaphysique des moeurs (Grundiegung zur Metaphysik der Sitten) est une œuvre de philosophie morale d'Emmanuel Kant parue en 1785. Selon Kant, le principe de l’obligation ne doit pas être cherché dans la nature de l'homme, ni dans les circonstances où il est placé en ce monde, mais a priori dans les seuls concepts de la raison pure. La volonté pure possible doit primer sur tout mobile ou objet de l'action. Ces Fondements ne sont rien d'autre que la recherche du principe suprême de la moralité.

Le texte :

"Celui qui a l'intention de faire à autrui une fausse promesse apercevra aussitôt qu'il veut se servir d'un autre homme simplement comme d'un moyen, sans que ce dernier contienne en même temps la fin en lui-même.

Car celui que je veux par cette promesse faire servir à mes desseins ne peut absolument pas adhérer à ma façon d'en user envers lui et contenir ainsi lui-même la fin de cette action.

Cette violation du principe de l'humanité dans d'autres hommes tombe plus évidemment sous les yeux quand on tire les exemples d'atteintes portées à la liberté ou à la priorité d'autrui.

Car là il apparaît clairement que celui qui viole les droits des hommes a l'intention de se servir de la personne des autres simplement comme d'un moyen, sans considérer que les autres, en qualité d'êtres raisonnables, doivent être toujours estimés en même temps comme des fins, c'est-à-dire uniquement comme des êtres qui doivent pouvoir contenir aussi en eux la fin de cette même action.

(…) Toutes les personnes humaines, possédant une dignité qui leur est propre, sont également des fins en soi. Ainsi, ni les inégalités naturelles ni les hiérarchies sociales indispensables ne doivent aboutir à subordonner un être humain aux autres comme un simple moyen l'est à une fin, ni l'empêcher de réaliser dans la mesure de ses moyens intellectuels et moraux, le plein épanouissement de ses facultés.

Emmanuel Kant. Fondements de la métaphysique des mœurs.

En mémoire de Monsieur Emmanuel Lévinas (Université de Nanterre Paris X, 1971-72)

Ce texte de Kant, principal représentant du mouvement allemand des Lumières (Aufklärung) est extrait des Fondements de la métaphysique des mœurs, paru en 1785. La thèse de Kant est que l'on doit toujours traiter autrui comme une fin et non comme un moyen.

  • Il donne trois exemples à l'appui de cette thèse : le fait de faire à autrui une fausse promesse ;
  • le fait de porter atteinte à la liberté d'autrui ;
  • Le fait de porter atteinte à la priorité d'autrui.

Ses arguments sont les suivants :

  • Faire une fausse promesse, c'est traiter autrui comme un moyen et non comme une fin.
  • Celui à qui l'on fait une fausse promesse ne peut pas accepter d'être trompé.
  • Les autres, étant des "êtres raisonnables", doivent être considérés comme des fins et non comme des moyens.
  • L'état de la société (les inégalités naturelles, les hiérarchies sociales) ne justifie pas le fait de traiter les autres comme de simples moyens.

Une promesse est un énoncé performatif, c'est-à-dire qu'il accomplit ce qu'il énonce ("dire, c'est faire"), par exemple : "Je te baptise", "Je vous déclare mari et femme", "Je te bénis", "Je te maudis", etc.

Une vraie promesse se vérifie dans le futur et non dans le présent. C'est la réalisation effective d'une promesse qui prouve sa vérité ou sa fausseté. En théorie, seul celui qui fait une promesse (et non celui à qui on la fait) peut savoir si elle est vraie ou fausse.

Lorsque Don Juan promet le mariage à Done Elvire, il lui fait une fausse promesse, car il n'a pas du tout l'intention de l'épouser.

Si un candidat à une élection municipale promet de ne pas augmenter les impôts, on ne peut pas savoir s'il s'agit d'une vraie ou d'une fausse promesse, jusqu'à ce qu'il ait ou n'ait pas tenu parole. 

Si des faits indépendants de sa volonté l'empêchent de le faire, on ne peut pas parler de "fausse promesse" car une promesse doit être vraie ou fausse, non seulement objectivement, mais aussi subjectivement.

C'est l'intention de tromper qui fait qu'une promesse est fausse.

Faire une fausse promesse, c'est se servir d'autrui comme d'un moyen à son seul profit, dans le seul but, par exemple, d'être élu et non comme une fin, "sans que ce dernier contienne la fin en lui-même".

