vendredi 3 juillet - par C’est Nabum

Entre Loire et Mémoire

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À l'Auberge de la Marine.

Il y a parfois des petits coins de France qui échappent à la folie des hommes, à leur volonté absurde de tout enlaidir pour que l'environnement se plie à ce désir irréfragable de gagner toujours plus d’argent tout en perdant âme et authenticité. Entre Loire et Canal d'Orléans, le village marinier de Combleux est de ces merveilleuses exceptions.

La clairvoyance d'un maire aujourd’hui disparu a permis ce miracle. L’homme, au cours de ses nombreux mandats a refusé d'aliéner la qualité de la vie en son village aux deniers des industriels et autres marchands de sommeil, a maintenu un espace préservé qui réjouit l'œil et la quiétude du lieu.

Écrin de l’Orléanais, le village de Combleux se prélasse le long de son canal, de ses ponts piétons, et de ses écluses bourdonnantes. La Loire, majestueuse, sauvage jusque-là, libre encore jusqu’à la naissance du duit se love le long du village. Les relations de ce bourg et sa rivière ne furent pas toujours paisibles, les colères de la fille Ligère ont laissé des traces sur les murs des maisons, des marques à l'encre rouge pour rappeler ces années noires qui revenaient tous les dix ans 1846 – 1856 – 1866 de sinistre mémoire.

Au bout du village, le Canal et la Loire s'unissent dans un abandon de grand large. Le fleuve se fait presque mer, il se gonfle et s'ouvre à l'horizon. Qui aime notre Loire reconnaît que c'est l'un des endroits où elle est la plus belle, rebelle et tendre à la fois, sauvage et offerte aux hommes, mariniers cœurs infidèles et mœurs légères.

Les fûtreaux de nos amis des Escapades Ligériennes attendent paisiblement la prochaine expédition pour des fêtes sincères et de belles bordées entres gens simples. Leur compère Pascal évoque sa vieille mère quand elle entonnait son succès d'antan, celui qui la fit monter sur les planches pour venir en aide à des prisonniers d'une guerre déjà si lointaine. « T'as qu'à Voire ! ».

Plus loin, vers Orléans la bourgeoise, un mur de pierre détourne les eaux quand elles sont trop basses afin d’arroser raisonnablement la rive droite, celle de la cité Johannique, des bourgeois de barrique : marchands de vins, des faiseurs de vinaigre et raffineurs de sucre. Le môle constituait depuis 1696, le grand plongeon du canal dans la Loire, un lieu magnifique qui mériterait de fonctionner à nouveau.

L'Auberge de la Marine, à deux pas de là, vous tend sa terrasse et sa salle authentique. Un décor anachronique, une atmosphère entre le cossu et le bon enfant, du rococo et de l'improbable pour que vous vous sentiez immédiatement emportés par les flots de l'émotion et de la gourmandise.

Ne manquez pas la friture de Loire, un souvenir incertain qui vous revient immédiatement en plein palais. Les temps de votre enfance, des barbotes endiablées, des patouilles dans l'eau troublée par ses nuages de sable qui piégeaient le frétillant goujon, l'ablette et le gardon. Arrosez la mise en bouche de ce petit Menetou du père Clément, vigneron qui bine encore sa vigne et vous propose un sauvignon minéral et fruité à la fois.

Les sauces qui accompagnent viandes et poissons fleurent la douceur de notre région, les saveurs y sont pastel, les couleurs tendres, les goûts exquis. Elles se parent de légumes qui deviennent fête, vous saucerez l'assiette jusqu'au dernier quignon de pain. Le merveilleux rouge de sancerre de Monsieur Crochet, libérera ses parfums de cerise en vous mettant en joie.

N'oubliez pas la fromagée pour rester en terre d'ici, visitez la carte des desserts si l'aventure salée et poivrée vous effraie en fin de repas. Vous reviendrez, j'en suis certain pour une promenade le long du canal et une nouvelle halte à la marine …Un raconteur d’histoire pourrait s’inviter pour vous narrer l’aventure de Rosalie, l’enfant du pays. Laissez-vous embarquer et n’hésitez jamais à vous accorder cette halte rafraîchissante.

Combleusement vôtre



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