samedi 11 août 2012 - par S.B.

La gauche la droite, j’m’en balance

Moi j’m’en balance. De la gauche de la droite, du milieu et des extrêmes, des idées et des débats, des pour et des anti, des p’tits bonhommes nerveux ou rondouillards, des aboyeurs professionnels, du chœur des anonymes qui aboient derrière. La caravane passe, les chiens dorment. C’est l’été.

Moi j’m’en balance des maisons préfabriquées, des tout noir ou tout blanc, j’préfère le gris foncé, ou le vert transparent, ou le rouge des pastèques, ou le bleu dans les yeux, ou les soleils violets de juillet, la pièce entre le jour et la nuit quand c’est l’été.

Moi j’m’en balance des discours sujet-verbe-complément, des Mes-très-chers-Français Mes-très-chères-Françaises, des Je-le-fais-pour-vous, des La-France-est-grande, des Tu-verras-tu-verras-on-recommencera-tu-verras-tu-verras, des Paroles-et-paroles-et-paroles. C’est l’été.

Moi j’m’en balance des gentils des méchants, des autorisés à penser, à parler, à expliquer, des experts spécialisés dans leur spécialité, des qui-ont-toujours-quelque-chose-à-dire même quand c’est l’été et que le chat en vacances regarde passer la souris sans bouger, des qui-détiennent-la-vérité et des-qui-aiment-les-cases-étiquetées-fermées-cléjetée.

Moi j’m’en balance des grandes idées j’préfère les p’tits sentiments, les mots des pauvres gens, ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid. C’est pas les grandes idées qui vrillent l’air les soirs d’été, flottent au dessus des bouches qui se retrouvent, s’enroulent en volutes le matin au dessus du café, font voler les cheveux dans le vent.

C’est pas la gauche la droite qu’il y a dans les yeux de la mère d’Arno, ni dans les yeux qu’on a fabriqués, ni dans leur voix leurs jeux leur sommeil qu’on regarde. C’est pas la gauche la droite qui fait qu’on s’assoit sur un banc cinq minutes avec eux, ni que leur rire s’arrête, repart en arrière, en été comme en hiver et l’automne même.

Alors moi j’m’en balance de la gauche de la droite, comme du calendrier et de l’horoscope, des conseils de Elle et des yaourts bifidés, des faux panneaux sur les vraies routes de l’été. Ils peuvent en parler tant et plus, gloser à l’infini, j’préfère les valses à quatre temps, c’est beaucoup plus troublant et beaucoup plus charmant que cette petite danse à deux temps, les valses à quatre temps.

Premier temps : Je...
Deuxième : Voudrais...
Troisième : Pas...
Quatrième : Crever...

Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents

Alors ça, les chiens noirs du Mexique et le reste…

La gauche la droite, j’m’en balance.

 

Avec au générique, Barbara, Claude Nougaro, Dalida, Alain Delon, Léo Ferré, Arno, Renaud, Jacques Brel, Boris Vian et Edward Hopper (Rooms by the Sea).



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