Celui que je veux utiliser à mon profit, pour servir mes propres projets ("mes desseins") en faisant une fausse promesse ne peut absolument pas être d'accord ("adhérer à cette façon d'en user envers lui"), car personne ne peut, en le sachant, accepter d'être trompé.

Le principe d'humanité nous ordonne (inconditionnellement) de traiter autrui comme une fin et non comme un moyen. Or, en faisant une fausse promesse, je me sers d'autrui, je l'utilise comme un moyen, je nie son altérité, sa dignité d'homme, en ne le considérant pas comme une fin en soi.

Kant donne deux autres exemples de violation du principe d'humanité : les atteintes portées à la liberté et les atteintes portées à la priorité d'autrui.

Kant fait ici allusion à l'esclavage. Réduire quelqu'un en esclavage, c'est le traiter comme un animal et non comme un "être raisonnable". 

Il est question aujourd'hui d'étendre aux animaux certains droits humains, mais le problème ne se posait pas de cette manière à l'époque de Kant. Pour ce dernier, faire souffrir un animal ou prendre plaisir à le voir souffrir (la corrida), c'est se placer en dessous de l'humanité, c'est ne pas mériter le nom d'homme. Mais pourvu qu'on les traite avec respect et humanité, on a le droit d'utiliser certains animaux comme des moyens. Mais il ne peut jamais en être de même pour autrui.

La figure d'autrui apparaît tardivement dans l'histoire de la philosophie chez Kant dans la Critique de la raison pratique et les Fondements de la métaphysique des mœurs et chez Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit ("Dialectique du maître et de l'esclave").

Dans l'antiquité grecque, le but de la morale est le bonheur, la "vie bonne", mais même si le thème de l'amitié (la philia) est important, notamment chez les Épicuriens, le "souci de soi" l'emporte sur le "souci de l'autre".

C'est avec le judéo-christianisme que la question d'autrui occupe le centre de l'éthique pour en devenir la valeur fondamentale ("Tu aimeras ton prochain comme toi-même"), tous les hommes étant égaux aux yeux de Dieu, quelle que soit leur condition sociale.

Le souci de soi comme désir de sentir, de dominer et de savoir (Saint Augustin, repris par Pascal) est profondément enraciné ; il est lié à l'instinct de conservation. Il relève de la persévérance dans l'Être, dont il faut, selon Emmanuel Lévinas "s'évader" pour découvrir le domaine de l'éthique car il n'est pas "naturel" de considérer autrui comme une fin et de lui donner la priorité.

Comme le dit Pascal dans les Pensées : "Mien. Tien : "ce chien est à moi" disaient ces pauvres enfants. "C'est ma place au soleil" Voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre". Le souci de soi combat le souci de l'autre.

Pour Kant, le domaine de l'éthique commence là où finit celui de la nature, de l'intérêt, du besoin, du pouvoir et de la propriété. L'Ethique relève du devoir, de l'impératif catégorique ("Tu dois parce que tu dois") et non de l'impératif hypothétique qui nous conseille d'agir en fonction de nos intérêts.

Selon Emmanuel Lévinas, le langage courant porte la marque du souci de l'autre : "Après vous, je vous en prie..."

S'inspirant du principe kantien d'humanité qui appelle à traiter autrui comme une fin et non comme un moyen, Emmanuel Lévinas, dans Humanisme de l'autre homme, propose de réinventer l’humanisme, de retrouver le sens de l’humain. Et pour y parvenir, de redéfinir des notions simples : l’Autre, l’amour, la liberté, la responsabilité... : « Le visage s’impose à moi sans que je puisse rester sourd à son appel, ni l’oublier, je veux dire, sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place. La présence du visage signifie ainsi un ordre irrécusable – un commandement – qui arrête la disponibilité de la conscience. » (Emmanuel Lévinas, Entretiens avec Philippe Nemo)

Prendre autrui en considération, c'est respecter sa liberté, mais aussi lui donner la priorité, accepter de s'effacer devant lui, lui céder la place, le préférer à soi, lui donner la première place.

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 stipule que les hommes naissent et demeurent égaux en droits (devant la Loi), bien qu'ils soient inégaux en fait.

Kant est bien conscient des inégalités naturelles entre les hommes, qu'elles soient physiques ou intellectuelles et du fait que le droit, à lui seul, n'efface pas ces inégalités. Il est conscient également du fait qu'outre les inégalités naturelles, il y a des inégalités sociales entre les hommes., "des hiérarchies sociales indispensables" au bon fonctionnement de la société.

