mardi 10 juillet - par C’est Nabum

Histoire d’une passion

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La rivière sauvageonne

Vous qui sur la rive, venez regarder passer les bateaux de bois, écoutez donc les histoires vraies ou enluminées de notre passion Loire. Nous avons revêtu les habits des mauvais gars d'antan, condamnés à tirer la corde le long de la berge, à pousser la bourde ou à lever la voile quand le vent était favorable. Nous leur faisons hommage parce qu'ils étaient, pour nous, l'honneur de celle que nous appellerons toujours Rivière et non pas fleuve !



Ne voyez pas une nostalgie déplacée, un retour en arrière pour refuser d'aller vers la proue. Nous sommes sur l'onde parce que c'est la belle dame brume, ce fleuve tumultueux et étrange qui nous attire. Acceptez de nous suivre et d'ouvrir les yeux et les écoutilles ; en vous tournant, pour une fois, vers le flot qui s'ensauve vers le ponant.




 Tout a commencé, il y a bien loin de là, du côté des Cévennes. Quelques sources éparses se disputent la paternité de ce long ruban qui au bout de sa course, ira noyer son vague à l'âme dans les parages de Saint Nazaire. Mince filet d'eau, elle prit vite allure et force en descendant de ses collines. L'orgueil la poussa à préférer l'Atlantique alors que la Méditerranée toute proche, lui faisait de l'œil. Mais elle avait déjà caractère bien trempé : on ne peut attendre moins d'une rivière.

Elle roulait alors des épaules, charriait, la belle, gros cailloux et petits grains de folie. Usante à souhait, elle faisait son lit à la force de son courant, creusant son passage dans des gorges de plus en plus profondes. Par cette érosion folle, elle avançait, filant vers le Nord dans une course folle. Là, point n'était question de se glisser sur son dos. La dame n'était encore que bien frêle jeune fille sauvageonne !

Petit à petit, elle se fit adolescente, ne sachant plus trop où donner de la boussole. Elle virait, tournoyait, se faisant méandre pour nous tourner la tête. Elle creusait toujours, mais ce sont des berges plates qui subissaient ses assauts. Quand une rive se faisait tranquille, l'autre savait qu'il fallait subir ses attaques perfides. C'est l'art complexe des boucles de la demoiselle.




 Mais de toutes ces voleries, il fallait bien se délester. Elle proposa aux gens du voisinage banc et iles pour couler des soirées heureuses. Fantaisie et rouerie ne l'abandonnèrent pourtant pas. Ces cadeaux, déposés de ci de là, ne cessaient de changer de place et de proposer jolis pièges à qui ne les connaissaient pas. C'est de là qu'elle se fit mauvaise réputation et que beaucoup d'entre vous lui tournèrent le dos.



D'autres, ses pensionnaires, y coulaient des jours heureux. Poissons de toutes eaux, elle n'était pas regardante. Le saumon venait de la mer, le brochet des bords de terre. Ils remuaient de la queue pour affronter les flots, allaient de l'avant ou rebroussaient chemin jusqu'à ce que les hommes décidèrent, navrants et tous puissants, de barrer sa route de quelques vilains murs de béton.



Mais de tout cela, vous n'avez cure. Vous, vous voulez de l'authentique, du sordide, des coups de tabac et de coups de cœur. Alors, n'attendez pas de nous que nous vous livrions nos secrets, prenez plutôt la peine de vous lever matin, de regarder la brume qui couvre la belle, d'écouter la faune qui s'éveille et de vous laisser bercer par son doux murmure.

Éloignez-vous des villes, aventurez-vous sur les sentiers qui la bordent. Observez cette vie qui s'agite, ses mouvements d'eau et de sable, ses oiseaux qui peuplent les îles. Ils sont si nombreux que les nommer ici serait trop long. Venez avec jumelles et appareils photos et jamais plus vous ne la regarderez de la même manière.

Si vous n'êtes pas encore convaincus, c'est au soir, au soleil couchant, qu'elle viendra vous tirer par le cœur. Jamais plus belle lumière vous ne verrez. Les feux du ciel se mêleront à l'eau, le bonheur des yeux, l'émotion et la passion Loire qui pour toujours, alors, seront vôtre aussi.

Amoureusement vôtre.

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