Toutefois ni les inégalités naturelles, ni les différences sociales ne doivent justifier la violation du principe d'humanité qui interdit de "subordonner un être humain à un autre comme un simple moyen et de l'empêcher de réaliser, dans la mesure de ses moyens intellectuels et moraux, le plein épanouissement de ses facultés".

Autrement dit, les êtres humains, y compris et surtout les plus humbles, les plus fragiles et les plus démunis ne doivent jamais être considérés comme de simples moyens et la société doit s'efforcer de corriger les inégalités naturelles et les différences sociales par ce que nous appellerions aujourd'hui "l'égalité des chances". 

Il découle également du principe d'humanité que l'économie, l'argent, le profit, l'entreprise, l'organisation sociale dans son ensemble ne sont pas des fins en soi, mais des moyens au service de l'être humain qui en est la véritable fin.

A l'ère du profit à court terme, de l'efficacité managériale et du libéralisme triomphant, le "principe d'humanité" vaut plus que jamais la peine d'être défendu.

 



43 réactions


  • devphil30 devphil30 19 février 08:55

    "Faire une fausse promesse, c’est traiter autrui comme un moyen et non comme une fin.

    "

    Ca me rappelle quelqu’un qui a fait ce genre de choses en 2017 et depuis se comporte comme un tout puissant sans tenir compte de ceux qui l’ont cru ou ou se sont senti obligé de le croire par matraquage médiatique contre le RN.

    2022 verra des changements politiques , apporteront ils des améliorations nuls ne peux le prédire mais 5 ans avec freluquet suffisent largement


  • JL JL 19 février 09:17

    ’’Une promesse est un énoncé performatif, c’est-à-dire qu’il accomplit ce qu’il énonce (« dire, c’est faire »), par exemple : « Je te baptise », "Je vous déclare mari et femme« , »Je te bénis« , »Je te maudis", etc’’

     Non, c’est faux. Rien à voir : ’Je te baptiserai’ est une promesse ou une prévision, ce n’est pas un énoncé performatif.

     

    Vous dites : ’’ C’est l’intention de tromper qui fait qu’une promesse est fausse.’’

    Oui, de même que mentir est toujours intentionnel ; par définition.

     

     ’’personne ne peut, en le sachant, accepter d’être trompé.’’

    En effet. Mais on peut faire mine d’être dupe. Le trompeur devient le trompé. Les rôles sont inversés.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 février 09:23

      @JL

      Un homme qui est fait cocu par une femme laide est qquand même plus cocu que les autres, non ?


    • JL JL 19 février 09:29

      @Séraphin Lampion
       
       ’’Un homme qui est fait cocu par une femme laide est qquand même plus cocu que les autres, non ?’’
       
      Bonne question.
       
       Une belle est-elle plus cocue qu’un laideron ?


    • devphil30 devphil30 19 février 09:41

      @Séraphin Lampion

      Plus ou moins cocu pas simple à dire mais probablement plus responsable du fait

      Plus facile d’être cocu quand on est avec une miss


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 février 09:45

      @devphil30

      c’est même gratifiant pour certains


    • JL JL 20 février 09:24

      @Robin Guilloux,
       
      je voulais suggérer qu’il ne faut pas confondre énoncé performatif et verbe performatif : dans un énoncé performatif, le verbe performatif est conjugué à la première personne de l’indicatif présent. Une promesse comme une menace, sont faites de verbes pas forcément performatifs, conjugués au futur.
       
      Mais je peux me tromper.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 20 février 11:35

      @JL

      « Je te promets de t’épouser », « Je promets de ne pas augmenter les impôts », « Je promets de taxer la finance » (et non : « Mon ennemie, c’est la finance » qui n’est pas un énoncé performatif et ne veut strictement rien dire, politiquement parlant) sont des énoncés performatifs, au même titre que « je te baptise », « Je vous déclare mari et femme ».
      L’énoncé porte sur le futur, mais il est bien au présent de l’indicatif (valeur d’aspect = fait réel et non conditionnel).
      La promesse témoigne de la capacité de l’être humain d’ex-sister (la conscience humaine transcende l’instant présent et se transporte dans l’avenir). On voit bien que la violation du principe d’humanité dans la violation d’une promesse nie l’humanité de l’homme et le ramène à la vie animale. Kant dit la même chose à propos de la cruauté envers les animaux.


    • JL JL 20 février 11:43

      @Robin Guilloux
       
       OK ; alors, le performatisme (ou faut-il dire performativité ?) est relatif.
       
      Convenez que « je vous marierai » est plus performatif que « En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare mari et femme ».


    • JL JL 22 février 08:10

      @JL
       
      ma plume a fourché. Je voulais dire  :
       
      Convenez que « je vous marierai » est moins performatif que « En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare mari et femme ».


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 février 09:19

    Rien n’est plus immoral qu’une chaîne de décision où chacun agit par devoir, sans questionner l’effet de ses propres actions.

    Rien n’est plus immoral que les postures de principe, car l’éthique ne se déclare pas : elle se fait et se préoccupe des conséquences.

    Etre moral, c’est savoir transiger avec les principes lorsqu’il en résulte un plus grand bien-être pour le plus grand nombre. Car ce qui est important dans les choses que nous aimons, ce n’est pas l’amour que nous leur témoignons, mais bien les choses-mêmes.

    « Tant d’horreurs n’auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualités morales. Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects ? » - Paul Valéry, La crise de l’esprit, première lettre


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 19 février 15:35

      @Séraphin Lampion

      Oui, la morale du devoir a ses limites. Dans son essai sur le « prétendu droit de mentir », Kant affirme que le devoir de dire la vérité ne souffre aucune exception. Jankélévitch nous disait que pendant la Résistance, l’application stricte de ce principe aurait mené à la délation.
      Imaginez un résistant (ou un gilet jaune !) qui demande à se réfugier chez vous, poursuivi par les sbires de la Gestapo.
      Arrivent lesdits sbires qui vous demandent si vous avez vu le résistant. Si vous êtes un kantien conséquent, vous êtes obligé de dire la vérité et donc de dénoncer le résistant, avec toutes les conséquences que cela implique. C’est évidemment intenable. Janké. nous disait que dans une telle situation, on avait non seulement le droit,mais même le devoir de mentir.
      Et là, vous optez pour une morale des conséquences (l’impératif devient hypothétique)
      Il faut évidemment examiner les choses cas par cas, enfin à mon humble avis (Kant a raison en général, mais...)
      On pourrait dire aussi que le bon fonctionnaire nazi a obéi à son devoir. Mais Kant, avec son principe d’humanité insiste bien sur l’importance du contenu.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 février 17:08

      @Robin Guilloux

      tien, au fait, savez-vous que la loi qui condamne pour « non assistance à personne en danger » est la seule loi en France qui condamne pour ce qu’on n’a pas fait et non pas pour ce qu’on a fait
      Or, cette loi a été promulguée par Pétain sous l’occupation allemande pour pouvoir condamner les citoyens qui avaient connaissance d’actes de résistance touchant dees soldats allemands et qui ne dénonçaient pas les résistants à la Kommandantur.
      Cette loi n’a jamais été abrogée.


    • alinea alinea 19 février 18:07

      @Séraphin Lampion
      J’ignorais cela, c’est intéressant !!
      Comme quoi tout est relatif et dépend de quel côté du fusil on se trouve !


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 février 20:30

      @alinea

      bisou


    • JL JL 20 février 11:29

      @Séraphin Lampion
       
       ’’Cette loi n’a jamais été abrogée’’
       
       C’est évidemment et comme trop souvent, une loi à géométrie variable ... prolongée depuis Pétain, par le fameux ’’devoir d’assistance’’.


  • Raymond75 19 février 09:19

    Malheureusement, l’humanité n’est pas dirigée par la raison, mais par l’émotion et les pulsions ...

    La philosophie classe de terminale ne s’est jamais traduite par des faits, et tous les 40 / 50 ans nous assistons, et subissons, des régressions collectives, comme à l’époque actuelle.


    • Albert123 19 février 11:09

      @Raymond75

      « Malheureusement, l’humanité n’est pas dirigée par la raison, mais par l’émotion et les pulsions ... »

      n’est ce pas justement quand, et seulement quand, elle est guidée et dirigée par la raison que l’humanité peut prétendre à ce titre ?

      une espèce humaine, aussi technologiquement évoluées soit elle*, mue par ses émotions et ses pulsions n’est elle pas juste une espèce animale parmi tant d’autres ?

      Le retour à l’ordre moral (que beaucoup craignent entre autre car il se sont vautrés dans le stupre, le lucre et les arrangements commodes avec leurs perversions personnelles) n’est ni plus ni moins que la contre réaction de certains acteurs vis à vis d’une société décadente qui n’a cessée de s’effondrer depuis qu’elle désintègre tout les repères qui ont préexisté.

      Au delà de ce qui est bien ou mal, il y a surtout je pense un désir du retour de l’excellence, de ce qui fonctionne et réussi, face à la médiocrité ambiante et à l’échec généralisé d’une société qui s’effondre car tous les directions qu’elle prends sont motorisées avant tout par des individus et des idéaux médiocres.

      c’est plus dans « la volonté de puissance » bien comprise de Nietzsche que j’imagine la notion d’humanité, celle qui fait que tout un chacun dépasse et surmonte ses pulsions et ses tendances nihilistes pour devenir plus que l’animal névrosé et aliéné qui préexiste chez chaque être humain.

      *et bien que baignée dans la technologie de la virtualisation, celle ci n’a jamais été aussi inapte en matière d’abstraction et de décentration (ce qui est caractéristique de son affaissement intellectuel et de ses capacités logico-cognitives en chute libre).


    • Sparker Sparker 20 février 22:45

      @Albert123

      Si la « volonté de puissance » de l’être pousse celui-ci (et est poussé) à développer ses compétences naturelles au service d’un intérêt commun, et aujourd’hui au sens large avec les problèmes écologiques, d’où il tirera son intérêt particulier (et un contentement ) et comme le dit Kant d’abord dans le soucis d’autrui alors je peux être d’accord avec vous sur votre constat et votre vision de la « volonté de puissance » en dehors ça me semble suspect.

      En gros, si tout le monde (se)donne, tout le monde recevra, ça peut être résolument moderne. Et on va avoir besoin de génie pour s’en sortir et pas obsédés par le pognon

      On en est loin. 


  • Arogavox Arogavox 19 février 10:20

    « Toutes les personnes humaines, possédant une dignité qui leur est propre, sont également des fins en soi. Ainsi, ni les inégalités naturelles ni les hiérarchies sociales indispensables ne doivent aboutir à subordonner un être humain aux autres comme un simple moyen l’est à une fin, ni l’empêcher de réaliser dans la mesure de ses moyens intellectuels et moraux, le plein épanouissement de ses facultés  »

     Voilà qui préfigure la place centrale, dans la conclusion de cet article, du mot « égalité » ...

     Mon « sapere aude » m’autorise alors à penser que le terme « égalité en droits » manque certainement de précision, au grand risque de pouvoir être interprété comme une fausse promesse.
     N’aurait-il pas été préférable, plus précis et plus clair d’exposer plutôt une quête d’égalité en dignité en droits ? id est : égalité en dignité visée par le droit et par sa mise en oeuvre !

     Car l’ambivallence du mot « égalité », si est est consciemment exploitée serait coupable (fausse promesse, ruse).  

     J’en veux pour preuve le non sens d’un oxymore énorme aujourd’hui tristement banalisé ; cette ineffable expression « égalité des chances » !

     Est-il raisonnable que sous prétexte de s’être rendu compte de l’ineptie d’une interpétation de l’égalité constitutionnelle en une égalité-mêmeté, on se mette à lui substituer ce non-sens d’égalité-des chances ?!

      Dès lors que l’on vise à une abolition des castes (ex noblesse/clergé/tiers-Etat), et à une même dignité reconnue à chaque citoyen, pourquoi s’abstenir de lever l’ambigité suspecte du mot « égalité » en précisant : « égalité en dignité » ?!


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 19 février 19:36

      @Arogavox

      J’ai employé l’expression trop vague et que j’aurais d’ailleurs bien du mal à définir « d’égalité des chances ». Je pensais au rééquilibrage des inégalités de naissance par l’éducation, la progressivité de l’impôt, les allocations, etc. 


    • Arogavox Arogavox 20 février 08:56

      @Robin Guilloux
      Mais quel est le sens de ’inégalité« dans votre expression »inégalités de naissance«  ?
       Le rôle d’un Pouvoir public démocratique est-il de prétendre »rééquilibrer« (et par rapport à quel modèle absolu ?) des ’inégalités’ (en quoi ?) ou de prétendre é-duquer  e ducere : élever ?  plutôt plutôt que d’enseigner et apporter de l’instruction et des connaissances à des citoyens égaux en dignité et capables de leur propre et libre »sapere aude" ?


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 20 février 20:40

      @Arogavox

      Eh bien il me semble que le malaise actuel qui se traduit dans la révolte des gilets jaunes vient des inégalités sociales qui se conjuguent avec des inégalités territoriales.
      Juan Branco dans Crépuscule montre bien que la réussite sociale n’est plus fondée en France aujourd’hui sur le travail, le mérite, l’utilité, mais sur des critères que seuls une poignée d’initiés connaissent : l’entre-soi,la bonne école, le langage, la reproduction, au sens de Pierre Bourdieu et qu’au lieu de chercher à corriger ces inégalités, les nouvelles classes dirigeantes les aggravent.
      Evidemment Kant n’est ni un anarchiste, ni un révolutionnaire.
      Il salue la Révolution française, mais vit dans le contexte du despotisme éclairé de Frédéric II de Prusse et de ses successeurs, mais il a lu Rousseau et les philosophes français des Lumières et il a le souci de quelque chose qu’on pourrait appeler le « bien commun ».


    • Arogavox Arogavox 23 février 10:01

      @Robin Guilloux
       Il serait intéressant d’envisager plus en profondeur les concepts sous-entendus par les termes « inégalités sociales » et « inégalités territoriales ». Celles-ci donnent à envisager leur (a priori) contraire : « égalité sociale » et « égalité territoriale ».
        Mais comment de telles « égalités » pourraient-elles (devraient-elles ?) se traduire ?
       Pour ma part, j’aurais tendance à rapprocher ces concepts de celui d’une égalité-mêmeté ; un principe de réalité laissant entrevoir que le devoir politique citoyen, en démocratie, n’est pas pas de décider d’un absolu qui premettrait d’aligner toutes les éthiques personnelles sur les mêmes Tables de La Loi d’un comité moralisateur particulier ...
       Même remarque concernant le terme « réussite sociale » : pourquoi ne pas laisser chacun des « frères » égaux en dignité, juger de par eux-mêmes de ce qu’ils ont « réussi » ou pas ?
       Pour ce qui est du ’travail’, du mérite et de l’utilité : itou !
       en notant au passage que le mérite est plutôt un critère fondateur pour la prétention aristocratique à un pouvoir des (auto-proclamés) meilleurs, alors que la démocratie se garde bien de remplacer la « Volonté générale » par un absolu qui seul pourrait permettre d’imaginer ce genre de classement figé.
       Le « bien commun » aussi, en démocratie, ne saurait être identifié qu’en référence à une conscience (collective et partagée par chaque citoyen) de la Volonté générale ( ce qui sous-entend, au minimum des efforts réels de mesure et de partage des estimations de ce que semble être, vue de chacun, cette Volonté générale ... Plutôt que de chercher à renverser le Calife, sans savoir par qui ou quoi il serait remplacé ... l’appel à ces efforts individuels ne devrait-il pas être la priorité de nos préoccupations actuelles ?)


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 19 février 11:54

    Si Macron se représente, le peuple serait bien sot de ne pas lui demander des comptes sur la théorie du ruissellement... Joffrin a déjà fait le travail. Jusqu’à présent, le ruissellement remonte vers la haut (s’il y a une pompe à aspirer, c’est possible).


    • Albert123 19 février 14:40

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      non seulement Macron se représentera, mais en plus il sera certainement réélu grâce aux gauchiasses qui sont déjà bien pressées de faire barrage contre le RN (qui ne changera rien à la situation au passage) en remettant au pouvoir celui qui les a déjà baisé jusqu’au trognon.


  • Xenozoid Xenozoid 19 février 15:46

    https://www.youtube.com/watch?v=yiWXDgB-Caw repoussont les poubelles chez nos voisins


  • alinea alinea 19 février 18:12

    Dommage que vous ayez fait cette faute :

    « pour ce dernier, faire souffrir un animal ou prendre plaisir à le voir souffrir (la corrida), »

    La corrida est tout sauf le spectacle de la souffrance animale !! la corrida est le lieu où l’on sait que l’homme a à rivaliser avec l’animal, pour asseoir sa supériorité !

    Et puis, l’animal, c’est celui-là, dans ses gènes :

    Combat de bisons impressionnant - ZAPPING SAUVAGE - YouTube

    Sinon Kant, sa morale, est le seul philosophe qui m’a apporté nourriture, à l’école !


  • Surya Surya 19 février 20:24

    « le »principe d’humanité«  vaut plus que jamais la peine d’être défendu. »

    Encore faudrait-il qu’il soit connu.

    .

    C’est probablement le commentaire le plus court que j’ai écrit depuis mon arrivée sur Agoravox.

    Sauf que si je continue à écrire des lignes inutiles juste pour commenter mon commentaire, ce que je viens tout juste de dire plus haut va devenir totalement faux.


    • Surya Surya 19 février 20:30

      Très bon article, qui m’a rappelé ma prof de philo au lycée qui ne jurait que par Kant. On s’amusait d’ailleurs, pendant les cours, à compter le nombre de fois où elle avait cité son nom.

      .

      Je dois avouer qu’on ne s’intéressait que moyennement à la philo elle même, car on ne comprenait pas trop bien le but ultime de nous l’enseigner, puisque, de toute façon, tout ce que le système éducatif, utilitariste par essence (contrairement au programme qui prétendait ouvrir nos esprits aux lumières, faire de nous des citoyens « éclairés » et développer nos capacités personnelles et intellectuelles) nous demandait de faire était de recracher nos cours, agrémentés de quelques citations judicieusement choisies (de préférence celles émanant d’auteurs qui plaisaient au prof...), dans le but d’avoir de bonnes notes. Donc nous, logiquement, on avait choisi notre camp et nous étions à cet âge là des utilitaristes forcenés... 

      .

      S’il y a une matière au collège qui ne devrait jamais être notée, jamais évaluée, c’est bien la philo. 


    • Surya Surya 19 février 20:31

      « S’il y a une matière au collège  »

      Euh... au lycée.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 19 février 20:59

      @Surya

      « Il n’y a pas de philosophie que l’on puisse apprendre, on ne peut qu’apprendre à philosopher. » (Emmanuel Kant) . Vous avez trois heures smiley


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 19 février 21:05

      @Surya

      Le principe d’humanité :

      Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. 


    • Surya Surya 19 février 22:46

      @Robin Guilloux

      Je vais plancher là dessus durant mon sommeil. La nuit porte conseil... smiley


    • Surya Surya 19 février 22:51

      @Robin Guilloux

      Oui, vous l’avez fort bien développé dans l’article.

      Par contre pouvez vous m’expliquer le « en même temps » ? En même temps soi même et les autres ?¿¡ !
      ♤♡◇♧
      (Vous avez deux minutes smiley )


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 20 février 11:20

      @Surya

      Excusez-moi d’avoir largement dépassé les 2 minutes, mais il m’arrive de dormir et de faire autre chose quand je ne suis pas sur Agoravox !
      « En même temps » ne préfigure pas une formule de conciliation des inconciliables de notre Jupiter national se réclamant abusivement de Paul Ricoeur.
      La formule veut dire que le principe d’humanité s’applique non seulement aux autres, mais aussi à soi-même.
      On voit ici toute la subtilité de Kant qui fait évidemment référence, en bon piétiste, à l’Évangile : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
      On oublie souvent la deuxième partie du commandement qui résume toute la Loi et les prophètes et qui indique que l’on ne peut pas aimer son prochain si l’on ne s’aime pas soi-même.
      S’effacer devant l’autre, le préférer à soi, le considérer comme une fin et non comme un moyen ne veut pas dire se nier soi-même.
      Par cette formule Kant refuse le suicide et toutes les atteintes à sa propre intégrité physique, morale ou psychologique.


  • Surya Surya 20 février 15:48

    « Excusez-moi d’avoir largement dépassé les 2 minutes, mais il m’arrive de dormir et de faire autre chose quand je ne suis pas sur Agoravox ! »

    L’usage du point d’exclamation exprime-t-il ici une certaine forme d’agressivité ou d’exaspération ?

    .

    « notre Jupiter national se réclamant abusivement de Paul Ricoeur.  »

    Comprends rien à ce que vous racontez.

    Je suppose qu’il s’agit (encore...) d’Emmanuel Macron (l’obsession des Agoravoxiens, après Sarkozy puis Hollande) ? C’est bien lui que vous appelez « Jupiter » en France ? 

    Je ne suis plus l’actualité française de suffisamment près pour être encore « dans le coup », et je ne connais pas le vocabulaire des initiés du club. Quand on vit ailleurs, on s’intéresse forcément de plus près à ce qui se passe près de chez soi. 

    Agoravox n’est désormais plus compréhensible que des personnes vivant sur le sol français, ou alors qui passent leur temps sur ce media. Il y a disons... dix ans, il y avait bien plus de Canadiens, de Belges... sur ce site, et forcément les articles en étaient plus variés, plus ouverts sur le reste du monde en général, et de la francophonie en particulier. Son champ de vision s’est pas mal rétréci ces dernières années, et la façon dont les gens vous parlent, on voit qu’ils partent inconsciemment du principe que tout le monde sur le site est soit français, soit vivant en France. Dommage...


    • foufouille foufouille 20 février 16:09

      @Surya

      ben ouais, quand on ne vient pas souvent, on comprend rien.

      vivre hors de franc déconnecte aussi pas mal : un mec pense que tout les étudiants ont un iphone, un autre pense qu’il est interdit de tuer son cochon pour le manger ...........


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 20 février 20:52

      @Surya

      Je suis désolé que vous ayez interprété ma phrase sur les deux minutes que vous m’accordiez et la nécessité de dormir comme une manifestation d’agressivité ou d’ironie. Ce n’était pas du tout mon intention. Je faisais (enfin j’essayais) de faire de l’humour, pensant que vous en faisiez aussi (un petit jeu sans conséquence que nous aimons faire en France, à vrai dire l’un des seuls plaisirs qui nous reste. Ne nous l’enlevez pas en ces temps moroses. Je ne savais pas que vous viviez à l’étranger Où ça ?) et que vous n’avez évidemment pas les mêmes références, concernant Emmanuel Macron, notamment. Rassurez-vous, je ne fais pas de fixation sur lui. Mais je vois que je n’ai pas été compris. 


    • Surya Surya 20 février 21:26

      @Robin Guilloux

      Sincèrement désolée si je vous ai mal compris. Je faisais moi aussi de l’humour, mais ce point d’exclamation m’a mise sur la mauvaise voie. Sans smileys, c’est très dur de savoir avec certitude l’état d’esprit d’une personne, raison pour laquelle je les utilise beaucoup (trop peut être, mais au moins ça évite les mauvaises interprétations). Pas de smileys et si en plus on a le malheur d’être hyper sensible comme moi... et voilà, c’est facile de mal interpréter. 
      .
      Je vis désormais en Angleterre, depuis si longtemps maintenant (presque 9 ans) que je décroche un peu par rapport à ce qui se passe en France, du moins dans les détails. Ce n’est bien sûr pas volontaire : je garde contact le plus possible avec l’actu hexagonale, notamment en regardant TV5Monde, ou d’autres chaînes comme France24 ou LCI, sur Internet, mais depuis juin 2016, j’ai surtout suivi de très près ce qui s’est passé ici avec le Brexit, donc plus trop de temps pour le reste. 
      .
      Passez une super bonne soirée  smiley


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 20 février 22:56

      @Surya

      Merci ! Voilà ce qui se passe quand deux hypersensibles se rencontrent sur Internet et que l’un oublie de mettre des smileys (ils ne sont pas tout faits sur agoravox, il faut les fabriquer avec des signes typographiques et c’est un peu difficile pour moi qui suis de l’ancienne génération !). 
      Je connais bien l’Angleterre et le monde anglo-saxon. J’ai passé une partie de mon enfance aux USA (en Virginie) et je suis allé tous les ans en Angleterre pendant au moins cinq ans de suite quand j’étais ado. 
      J’ai un peu perdu mon « fluent English », faute de pratique, mais j’arrive quand même à donner des cours particuliers niveau collège et lycée et à préparer de jeunes adultes au TOEFL. 
      Je pense que « vous » avez eu raison de quitter l’Union européenne qui est en partie responsable de la situation dans laquelle nous sommes en France à cause de l’idéologie ultra-libérale, sur la question des retraites par exemple (c’est Bruxelles qui décide de ce que nous devons faire et nous n’avons plus la maîtrise de notre monnaie).
      *Notre pays est à feu et à sang, deux ans de violences et de quasi guerre civile depuis qu’on nous a obligés à voter pour Macron au deuxième tour pour éviter prétendument le fascisme (il faudra qu’ils trouvent un autre truc la prochaine fois !), ce qui explique que certains d’entre nous sont un peu à cran au sujet d’E. Macron et de notre ministre de l’intérieur (on a beaucoup de gens grièvement blessés)
      Toutes mes amitiés, de l’autre côté du channel !


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